LA QUESTION UNIVERSITAIRE
Laval. — Victoria.
Le but du voyage de VAbbê Proulx.
S'il faut en croire les journaux de Montréal, la fameuse question universitaire qui passionne depuis bientôt dix ans l'esprit des catholiques de Québec et de Montréal, serait loin, bien loin d'être réglée. Nos concitoyens de la métropole commerciale du Canada ont réussi, il y a trois ans, à obtenir du Saint-Siège une quasi-indépendance pour la Succursale de l'Université Laval.
Le Bref Jam dudum a sanctionné cette indépendance ; mais aujourd'hui, l'on veut, paraît-il, faire un pas de plus et demander une indépendance complète. (1)
(1) Le savant correspondant, qui n'est pas le premier venu et qui écrit très bien, exprime-t-il une crainte ou un désir ? Je l'ignore ; mais ce que je sais fort bien, c'est qu'il erre du tout au tout, malgré les explications véritables qu'il a dû entendre plus d'une fois.
" Nous tenons de bonne source, dit un confrère de Montréal, que M. l'abbé Proulx, Vice- Recteur de l'Université Laval de cette ville, est allé à Rome mettre la dernière main à l'œuvre qu'il a entreprise, il y a bientôt trois ans, en acceptant le rectorat de la Succursale. (1)
" Le Bref Jam dudum donnait à la faculté de médecine Laval des privilèges tellement étendus, que, pratiquement, on la rendait indépendante.
" La loi sanctionnant l'union des deux facultés de médecine de Montréal et les décrets du Saint-Siège à ce sujet mettent Laval de Montréal entièrement en dehors du contrôle de Laval de Québec.
" Québec dit que si la faculté de Montréal s'abrite sous le nom de Laval, si elle en reçoit les diplômes, il est de toute justice, que le Recteur et le Conseil Universitaire de cette ville aient leur mot à dire dans les questions de discipline et de finances de l'institution montréalaise. (2)
" Comme il pourrait surgir des complications dans cette revendication de droits, on a pensé qu'une université canadienne-française, catholique et indépendante
(1) L'œuvre qu'il a entreprise se résume dans la dernière phrase de la première lettre qu'il a écrite comme Vice-Recteur à Mgr le Recteur, qui venait de lui communiquer la nouvelle sur sa nomination : contribuer à rendre notre Université Canadienne belle, grande, large et une.
(2) Je puis certifier que voici un confrère de Montréal qui est tombé d'accord, non seulement dans les idées, mais encore dans les expressions, avec Mgr B. Paquet, Recteur de l'Université Laval.
en cette ville, serait la meilleure solution du problème. M. le Vice- Recteur Proulx est allé à Rome, dit-on, pour soumettre cette question à la Propagande.
" Mgr Racine de Sherbrooke, qui traverse l'océan pour faire sa visite ad limina, doit appuyer la demande de M. l'abbé Proulx."
Nous avons interrogé les autorités universitaires en cette ville, au sujet de ces renseignements qui nous sont fournis par les journaux de Montréal. (1) Il nous a été répondu que le Conseil de l'Université, pas plus que son chancelier apostolique, le Cardinal Ta3chereau n'avait été informé de ce qui se passait à ce sujet tant à Montréal qu'à Rome.
L'on nous avait dit, il y a quelque temps, que Mgr Benjamin Paquet était parti secrètement pour la Ville Eternelle vers le milieu de septembre. De fait, le Recteur de l'Université n'a pas été vu à Québec depuis cette date, et c'est Mgr Hamel qui a rempli ses fonctions de Recteur depuis le commencement de l'année universitaire. Interrogées à ce sujet, des personnes en état d'être renseignées sur les allées et venues de Mgr Paquet, nous ont dit, les unes qu'il était allé dans sa famille à Saint- Nicolas, les autres qu'il était à Saint- Joachim ; enfin il en est qui nous ont répondu qu'il était allé purement et simplement faire un voyage
(1) Comme ce correspondant semble avoir peur que l'on croie que ces renseignements lui ont été fournis à Québec.
à Madawaska, et qu'il n'a pas même songé à aller à Rome. (1)
En tous cas, il est certain qu'il se brasse quelque chose auprès du Saint-Siège ; le voyage de M. l'abbé Proulx et celui de Mgr Racine sont significatifs.