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Voilà certes une incurie et une impuissance plus prodigieuses que le problème! Et l'on croit que c’est avec deux mots, étourdissants de simplicité, que l’on va « DÉMoLIR de fond en comble, » l’échafaudage de nos superstitions ! on entonne un chant de triomphe, comme si l’on avait méme essayé d'engager un combat !
En vérité, si de pareilles raisons devaient suffire à de tels mystères, si l’esprit français, quelque léger qu'on le connaisse, se contentail de solutions aussi naïvement commodes, ce serait à désespérer de l'intelligence contemporaine.
Mais heureusement, ces aberrations inouïes et de bon sens et de logique sont et probablement demeureront toujours cxceptionnelles et réservées à l’ordre surhumain, car c’est toujours là le point précis, après lequel le raisonnement abdique ou plutôt révolutionne toutes ses lois. Non, ce ne sont plus les témoins dont la compétence et la raison disparaissent «au moment où le surnaturel commence, » ce sont
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ceux qui les jugent. L'esprit de MM. Bautain, de Lorme, de Saulcy, Bénézet, reste aussi calme, aussi froid qu'il l'était auparavant, et à l'encontre des partisans des tables, vous les voyez revenir à leurs études ordinaires avec la même placidité, et par conséquent la même autorité... Mais les dénégateurs ! C’est une bien autre affaire. Voyez donc un peu ce qu'ils deviennent, aussitôt qu’ils ont mis le pied sur ce terrain fatal. Eux, d'ordinaire, amis sincères et loyaux de la vérité, tout leur est bon pour combattre, et s’ils le peuvent pour écraser celle-ci; oui, contre elle tout leur est bon : paradoxes, mutilations, difficultés de mauvais aloi; ils font tout jouer à la fois, sans même se donner le temps d’apercevoir que les feux croisés de tant dé batteries se contredisent et s éteignent mutuellement. Eux qui ne vivent que de témoignage, qui sur la foi de deux témoins envoient leur frère à l’échafaud , 1ls les récusent ici par milliers et les récuseraient par millions, plutôt que de déposer un préjugé. Eux, défenseurs ordinaires et généreux du droit commun, ils ne vivent plus que de lois et de doctrines d'exception. Hors eux, hors leurs systèmes, hors leur antisurnaturel, plus de salut pour personne. Îls en appellent à cet amour inné du merveilleux, qui entraîne généralement les hommes, et par conséquent les témoins! Mais ils confondent les époques et ne s’aperçoivent pas que sous ce rapport, les préjugés modernes avaient changé jusqu'à la nature humaine, et converti cette tendance véritable en horreur invincible. Quant à la réaction qui commence aujourd’hui, comment s’est-elle opérée si ce n'es! à force d’évidence, et combien, sur ces milliers d’expérimentateurs, peut-on compter de témoins déposants? car il ne faut pas confondre encore les convertis et les témoins, ou la curiosité et le courage. Souvent quand l’une s’éveille l’autre se cache, et nous en attestons plus d’un homme éminent qui, bien que rendu à nos doctrines, n’en a pas moins reculé devant la confession de la vérité.
Cependant on prétend que c’est pour obéir à la mode que
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nous avons écrit, on dit « que cela à bon air » de ne pas penser comme la foule! Ah! c’est en parler bien à son aise; on ne sait pas que tout notre travail était conçu depuis dix ans, et qu'alors les esprits étaient si bien & la mode que nos dictionnaires eux-mêmes ne voulaient plus en rien dire (4).
Alors,—(et si nous avons jamais eu un mérite, ce ne peut être que celui-là) — alors nous travaillions tout seul, pour arriver tout juste, et avec une précision dont nous ne pouvons encore nous rendre compte, à l'heure précise de l'invasion générale,
Depuis, sans doute, quelque peu de mode et de bon air ont pu dédommager ce travail, des terribles brouillards qu'il lui avait fallu traverser; mais encore ne faut-il pas se faire 1llusion, ét croire que notre pauvre nature humaine puisse toujours, à l’aide d'un imposant patronage, supporter entièrement et les dédains bien autrement nombreux, etla complète indifférence, et surtout cette espèce de silence accusateur, de la part de ceux même qui vous entourent, vous aiment et vous estiment le plus.
Non, ce n’est pas l’esprit de fashion qui nous a mis la plume à la main, mais bien ce même esprit de vérité qui force, à l'heure qu'il est, quelques rares el courageux témoins à confesser sans détour, mais non pas volontiers, qu'ils ont franchi ce point précrs.
Nos conclusions sur le témoignage, sont donc exactement contraires à celles de M; de Gasparin. En ayant soin d’exclure les témoins fanatiques, et nous tenant aux témoins désintéressés de notre programme, nous ne craignons pas de les déclarer, à leur tour, suspects et même fort coutumiers du crime de défection, aussitôt qu'ils ont posé le pied sur le terrain du surnaturel.
(4) Voir ceux de Napoléon bandais et de Bescherelle au mot pneumatologie. Le premier le traduira par la « science des alcools, » le second par la « science des esprits, science qui n’a aucune réalité. » Que d'ouvrages vont sé trouver condamnés à des éditions nouvelles !
Il en est de même des juges; pour eux, en général encore, le premier pas sur ce terrain est et sera longtemps le pas funeste, après lequel on cesse de croire ou plutôt de confesser ce qu'on à vu, ce que l’on voit encore, et par conséquent ce que l’on croit fermement.
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Trois hypothèses se présentaient sur la question des tables : la jonglerie, l’hallucination et la grande loi inconnue.
La première est enfin mise hors de cause par les accusateurs eux-mêmes, sauf toutefois quelques réserves sur le lapage musculaire et la ventriloquie, passe-temps très-Innocents ettres-permis, dit-on, à quelques milliers d'expérimentateurs, « presque tous de bonne foi. » (1)
La seconde hypothèse (l’hallucination) ne sera pas désormais plus heureuse. On a bien essayé de la glisser encore à la dérobée et de la faire figurer, pour mémoire, dans cet immense répertoire de réalités trop palpables; mais son bon temps est fini ; nous ne sommes plus à celui où l’on nous disait à nous-mêmes : « Laissez donc! vous croyez voir tourner des tables, mais c'est un effet de mirage, elles ont l’air de tourner et ne bougent pas. » Celui qui tiendrait un tel langage aujourd'hui, serait assimilé à cette dame qui, ne voulant pas croire aux felégraphes, donnait pour raison « que toutes les Opinions étaient libres. »
A l'heure qu'il est, ne pas croire aux tables, ce serait user de la même liberté.
Reste donc la grande loi inconnue, et cette fois-ci les plus fins limiers se sont mis cn campagne sans parvenir à rien faire lever qui puisse s’appeler ainsi. Les décollements de M. Faraday, les mouvements naissants de M. Babinet, la tendance au mouvement de M. Chevreul, le fluide volitif (2) de M. de Gasparin ont eu cela de consolant et de commun
(4) Voir le ch. rer.
(2) Ce n'est pas l'expression mais bien la pensée de l’auteur.
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qu'après s'être mutuellement accusés de vouloir « faire crouler le monde, » 1ls ne l'ont même pas agité.
Et cependant les phénomènes sont toujours là ; n’y eût-1l que le « soulèvement sans contact, » si bien attesté par les savants de Genève, et les lecons d'arabe, données à un membre de lInstitut parisien, 1! faudrait bien en avoir le cœur net. Une science qui s'endort à côté de pareils phénomènes y perd honneur et crédit, et ce ne sont pas là de ces lois qu'il soit permis de dédaigner.
Mais c’est précisément ce mot lois qui décourage nos savants. Ils voient bien que cela n’a rien de légal, et certes ils ont raison.
« Comment donc (leur fait dire M. Thury) comment une force pertubatrice que posséderait l’organisme humain, une force de calibre à soulever des tables, et qui n'aurait jamais produit le plus petit dérangement, dans les milliers d’expériences exactes que les physiciens font journellement ! Leurs balances, sensibles à un demi-milligramme, leurs pendules, dont les oscillations s’accomplissent avec une régularité mathématique, n’eussent jamais ressenti la moindre influence de ces forces, dont le principe est toujours là présent, partout où il y a un homme et une volonté! Or, la volonté du physicien existe toujours pour que l'expérience marche selon les prévisions de la théorie. (1) »
Tout cela est parfaitement juste, mais à ce mot loi substituez celui de caprices, et tout sera dit. Les savants resteront fidèles à la science, sans renverser toute la philosophie par la négation de l’évidence. Mais jusque là, la légalité les tue ; on dirait que pour eux ce mot seul, « pas de loi » est équivalent à celui-ci « pas de faits. » Toutefois l'illusion ne saurait les aveugler bien longtemps, ils nesauraient mépriser à ce point le témoignage humain, ce témoignage dont ils vivent à toutes les heures de leur journée. Déjà même ils re-
(4) Thury, p. 9.
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çoivent assez mal cette théorie du point précis, en deçà duquel on gourmande les incroyants et au dela duquel on les imite et les dépasse, Tout le monde, en effet, ne s'arrange pas de cette position périlleuse qui vous force à dire à votre voisin de gauche « avancez, » et à votre voisin de droite « ne faites pas un pas de plus, » En France, on a l'esprit logique, et c’est pour cela que le protestantisme et les tiers-partis n’ont Jamais pu sy faire comprendre.
Enfin, bon gré, mal gré, il faudra bien régler tous ces vieux comptes, ouverts depuis des siècles. L'occasion en est belle ; la science commence à pressentir (et nous l’avons prouvé en commençant) de combien de problèmes notre théorie, ou plutôt la vérité, lui offrirait la solution, Origine de tous les cultes, mystères bibliques, philosophie de l’histoire, événements mystérieux, étliologie, et même, comme nous le disait l’autre jour un grand médecin, thérapeutique médicale, tout s’éclairerait de la lumière la plus vive; en ayant l'air de reculer, on marcherait en avant « recede ut procedas. » |
Laissez faire ; lorsque les grands événements dont nos causes spirituelles ont été certainement les prodromes, et peutêtre les agents (1), se seront accomplis, lorsque le monde respirera, vous verrez surgir, à Son tour, une nouvelle ère scienufique, dans laquelle les esprits sauront bien reprendre leur vraie place. On ne confondra plus; comme on le faisait tous les jours, leurs caprices avec les lois de la nature; chaque science aura sa partie pneumatique, et la fable, alors, redevenant de l’histoire, l’histoire telle qu'on nous la racontait depuis deux siècles, pourra fort bien, à son tour, redevenir de la fable, Mais ne devançons pas les temps.
Oui, la science nous reviendra, et nos savants adversaires d'aujourd'hui, MM. Babinet et Chevreul, seront peut-être les premiers à renier leurs dénégations de la veille, renégation
1) « Administratori spiritus; esprits administrateurs. » (Saint Paul.)
digne d'eux, et qui , bien loin d'enlever le moindre lustre à leur grande et belle réputation, ne pourra que l’augmenter encore.
Quant à notre adversaire plus spécial, M. le comte de Gasparm, grâces lui seront toujours rendues « pour n’avoir pas méconnu la grandeur du problème tel que nous venions de le poser (4). »
Et pourquoi ne le lui dirions-nous pas aussi? c’est sur lui que nous fondons nos plus belles espérances. Le jour, où un seul fait de tables lui aura démontré que « cet atome de surnaturel, » qu'il refusait d’y voir, s’y trouve au contraire à l’état de montagne, et que, par conséquent, «le surnaturel n’a pas disparu avec le dernier des apôtres, » ce jour-là, la vérité le possédera tout entier.
Oui, qu’une seule table se trahisse et lui montre seulement ce qu'elle montre à tant d'autres, c’est-à-dire, un seul mot posiivement absent de sa pensée, ce jour-là, homme sincère, il détruira son livre; homme d'esprit, il saura bien le remplacer par un autre ; homme de foi, il se livrera peut-être à quel-ques réflexions sur les préjugés injustes, sur les histoires falsifiées (l en aurait un bel exemple), et, qui le sait? peut-être pourrait-il faire un de ces pas qui rapprochent les idées, les hommes, et surtout les chrétiens!
ILest vrai qu'il a dit quelque part, « il ne fallait pas laisser au spiritualisme un seul argument, que dis-je? un prétexte; je crains seulement que ma démonstration ne soit jugée surabondante, mais j'ai préféré tomber de ce côté... (2)» Oui, M. le comte de Gasparin a bien dit tout cela, mais nonobstant cetengagement téméraire, nous espérerons toujours, parce que quelqu'un sera toujours là pour l'empêcher de tomber tout à fait pour le remettre d’aplomb, et ce quelqu'un, ce sera toujours son collaborateur de Valleyres, M Thury. L'exemple est
(4) Préface.
(2) T. EH, p. 549.
beau, la leçon est bonne, écoutons-le donc une dernière fois, Car On ne saurait n1 mieux dire, ni mieux faire.
« EXTRAIT D'UNE LETTRE A M. LE COMTE A DE GASPARIN, QUI NOUS AVAIT ENGAGÉ À MODIFIER LE DERNIER ARTICLE DE CE MÉMOIRE. (1) »
« Je sens parfaitement, Monsieur, la justesse de vos observations relatives à l'influence fâcheuse pour moi, qu’auront, sur l'esprit des savants en général, les dernières pages de ce mémoire. Je souffre, surtout, de sentir que ma détermination vous cause quelque peine, cependant, je persiste dans ma résolution, parce que je crois que c’est un devoir, auquel je ne Saurais me soustraire sans une sorte d’infidélité.
« Si, contre loule attente, il y avait quelque chose de vrai, dans le spiritualisme (2), en m’abstenant de dire, de la part de la science, telle que je la conçois, que l’absurdité de la croyance à l’intervention des Esprits n'est pas démontrée scientifiquement ( car c’est là le résumé et la thèse des dernières pages du mémoire) en m abstenant de dire cela, à ceux qui, après avoir lu mon travail, seront portés à s'occuper expérimentalement de ces choses, je risquerais de les engager dans une voie dont plusieurs issues sont équivoques.
« Sans sortir du domaine scientifique, comme je l'estime, J'irai donc jusqu’au bout, sans aucune réticence au profit de ma propre gloire, et, pour me servir de vos paroles, «comme cest là le grand scandale, » je ne veux pas en avoir honte. Je soutiens d’ailleurs que « ceci est tout aussi Scientifique qu'autre chose. » Si je voulais soutenir maintenant la théorie de l'intervention des esprits, Je n'aurais pour cela aucune force, parce que les faits connus (3)
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