DOCUMENT N° XXXVIII
Québec, 25 septembre 1889.
Mgr B. Paquet, Recteur de l'Université Laval.
J'ai l'honneur de soumettre à votre haute approbation :
1Q La copie d'un modus vivendi auquel sont arrivés, après bien des pourpalers, la Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal et les Membres de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal.
2° Un extrait d'un procès-verbal d'une séance de la Faculté de Médecine de V Université Laval à Mont-
réal, recommandant au Conseil Universitaire la nomination d'un certain nombre de nouveaux Professeurs, etc.
3° Une lettre des deux Comités de la Faculté de Médecine de Laval et de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, me demandant d'ajouter à la liste des médecins, pour lesquels on demande un titre de Professeur, le nom de l'Hon. A. H. Paquet, M. D., sénateur, ce que je fais volontiers dans la mesure de mes pouvoirs ; et je suggère de nommer ce Monsieur à la Chaire de Clinique de Gynécologie.
Ce projet d'union amènerait, avant deux ans, l'effacement complet de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal. C'est un état de choses transitoire, nécessité par les circonstances, comme j'ai eu l'occasion de vous l'expliquer de vive voix, qui conduirait fatalement à l'état de choses définitif, désiré par tous, je veux dire l'établissement, sans rival aucun dans l'élément catholique, de l'Université Laval à Montréal.
En approuvant cette entente, vous donnerez à nous diocésains de Montréal, la paix et l'union, en même temps qu'à votre Succursale la stabilité et la prospérité. Espérant une réponse favorable, je demeure, avec la plus haute considération,
Monsieur le Recteur,
Votre tout dévoué serviteur.
J. B. PROULX, Prêtre.
N. B. — A propos de ces expressions qu'on lit dans la lettre précédente : effacement complet
de r Ecole de Médecine. . . établissement, sans rival dans l 'élément catholique ', de F Université Laval à Montréal, ainsi qu'à propos de celles qui se rencontrent dans la lettre suivante: absorption de V Ecole de Médecine et de Chirurgie par Laval, je donnerai quelques explications.
D'abord, dans ce tiraillement d'intérêts opposés, ayant à répondre sur le champ aux questions les plus délicates, marchant à la bonne franquette à travers la diplomatie la plus habile et la plus exercée, que j'aie manqué dans mes expressions de précision technique et étymologique, c'est possible : je ne pouvais toujours avoir Littré dans ma poche. Mais, par les nombreuses explications que je me suis plu à donner, par la franchise et l'uniformité d'action que j'ai apportées dans ma conduite des affaires universitaires à Montréal, ma pensée a dû être, pour tous ceux qui ont voulu la comprendre, claire et précise.
Dans tous les cas, elle tombe d'elle-même, la prétention de ceux qui avancent que, dès le
commencement de mon administration, j'ai voulu faire disparaître la Succursale. J'ai pu différer d'opinion avec quelques-uns sur les moyens à prendre pour amener le fonctionement prospère de l'Université à Montréal, mais, du jour où j'ai accepté d'en être le Vice-Recteur, je l'ai voulue " belle, grande, large et une."
Quant à ceux qui prétendraient que j'ai méconnu les légitimes aspirations des membres de l'Ecole, je leur demanderai de lire ce que j'ai écrit dans mon (l Mémoire sur les Ressources à créer pour la Succursale ; " le voici :
" L'Université, dans l'interprétation de ses constitutions et le fonctionnement de ses règlements, devrait se placer sur des bases si larges qu'elle pût embrasser dans son enseignement la totalité des élèves catholiques, respecter et favoriser, en se les incorporant, les institutions déjà existantes, développer l'énergie, l'élan et les forces de toutes les aspirations légitimes, n'offenser en rien les susceptibilités naturelles à chaque section du pays, voir ses deux sièges actuels fleurir' et s'épanouir, l'un à côté de
l'autre, sans froissement, sans empiétement, chacun dans la liberté de sa sphère d'action propre, faisant tous deux la gloire d'une même université, seus la haute direction d'un même Conseil Universitaire, et surtout sous la protection efficace des Evêques, à qui a été confié le soin de régir l'Eglise de Dieu, et d'enseigner toutes les nations."
Respecter et favoriser, en se les incorporant, les institutions déjà existantes, et pour cela, leur offrir des conditions tellement honorables, leur créer une position tellement supérieure, qu'elles ne puissent raisonablement les refuser, voilà comment j'entends " l'établissement, sans rival dans l'élément catholique, de l'Université à Montréal."
Dans ce même mémoire, je disais: " Pour juger sainement la question universitaire, il faut commencer par apprécier chaque prétention à sa juste valeur, puis placer les grands intérêts de la religion, de l'éducation et du pays an-dessus des intérêts particuliers : ce qui n'empêche pas toutefois que, dans ce vaste ensemble
bien coordonné, les intérêts particuliers ne puissent fort bien être sauvegardés suivant la mesure de leurs droits."
Ainsi, plaçant les grands intérêts de la religion, de r éducation et du pays au-dessus de leurs intérêts particuliers, l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal et la Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal, mettraient en commun leurs avantages et leurs intérêts divers, et formeraient un seul tout universitaire qui devien<lrait chaque jour de plus en plus brillant, surpassant en éclat et en utilité l'éclat et l'utilité qu'ont actuellement Tune et l'autre Ecole de Médecine, et voilà comment j'entends " l'absorption de l'Ecole par l'Université Catholique."
Cependant, ceci n empêche pas que, dans ce vaste ensemble bien coordonné, les intérêts particuliers ne puissent fort bien être sauvegardés suivant la mesure de leurs droits ; et voilà pourquoi, en différentes circonstances, m' adressant à différentes personnes, toujours fidèle à mon idée qui me paraît embrasser de haut les
vrais intérêts de tous, sans me contredire, j'ai pu m'exprimer comme suit :
Le 9 octobre 1889, j'écrivais au Président de l'Ecole : "Croyez que, dans tout arrangement, nous voulons respecter la justice commutative et les droits acquis de propriété."
Le 12 octobre, je disais dans un discours public en présence de l'Archevêque de Montréal et de son clergé réuni : " L'union des membres des deux Ecoles de Médecine constitue la Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal, et, comme de raison, doit fonctioner au nom de l'Université. L'Ecole de Médecine et de Chirurgie conserve sa charte, son nom et ses privilèges, et fait les actes nécessaires à sa vie, afin de pouvoir se jeter à ses droits, si l'Union ne lui convenait pas. Elle a deux ans pour se décider à prendre un parti définitif. Dans certaines explications, on a caché ce point important, ou on a laissé entendre le contraire. Je n'ai pas protesté sur le moment, afin de ne pas ajouter aux prétextes d'ébullition. Mais je profite de la première occasion, où je rencontre
un auditoire calme et nombivux pour rétablir les faits, et rendre justice à notre position. S'il en était autrement, je serais traître à mon mandat, à mon évêque et au décret papal."
Le 14 octobre, j'écrivais à M. le Recteur de l'Université : " J'ai fait des concessions — les circonstances l'exigeant — mais il y en a trois que je ne ferai jamais : celles qui s'attaqueraient à l'honneur, à l'indépendance et à l'unité de l'Université en tout ce qui regarde Montréal."
Le 15 novembre 1889, je pouvais offrira l'Ecole de Médecine, sous certaines conditions, d'étudier d'un commun accord, s'il n'y aurait pas moyen de mettre à la base de la Faculté de Médecine de la Succursale de l'Université Laval à Montréal, la Charte de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal." (Voir ci-dessous le uuméro CVI1I).
Après avoir laissé à l'Ecole de Médecine un essai de deux ans dans une union provisoire qu'elle peut briser si elle ne lui convient pas, lui faire cette dernière proposition, c'est, on l'a-
vouera, pousser le bon vouloir jusqu'à l'extrême limite. Après cela, je ne vois pas comment on pourrait soutenir que je fais des tentatives pour détruire V Ecole ou faire disparaître sa charte ; seulement, en vue d'un grand bien public à réaliser, je lui offre, moyennant le sicrifice de certaines susceptibilités juvéniles, qui n'ont aucun poids auprès d'hommes aussi sérieux et aussi patriotes que le sont tous ses membres, de se développer, de grandir, de devenir, avec honneur; partie intégrante et libre d'une grande Université.
Enfin, dans mon Mémoire sur l'Union, me mettant au-dessus de tous les points de vue sectionnels, j'ai pu écrire :... " tout en respectant les prescriptions des décrets romains, les intérêts des anciens professeurs titulaires de la Succursale de l'Université à Montréal, et les droits universitaires... L'Ecole continuerait à administrer ses biens, dettes et revenus ; et, par là, se trouverait résolue une difficulté qui est restée insoluble jusqu'ici... Les droits du Conseil de l'Université, tels que définis par la Constitution
Jam dudum, seraient respectés... Les droits matériels du Séminaire de Québec ne seraient lésés en rien... Ce serait un avantage, non seulement pour le district de Montréal, auquel cet arrangement apporterait la paix, mais encore pour l'Université en général... Ce projet assurerait l'exécution pleine et entière des décrets apostoliques..."
En un mot, je voudrais ne me constituer l'agent d'aucun intérêt particulier, mais amener les différents partis sur un terrain commun où, pour s'entendre, il y a quelques petits sacrifices à faire et de grands avantages à réaliser. Tout le monde y gagnerait.