DOCUMENT N° V
N. B, — Comme je l'ai dit dans mon Mémoire sur les Comptes du Séminaire de Québec contre la Succursale de /' Université Laval à Montréal, trois jours seulement après que j'eus accepté la cbarge de Vice-Recteur, comme je me trouvais
à l'Hôpital, retenu par une indisposition passagère, M. l'abbé Marcoux, l'ex-Vice-Recteur que je remplaçais, se disant envoyé parle Séminaire de Québec, me présenta une petite feuille volante sur laquelle étaient inscrits, d'une manière trèssuccincte, les comptes de la Succursale pour l'année courante, et les réclamations pécuniaires que le Séminaire de Québec prétendait avoir contre elle pour les années précédentes. Le tout se montait à une trentaine de mille piastres (150,- 000 francs), si je me rappelle bien; car, plus tard, sous prétexte de préparer de nouveaux comptes, M, Marcoux me demanda de vouloir bien lui passer la petite feuille, et elle ne m'est jamais revenue.
Pendant cinq jours il ne cessa de me presser, à maintes reprises, d'accepter ces comptes immédiatement, surtout de reconnaître à l'instant certains chèques sur la banque dont le terme de paiement était échu, assurait-il : insistant toujours, allant à la fin jusqu'à dire, en présence de Monseigneur l'Archevêque de Montréal, que si je refusais de me rendre à ses demandes, il y
aurait (ce qu'il déplorait beaucoup à cause du scandale), il y aurait du bruit.
Je répondais à M. Marcoux qu'il voulût bien attendre quelques jours, au moins jusqu'à ce que je fusse sorti des mains du médecin ; que je ne pouvais, ex abriipto, sans examen, accepter décemment des réclamations aussi considérables ; qu'en agissant avec une telle légèreté je serais blâmé, à bon droit, par les évêques, par le clergé, par les laïques de toute la province ecclésiastique de Montréal ; que du reste je ne pensais pas avoir, par le seul fait de ma nomination comme Vice-Recteur, les facultés légales de régler ces questions monétaires ; que, dans tous les cas, aussitôt que je pourrais m'occuper d'affaires, je me ferais donner, par qui de droit, s'il en était besoin, les pouvoirs compétents.
Aussitôt que ma santé fut rétablie, je me fis nommer par l'Archevêque de Montréal, qui dut à cette fin rassembler les membres de sa corporation épiscopale, procureur ad hoc pour régler les affaires pécuniaires de la Succursale ; et, comme je ne voulais pas prendre sur moi seul
la responsabilité d'un règlement de comptes aussi important, je demandai à l'Archevêque de vouloir bien me donner, pour m'assister de leurs avis et de leur expérience, un Conseil d'hommes connus, devant tout le public, autant par leur intégrité que par leur entente des affaires.
Archevêché de Montréal, 8 août 1889.
Monsieur le Vice- Recteur,
Dans les circonstances actuelles, il est important d'avoir, pour vous aider, le conseil de plusieurs personnes qui formeraient avec vous un Conseil provisoire pour régler les questions financières. Je vous conseille de demander, dans ce but, M. le Grand Vicaire Maréchal, le Dr Rottot et M. le juge Jette.
Dans l'espoir que ces Messieurs accepteront, je demeure, votre tout dévoué.
EDOUARD CHS, Archev. de Montréal.
N. B. — Ces honorables Messieurs voulurent bien se rendre au désir exprimé dans la lettre ci-dessus citée. Sur la sugestion de M. le juge Jette, et avec la permission de Monseigneur l'Archevêque de Montréal, je fis la même invi-
tation à l'Honorable P. J. 0. Chauveau, doyen de la Faculté de droit ; et il daigna l'accepter.
Ces noms étaient une garantie du sérieux qui allait présider à nos délibérations, en même temps que du grand esprit de bienveillance et de conciliation qui les animeraient vis-à-vis du Séminaire de Québec. Je ferai remarquer que je m'étais permis de ne désigner au choix de l'Archevêque de Montréal que des hommes reconnus, par tout le Canada français, comme d'anciens amis du Séminaire de Québec, afin de ne pas prêter flanc au soupçon d'aller chercher mes inspirations dans les rangs d'un camp adverse, et aussi afin de montrer aux autorités du Séminaire la bonne disposition où j'étais de tout régler aimablement en même temps que convenablement.