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hommes les plus considerés et les plus sérieux de la ville de Toulouse ; journaliste fort instruit, écrivain habile, chrétien sincère, sceptique longtemps obstiné sur la question des tables, on cherche vainement une raison pour le supposer capable d'inexactitude où susceptible d’une illusion aussi grossière que celle qu’il faudrait nécessairement lui prêter. Quant à la droiture de ses intentions, il suflirait pour en juger de ces quelques lignes de sa préface (1). « En prenant la plume, je sais, à n'en pas douter, que j'attire sur moi les railleries des uns et les reproches des autres... Et pourtant je ne suis rien moins qu'effronté en face de l'opinion publique. Je ne suis pas plus insensible qu'un autre au ridicule; peut-être même l’ai-je plus redouté, quelquefois, que ne le doit un homme de sens et de cœur. D'une autre part, les personnes pieuses et timorées se scandaliseront à mon sujet et se demanderont comment un catholique a pu se livrer à des pratiques pour le moins trèsdangereuses, si elles ne sont point coupables... Si je n’avais consulté que l'intérêt de mon repos, je me serais donc caché dans un prudent silence, mais j’ai vu de trop près le danger pour ne pas me sentir obligé d’en prévenir ceux qui s’y livrent sans défiance... J’avais eu d’abord la pensée de ne pas signer celte brochure, mais... puisqu'il s'agissait de remplir un devoir, le sacrifice devait être complet. »
On en conviendra, un homme qui se met en campagne avec autant de répugnance, n’obéit évidemment qu’à sa conscience.
Écoutons-le donc :
« Raïlleur impitoyable à l'égard des tables... si j'ai maintenant à subir, pour ma crédulité, les mêmes railleries, les mêmes persiflages, je l'ai bien mérité. »
Pour M. Bénézet, la crédulité s’ébranle pour la première fois par la rotation obéissante d’une lourde table; elle s’établit ensuite par tout ce que l’on connaît en fait de divina-
(1) Des Tables tournantes et du Panthéisme, par Bénézet, chez Sagnier Bray, rue des Saints-Pères, 64. Paris.
lions et devient surabondante devant les prodiges suivants.
Nous avons vu les soulèvements sans contact opérés à Valleyres par la seule force de la volonté. Les voici, maintenant, S opérant à Toulouse, avec une obéissance dont le servilisme dépasse toutes les bornes.
« Dans les premiers jours de ce phénomène nouveau, le guéridon avait besoin, pour perdre terre, de s'appuyer contre le mur ou contre quelqu'un, de nous. Je lai vu plusieurs fois grimper, par peliles secousses, le long de ma poitrine et s’arréter quelques instants pour retomber avec fracas : plus tard Il bondissait en quelque sorte sous nos doigts, cherchant à atteindre les objets que nous lui présentions à une certaine hauteur.
« Un soir, les croisées étant ouvertes, à cause de la chaleur, un papillon de nuit entra dans le salon pendant que nous faisions la conversation avec l'esprit. — Attrape ce papillon, lui dit quelqu'un.— Le guéridon se mit aussitôt à gambader à droite à gauche, suivant exactement tous les mouvements du papillon, et sautant parfois pour l’atteindre. Quand nous voulûmes faire cesser ce jeu , pour continuer les expériences, il fallut chasser le papillon. Le guéridon en vint au point de se soutenir deux ou trois minutes en l'air, en se détachant de la main et s’y rattachant, donnant de petits coups sur nos doigts comme pour nous caresser (1 ).»
Une autre jour, c’est la main de M. Bénézet que ce guériridon cherche à frapper. Un autre jour encore, c’est le portrait diabolique qu’on fait de lui et qu’il cherche à effacer en le grattant.
Voici, toutefois, ce qui devient plus sérieux. « Pendant que le guéridon était en train de courir et de sauter, une des personnes présentes alla chercher de l’eau bénite et en versa sur lui. Aussitôt, il entra dans de terribles convulsions, frappant avec colère et se secouant vivement. Il finit par se ren-
(1) Voyez p. 28.
verser, et dans cette situation, il donnait de la tête contre le parquet comme pour faire tomber l’eau bénite. Il se releva enfin , et la porte du balcon se trouvant ouverte, il s’y précipita et sembla vouloir sauter par-dessus la rampe (1). »
Mais voici le fait capital, dont nous reprendrons plus tard la discussion avec M. de Gasparin et sur lequel nous attirons l'attention de nos lecteurs :
« Jusqu'ici, dit M. Bénézet (2), je me suis trouvé en quelque sorte à mon aise. J'avais à raconter des faits tombés dans le domaine public... Ce qui me reste à dire, au contraire, est tellement en dehors non-seulement des faits ordinaires de la vie, mais encore de ceux qui ont été déjà observés, qu'il est bien permis d'hésiter et de se demander s'il ne serait pas préférable de laisser la plume et de se renfermer dans un silencieux étonnement...
« Le lendemain de la dernière scène que je viens d’esquisser , je fus comme effrayé des progrès que j'avais faits dans la voie imprudente où je m'étais engagé...
« Je décidai donc, que n1 moi ni les miens, ne prendrions désormais aucune part à de telles expériences, et que je ne permettrais plus qu'elles eussent lieu chez moi, sous quelque prétexte que ce fût. Les époux L..... (3), auxquels je fis part de mes impressions, prirent une résolution semblable. Trois jours se passèrent ainsi. Lorsque les époux L..... s’asseyaient pour diner, la table s’agitait et frappait légèrement comme pour les provoquer, mais ils persistèrent dans leur bonne résolution et ne l'interrogèrent pas.
« Le troisième jour, pendant qu'ils dinaient, ils entendirent un coup sec frappé sur la table, sans que celle-ci fit aucun mouvement ; ils se regardérent avec une sorte de stupeur et quittèrent cette pièce pour aller dans leur chambre, mais ce bruit les suivit partout..…...; quand ils voulurent ren-
(4) Voyez p. 29.
(2) Voyez p. 34.
(3) Son gendre et sa fille.
trer dans leur appartement, Je les suivis. J’y restai un quart d'heure, et rien ne s'étant passé, je me retirais bien persuadé que la nuit serait paisible pour eux. Il n’en fut pas ainsi.
«Is étaient assis, vers les onze heures, auprès de leur guéridon et lisaient. M" L...… avait mis de l’eau bénite à sa portée, espérant se préserver ainsi de toute frayeur nocturne (1). |
Ils étaient là, depuis une demi-heure, lorsque les mêmes coups se firent entendre de nouveau; et comme ils avaient lieu surtout sous la chaise où était assise M" L....., celle-ci trempa ses doigts dans l’eau bénite et les secoua sous la Chaise. SA MAIN FUT AUSSITÔT SAISIE ET MORDUE AU-DESSOUS DE LA SECONDE PHALANGE DU POUCE, ET ELLE EUT DE LA PEINE À LA RETIRER. SOn mari ne comprenait pas d'abord la cause des cris qu’elle poussait, mais il fut bien plus surpris en voyant sur la chair rouge et enflée, l'empreinte d’une double rangée de dents.
« M°° L..... n’était pas encore remise de l'émotion causée par celte attaque inattendue, qu’elle poussa de nouveaux cris, en portant la main à l’épaulé droite, et tomba en syncope : son mari avait beau regarder, il ne voyait rien, la robe même n'éprouvait aucun froissement. I découvrit l'épaule et y trouva comme une sorte de contusion, de la grandeur d’une pièce de 5 francs; il vit même quelques gouttes de sang couler. Quand elle eut recouvré ses sens, M" L..... se sentit MORDRE encore à l’avant-bras et ensuite aux reins , quoique d’une façon moins sensible. Le reste de la nuit se passa sans nouvel accident, mais dans une insomnie complète, comme on peut bien le présumer.
«J'ai vu, le lendemain, seize heures après l'événement, des traces de morsures. La partie de la main qui avait été atteinte était encore rouge, mais l’empreinte des dents avait disparu. Il y avait à l’épaule une plaque noirâtre, et en l’ob-
(1) À timore nocturno, ( Ps.)
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