LIEUX SAINTS
Après sa sortie contre les historiens et les témoins du christianisme antique, M. de Gasparin cherche à prendre en défaut ceux du christianisme moderne, à propos des traditions vénérées en Palestine. Pas une croyance, pas un lieu, pas une place assignés par la vénération des fidèles à chacun des événements de l'Évangile, qui ne trouve en lui un contradicteur absolu : procès d'autant plus grave cette fois qu'ayant été lui-même sur les lieux, sa parole en reçoit une plus grande autorité. La place consacrée par la mort de N.-$., celles de la Transfiguration, celle de sa glorieuse Ascension, la grotte de Nazareth pour l’'Annonciation de la Vierge, etc., etc., tout cela, autant d'erreurs topographiques dues à autant d'erreurs testimoniales. Nous l'avouons, n'ayant pas été sur les lieux, rous nous trouvions assez embarrassé, et sans entrer dans le débat, nous allions peut-être compromettre, à force de tolérance, quelques pieuses-traditions basées sur des récits ou des suppositions plus ou moins vagues , lorsque le jour’ nal l'Univers vint nous fournir une réponse (1), que nos lecteurs ne seront peut-être pas fâchés de retrouver ici.
Au nombre des crimes, imputés au témoignage par M. de Gasparin, se trouve comprise la sainte tradition sur la grotte de la Nativité à Bethléem : pour lui, cette grotte a remplacé la Crèche du Nouveau- Testament, et c’est Ibrahim-Pacha qui, dans sa dernière campagne en Syrie, mit à nu l’absurdité de la tradition, en permettant aux Arabes d'enlever les ornements du sanctuaire, derrière lesquels on découvrit un tombeau antique. Or, les Juifs n’auraient jamais changé, disait-on, une de leurs cavernes sépulcrales, en écurie d’auberge.
Il nous paraissait bien difficile, que l’éclaircissement d’un point d'archéologie si sacré, dépendit de l'enlèvement d’un rideau, et nous
LIEUX SAINTS. 185 retrouvions là, quoique dans une matière infiniment plus élevée, ce même esprit d'explications faciles, qui n’a besoin, pour se donner arrière, ni de Bethléem ni d’'Ibrahim-Pacha.
M. l'abbé Dequevauviller, chancelier du patriarcat latin de Jérusalem, s'est donc chargé de la réponse, et de cette réponse il résulterait : 1° que personne, soit à Jérusalem, soit à Bethléem, ni parmi les Latins, nt parmi les Grecs entendu parler du fait attribué par M. de Gasparim aux Arabes ;
, hi parmi les Musulmans, n’a jamais 2 qu'il n’y a jamais eu de tombeau antique , ni derrière le sanctuaire de Ta Crèche, ni dans aucune autre partie de la grotte, ni dans les environs; 3e que M, de Gasparin pourra facilement s’en convaincre, dans un second voyage moins rapide, pendant lequel il se méfiera un peu plus de ses truchements; on enlèvera toutes les tentures et tous ces ornements, Comme cela se fait tous les ans à Noël, sans qu'il soit besoin d'Ibrahim-Pacha; en un mot, on lui donnera toutes les facilités désirables, pour cherchér ce qu’il ne trouvera certamement pas.
Le pieux missionnaire termine, en affirmant que ce ne seront pas des affirmations toutes gratuites, et avancées sans qu'on cherche même à en donner là moindre preuve, qui pourraient ébranler d’un coup de plume une tradition confirmée par les études d'un saint Jérôme, par exemple, qui s’est occupé pendant plus de trente années, à Bethléem mêrne, à côté de la grotte de la Nativité, des antiquités judaïques et des faits de l'Ancien et du Nouveau-Testament.
Nous né savons Ce que M. de Gasparin pourra répondre à une telle autorité. Mais dans tous les cas, avant de l'essayer, 11 fera bien de méditer une autre réponse, qu'il doit à une autorité non moins respectable et non moins éclairée ; nous voulons parler de celle de Mgr Mislin, camérier, secrétaire de sa Sainteté , et l’auteur du livre le plus exact et le plus complet qui ait paru de nos jours sur la Terre-Sainte.
En premier lieu, et par toutes les raisons que peuvent fournir la logique et l’érudition les plus solides, Mgr Mishin s'attache à prouver, qué la grotte de là Nativité, à Béthléem, est bien véritablement le lieu de naissance du Sauveur.
Nous ne pouvons le suivre dans ses longues dissertations ; nous citerons seulement la lettre écrite à Mgr Mislin, au sujet d'Ibrahim- Pacha, par Mgr Valerga, patriarche latin de Jérusalem.
« J'ai pris les informations les plus exactes, non-seulernent auprès des religieux qui du temps d'Ibrahim-Pacha se trouvaient à Bethléem,
| mais encore auprès des anciens du lieu; il en résulte , que jamais les Arabes ne se sont établis au couvent, ni dans ce temps là, ni dans aucun autre ; que jamais ils n'ont osé enlever les ornements du sanctuaire, ornements que d’ailleurs les religieux enlevèrent eux-mêmes dans plusieurs occasions. A l'époque de cette guerre, Ibrahim-Pacha , avec ses officiers, a habité le couvent latin pendant quelques mois ; mais, loin d’enlever quoi que ce soit, ou de faire la moindre insulte au sanctuaire, il a constamment protégé les religieux, desquels, seuls, il a voulu recevoir sa nourriture.
«Aucun monument sépulchral n'existe dans la grotte de la Nativité, et même aucun sépulchre antique de l’époque des Hébreux ne se trouve dans les grottes contiguës, où sont les tombeaux de saint | Jérôme, de sainte Paule, etc.»
À de si puissantes dénégations que M. de Gasparin dédaignera sans doute, et précisément en raison de leur grande importance, nous ne nous permettrons d'ajouter, nous, qu’une seule réflexion.
ILest parfaitement certain que cette tradition se trouve garantie dès le n° siècle par les profanations elles-mêmes de l'empereur Adrien, qui se contente de souiller par le culte d’Adonis, un lieu dont il ne nie pas les litres à la vénération chrétienne; garantie ensuite au nr par le savant témoignage d'Origène, au 1v°, par l'érection de l’église actuelle, œuvre de sainte Hélène , enfin au v° par les trente-huit années que passe auprès de cette grotte, cet autre savant incomparable, que l’on nommait saint Jérôme; comme il devient probable, disons-nous, qu’une tradition pareille, acceptée tout à la fois par les chrétiens, les païens et même les musulmans, va s’écrouler tout à Coup au xix°, parce que QUELQUES SOLDATS D'IBRAHIM-PACHA AURONT SOULEVÉ UN RIDEAU! que de lecteurs auront trouvé cela tout simple, et se seront indignés !..
Oh non! ce n’est pas du côté de la foi, que se trouve la facilité à tout croire (1)!
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