‹ Question universitaire de Montréal (volume 3)Chapitre 55 sur 147 · DOCUMENT N* XLVIII · texte numérisé non relu

DOCUMENT N* XLVIII

Montréal, 27 septembre 1889.

Cardinali Simeoni Propaganda. — Roma.

Unio inter medicos facta, juxta exposita Eminentise Vestrse, me approbante cum suffraganeis : sed, cunctante Quebeco, et urgente tempore, precor ut Rector Lavallensis inducatur ad statim acceptandum.

f ED. CHS, Archev. de Montréal.

DOCUMENT NQ XLIX

Montréal, 28 septembre 1889.

Sa Grandeur Monseigneur Ed. Chs Fabre, Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

J'ai soumis, le 24 de ce mois, le projet d'union des deux Ecoles de Médecine à Mgr Paquet, Recteur de

l'Université Laval. Mgr Paquet m'a dit que le Conseil Universitaire apporterait toute la diligence possible pour régler cette question ; mais que, d'un autre côté, il ne pourrait convoquer le Conseil avant la semaine prochaine, que la question devait rester au moins huit jours à l'étude devant le Conseil : que j'apportais tout un nouvel ordre de choses qui demandait du temps pour être étudié à fond ; que l'affaire ne pouvait certainement pas être réglée avant l'ouverture régulière des cours ; qu'on ne manquerait pas aux règles de la prudence, et que prudence, dans l'occurrence présente, signifiait semaines et mois.

Pour des raisons que je n'ai pas besoin de vous expliquer ici, vous savez, Monseigneur, que tout retard quelque peu considérable, fait manquer l'union, et nous retombons dans la lutte, et le second état est pire que le premier. J'ai pris sur moi de retarder les cours de huit jours, et, dans les circonstances, c'est tout ce que je puis faire.

Il y a eu un travail énorme de fait avec beaucoup de bonne volonté des deux côtés, mais aussi avec des défiances. Allons^nous perdre le fruit de tant d'efforts ? C'est la seule chance que nous ayons d'avoir la paix et de faire réussir complètement les décrets apostoliques, allons-nous la manquer? Pour l'amour de Dieu, pour l'amour du Pape, sortons de cette impasse. Il faut battre le fer quand il est chaud. Je sais que la circonstance est grave. S'il est besoin d'un homme de bonne volonté pour couvrir des responsabilités plus précieuses que la mienne, je m'offre : ne craignez pas de m'ex-

poser; quand mon utilité sera passée, je retournerai volontiers dans ma bonne et paisible paroisse de Saint- Lin : ce que, du reste, je me propose de faire le plus tôt possible.

Si, le 9 octobre, le Conseil Universitaire n'a pas donné de réponse favorable à notre projet d'union, allons-nous ouvrir les cours, avec les deux Ecoles sur les bases arrêtées, confiants dans l'autorité du Saint- Siège pour ratifier une conduite dictée par la nécessité ? Et, dans ce cas, puis-je le faire connaître aux personnes intéressées, afin de donner une confiance à elles aussi ?

Dans une démarche aussi importante, je demande à Dieu d'inspirer et de bénir vos conseils. Je sais qu'en toute cette affaire, vous n'avez en vue que le bien de la religion, la paix du pays, et l'exécution des volontés et des désirs du Saint-Siège.

Croyez que je suis toujours, avec la plus haute considération,

De Votre Grandeur,

Monseigneur, L'enfant soumis et dévoué.

J. B. PROULX, Prêtre.

J'approuve pleinement le projet.

Montréal, 30 sept. 1889.

f EDOUARD CHS, Archev de Montréal.

N. B. — Le télégramme à Son Eminence le Cardinal Simeoni a été envoyé sur mes r< pré-

sentations ; et j'en suis responsable comme des avancés que renferment la lettre précédente. J'en réaffirme ici l'exactitude, ayant confié au papier les paroles de Mgr Paquet, immédiatement après être sorti de sa chambre.

Du reste sa réponse du 25 septembre ( Document N° XXXIX), malgré sa prudence officielle, montre assez que telles étaient alors ses dispositions. u Je considère cette affaire comme très grave, et je suis d'avis qu'elle ne pourra pas être réglée pour le 2 octobre, jour de l'ouverture des classes des Facultés. " Et, pourtant, le Conseil la régla en principe dès le 30 septembre. " Comptez que le Conseil Universitaire, sans toutefois manquer aux règles de la prudence, apportera toute la diligence possible pour la régler promptement. " Après tout ce qui m'avait été dit, dans une longue conversation, si clairement et si formellement, je compris que ces mots " apporter toute la diligence possible " devaient être à peu près l'équivalent poli de l'expression parlementaire " prendre en sérieuse considération. " Du reste les deux membres de

phrase " affaire très grave " et " sans manquer aux règles de la prudence ", ainsi que les deux autres qu'on lira dans le document suivant *' vous voyez que nous sommes bons princes " et " ce qui a été soumis à notre approbation est bien extraordinaire ' suffiront, aux yeux de ceux qui ont le sens et l'intelligence de ces situations, pour couvrir l'authenticité de ce que j'ai avancé dans ma lettre à Monseigneur l'Archevêque de Montréal.

M Mais, dira-t-on, vos paroles ont été contredites, au moins, par l'événement. " Très vrai, et j'en bénis Dieu.

Comment se fait-il que Québec, hésitant, se soit décidé, tout à coup, à approuver le tout aussi vite et aussi facilement ? Un télégramme serait-il venu de Rome, pour aider à la décision des volontés ? La connaissance du fait que nous étions déterminés à passer outre, quand même, aurait-il modifié la procédure que Mgr Paquet se proposait tout d'abord de suivre ? Le Recteur de l'Université aurait-il été débordé par l'opinion mieux inspirée de son Conseil ? Aurait-il cédé

aux remontrances d'amis puissants ? Je ne le sais, ni ne veux le savoir.

Dans tous les cas, je le répète, personne ne fut plus heureux que moi de ne pas voir se réaliser mes prévisions.

Page 1