DOCUMENT N° LXXV
Montréal, 13 octobre 1889.
Monseigneur,
Je profite de la présence, ici, de Votre Grandeur et de celle de vos deux suffragants, Nosseigneurs les Evêques de St-Hyacinthe et de Sherbrooke, pour vous exposer respectueusement ce qui suit :
En acceptant la charge de Vice-Recteur, j'ai interprété le décret Jam dudum, comme donnant à Montréal la liberté dans l'unité. Je me suis conduit d'après cette conviction. J'ai même dit aux Docteurs de la Faculté de Médecine que " les règlements universitaires , tels qu'ils existent pour Québec ne s'appliquent à Montréal : 1° ni pour la nomination des professeurs ; 2° ni pour leur révocation ; 3° ni pour les programmes d'enseignement ; 4° ni pour les modifications de ces programmes ; 5° ni pour la durée et, par suite, la distribution des cours qui sont, à l'avenir, de six mois ; 6° ni pour le temporel de l'Université. Les Règlements en question concernent spécialement les matières obligatoires de l'enseignement, V uniformité des examens, et certains points de discipline qui regardent beaucoup plus le Vice-Recteur que les membres de la Faculté. "
De plus, ma conviction bien arrêtée est que, sans cette liberté d'action, tous les efforts que nous ferions
à Montréal pour faire fonctionner l'Université, seraient à la longue vains et stériles. Or, Mgr Paquet, Recteur de l'Université Laval à Québec, d'après ce qu'il m'a dit, interprète le décret tout différemment ; et il paraît croire qu'il n'y a rien de changé dans les rapports de la Succursale avec le Conseil Universitaire, du moins, dans une foule de points essentiels. Avant qu'aucun conflit d'opinions ne paraisse à l'extérieur, j'aimerais à m'effacer.
Les revends de la Succursale sont restreints. L'argent provenant des élèves est loin de suffire au paiement des professeurs, devenus plus nombreux par les nécessités de l'amalgamation de deux Ecoles de Médecine. Nous comptions sur l'argent provenant des honoraires de messe, ce revenu nous manque. Le Séminaire de Québec prétend avoir contre nous une réclamation qui s'élève à une vingtaine de mille piastres. Je ne me sens pas le courage d'entreprendre une œuvre qui demande autant de dépenses que l'organisation monétaire de la Succursale, avec une caisse vide ; et, je l'avoue franchement, je ne suis pas l'homme pour faire entrer les deniers.
Mon intention est de rester dans le ministère curial ; et cette charge de Vice-Recteur, surtout dans le moment de transition et d'organisation que nous traversons, demande tout le temps et tous les loisirs d'un homme. Il m'est pénible de passer toutes mes semaines loin du troupeau qui m'est confié, et dont je ne puis me décider à m'éloigner. Si j'ai pu rendre quelque service à Votre Grandeur et à la Succursale, en travaillant à amener l'union de deux Ecoles de Me-
decine, j'en suis heureux. Je ne demande aucun honoraire. Le plaisir d'avoir été agréable à Votre Grandeur, et la conscience d'un devoir accompli, me sont une récompense suffisante.
Pour toutes ces raisons, je mets devant Votre Grandeur ma résignation comme Vice-Recteur de la Succursale de l'Université Laval à Montréal. En daignant l'accepter, vous me ferez plaisir et vous me rendrez service, service non moins grand, je n'en doute pas, pour l'Université qui vous tient tant à cœur.
Croyez que je demeure, avec la considération la plus haute et le respect le plus profond, de Votre Grandeur, Monseigneur,
Le serviteur très humble et très dévoué,
J. B. PROULX, Prêtre.