DOCUMENT N° X
N. B. — J'expliquai à M. Marcoux les raisons pour lesquelles nous demandions cette nouvelle reddition de comptes, l'assurant en même temps de notre bonne volonté, et de l'espérance que nous entretenions toujours de tout régler à l'amiable. Il parut admettre que, en effet, il fallait se placer sur une base nouvelle, pour me servir de l'expression même qu'il emploie daus une de ses lettres. Avec les pièces qu'il avait entre les mains, disait-il, ce travail n'était l'affaire que de quelques jours ; il nous le promit pour le 22 du mois d'août.
Longueuil, 21 août 1889.
Monsieur le Vice- Recteur,
J'espère être prêt demain matin à vous donner les comptes de la Succursale, sur la base nouvelle dont nous sommes convenus. Je ne suis resté à Québec que quelques heures, juste le temps nécessaire de prendre quelques documents qui me manquaient. Monsieur le
Recteur étant absent de Québec, il était inutile de vous inviter à descendre en ce moment, et je suis revenu par le premier train. En tout cas, je serai à Montréal demain à 10 h. A. M.
Avec considération, votre tout dévoué.
J. E. MARCOUX, Prêtre.
N. B. — Cependant, dix jours plus tard, le 31 d'août, trompé dans son calcul, M. Marcoux m'écrivait que le Séminaire de Québec le retardait. (Voir, plus bas, document Nc XIV.)
Pour mettre dans tout son jour l'importance des deux documents suivants, on me permettra de citer ici les explications que j'ai données dans mon Mémoire sur les comptes :
" Je ne dois pas oublier de dire que le 25 du mois d'août j'étais descendu à Québec, pour parler à Mgr Paquet, à la fois Recteur de l'Université et Supérieur du Séminaire de Québec, entre autres choses, des comptes du Séminaire contre la Succursale. Sur ce sujet, tout en exprimant certaines surprises à l'occasion de certaines manières de faire de la part de son délégué, il me renvoya tout de même à M. Marcoux
qui était chargé, disait-il, de régler cette question.
Je lui demandai si l'Induit qui accordait, à l'usage des fins universitaires, cinq centins sur l'honoraire de chaque messe envoyé hors du pays, avait été renouvelé. Il me répondit qu'il lui était impossible de me rien apprendre sur ce sujet, mais que, si je l'osais, je pouvais m'adresser au Cardinal Taschereau. Je m'adressai à Son Eminence; elle me répondit, franchement et laconiquement : Oui.
En quels termes était conçu cet Induit ? je l'ignorais; car il ne fut communiqué aux Evêques des provinces ecclésiastiques de Québec et de Montréal, que le 13 de septembre.
C'était le 26 août. Le 29 du même mois, Mgr Paquet, de peur que je n'eusse pas bien compris sans doute, m'écrivait, cette fois sans que je lui eusse fait de nouvelles demandes, que " F Induit accordé par le Saint-Siège cette année est tout en faveur de Québec et que Montréal ne percevra rien en vertu de cet Induit. '
Et, qu'on veuille bien le remarquer, cet avis
venait immédiatement après cette autre phrase, non moins significative : " Il est bien entendu toutefois que la Succursale se trouve chargée des dettes contractées pour elle l'année dernière et de ce que le Séminaire a dépensé pour la faire fonctionner pendant les années qu'il en a été l'administrateur financier. "
On avouera que cette phraséologie n'était pas calculée pour me faire comprendre que, dans cet Induit, il était question du paiement de la dette de la Succursale. Auesi, au premier abord, je compris, avec toutes les personnes à qui je dus montrer la lettre de Mgr Paquet, que tous les revenus provenant des messes de la province ecclésiastique de Montréal, comme ceux de la province de Québec, étaient donnés au Séminaire de Québec, purement et simplement, sans qu'il ne fût question aucunement de Montréal.
J'étais loin de soupçonner que l'Induit du 5 mai 1889, en ce qui regarde Montréal, était conçu en des termes aussi favorables : u ita ut
quie ex postremâ (provinciâ Marianopolitanâ) mittuntur extra provinciam pro célébrât ion e,
tribuantur Archiepiscopo Quebecensi in diminutionem debiti partis Maria nopolitange Universitatis."
Il me semble que j'aurais raison de n'être pas très flatté de ce procédé, surtout lorsque je considère que j'étais allé, dans l'exercice de mes fonctions, consulter un supérieur sur une matière oui regarde l'Université en général comme la Succursale en particulier. On me remet l'administration de la Succursale, que je le veuille ou que je ne le veuille pas; on m'avertit qu'une dette pèse sur la Succursale ; on presse la reconnaissance immédiate de cette dette on en exige de suite une partie du paiement ; et tout le temps, on me cache la teneur véritable du document le plus important sur la question, d'un document qui délimite la sphère des intérêts que j'ai la mission de sauvegarder. Non seulement on me cache la teneur de l'Induit, mais, on me refuse, lorsque je les demande, des explications auxquelles j'ai un droit de convenance incontestable ; non seulement on me les refuse, mais par des paroles mesurées, on me met
sur le chemin de conclusions plus ou moins rigoureuses. C'est un peu fort. On serait porté à croire que, dan s cette circonstance, chez Mgr Paquet, le Supérieur du Séminaire de Québec avait absorbé complètement le Recteur de l'Université Laval.
" Mais, dira-t-on, il ne nous appartenait pas, à nous, de publier l'Induit. " Eh bien ! alors, avant de presser de cette manière le règlement de ces comptes, il fallait ou obtenir la publication de l'Induit, ou se procurer la permission de le faire connaître aux intéressés tel qu'il est, ou attendre encore quelques semaines que cet Induit eût été publié. Dans tous les cas, quand il ne nous appartient pas de publier un document, il me semble qu'il ne nous appartient pas davantage, au risque de produire chez une tierce partie une impression qui porte préjudice, d'en donner d'avance une interprétation discutable.
C'était trop fort. A la fin, ne pouvant, à la lumière des procédés généralement usités en affaires, m'expliquer cette persistance avec laquelle on s'appliquait à amener le règlement de
ces comptes, avant que n'eût été porté à la connaissance des Evêques le texte d'un Induit déjà obtenu depuis plusieurs mois ; considérant que, sous le premier Induit du même genre donné au mois d'août 18S4, le Séminaire de Québec avait cru devoir laisser à Montréal le revenu provenant des messes de la province de Montréal, tandis que, disait-il maintenant, en vertu du second Induit, Montréal ne devait plus en rien percevoir, ce qui me paraissait, dans la circonstance, une véritable anomalie , connaissant, par l'étude de toute la question universitaire, combien grande et scrupuleuse est la délicatesse du Saint-Siège en ces matières de justice, ne s'agirait-il que de droits de congruo : pour tous ces motifs, hésitant, surpris, étonné, je doutai.