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HONORÉ MERCIER

Eévérend Monsieur J. B. Proulx, Séminaire de Montréal,

Montréal, P. Q.

Montréal, 7 novembre 1890,

L'Hon. Juge Pagnuelo,

Rue Sherbrooke, Montréal.

Monsieur le Juge,

Je m'empresse, ce matin, de vous envoyer sous ce pli quelques feuilles que M. le Dr Hingston m'avait confiées pour vous les remettre : ce que j'ai oublié

de faire hier soir, distrait par cette variété et cette forêt de choses à travers lesquelles nous nous sommes promenés.

Vous serait-il possible, aujourd'hui ou demain, de préparer, de concert avec M. le juge Jette, l'entête du Bill, ainsi que la pétition collective des Évoques et de l'École aux trois branches de la Législature, afin que je puisse montrer ces deux documents à M. l'Administrateur, et même à Nos Seigneurs les Évêques de Sherbrooke et de St-Hyacinthe, s'il y a lieu, avant de descendre à Québec, lundi.

Ce que faisant, vous obligerez beaucoup celui qui .se souscrit avec une haute considération,

Monsieur le Juge,

Votre très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Ptre.

Montréal, 7 novembre 1890.

MM. les DrS d'ODET d'OESONNNENS,

W. H. Hingston et L. E. Desjaedins.

Messieurs,

Je vous renvoie la copie des arrangements entre l'École et les Évêques de la province de Montréal, avec la signature qu'y ont apposée les dits Seigneurs Évêques. En même temps, j'y ajoute une seconde <2opie de ces arrangements, vous demandant de vouloir bien la signer afin que, régulièrement, nous

puissions garder par devers nous ce document en: double, vous gardant l'original et nous la copie.

Est-ce que vous ne vous joindrez pas aux Évêques pour demander à l'Honorable Mercier de vouloir bien présenter le Bill % Je me propose de porter la pétition des Évoques, lundi ; il serait bon que nos deux requêtes arrivassent en même temps.

Je me suis permis de demander à M. le juge Pagnuelo de préparer, de concert avec M. le juge Jette, le plus tôt qu'ils le pourront, l'entête du Bill, et la pétition collective des Évêques et de l'École aux trois branches de la Législature.

Le plus vite nous irons maintenant, le mieux ce sera. J'ai hâte d'avoir entre les mains des copies du Bill imprimé.

Croyez, Messieurs, aux sentiments de respect avec lesquels je suis,

Votre très dévoué et très obéissant serviteur,

J, B. PROULX, Ptre.

N. B. — Le 10 de novembre, je descendis à Québec ; le lendemain MM. les Docteurs L. E. Desjardins et A. H. Paquet, délégués de l'Ecole de Médecine, venaient me rejoindre.

Je donnai à l'Honorable M. Mercier communication de la lettre, par laquelle Nos Seigneurs les Evêques de la province de Montréal lui demandaient de vouloir bien présenter lui-même le bill à la Chambre d'assemblée. Après mûre réflexion, M. Mercier me répondit qu'il était pour le bill, qu'il voterait et même qu'il parlerait en

sa faveur, mais que, dans les circonstances, il regrettait de ne pouvoir s'en charger.

J'ajoutai : "si le Saint-Siège vous le demandait ? "

" Sur une semblable question, avec mes convictions actuelles, je ne puis rien refuser au >Saint-Siège."

Pour ma part, j'étais heureux d'avoir une occasion de provoquer une nouvelle expression de la volonté de Rome, pour apaiser une opposition formidable que je voyais s'élever à l'horizon.

Donc, un télégramme fut envoyé à Rome.

J'avais eu la précaution de me munir, en tout cas, des pouvoirs voulus. On le trouvera plus loin. Auparavant, citons la lettre de Nos Seigneurs les Evêques, et un petit mot que j'adressai à l'Honorable Premier, le 1 1 novembre.

Montréal, le 8 novembre 1890.

A l'honorable Honoré Mercier,

Premier ministre de la province de Québec. Honorable Monsieur,

Vous ne pouvez pas ignorer que, dans ces derniers temps, des pourparlers ont été repris en vue d'arriver ii conclure entre les deux Écoles de médecine de

Montréal une union définitive qui intéresse à un si haut degré le bien de la religion dans ce pays.

Dans une réunion toute récente, tenue en notre présence, par les comités des deux Écoles, l'entente a fait de tels i)rogrès qu'il dépend désormais d'une *>eule condition, que cette union si désirable passe à l'état de fait accompli : il suffit que la sanction législative soit donnée à un projet de bill qui va être soumis aux chambres pour l'amendement de la charte de V École de Médecine et de Chirurgie de Montréal.

Nous ne pouvons douter, Monsieur le premier ministre, que l'attitude que votre gouvernement prendra dans cette question, doive exercer la plus haute influence sur la décision des chambres, en sorte que le succès du bill dépendra réellement de L'appui efficace que vous voudrez bien lui donner.

C'est pourquoi nous osons recommander cette importante affaire, non seulement à votre bienveillance pour les causes catholiques, mais à tout votre amour du bien public. Au succès du bill, en effet, sont attachés de tels intérêts patriotiques et religieux, que nous avons la conviction de remplir un devoir de notre charge épiscopale en vous adressant, dans cette circonstance, une respectueuse requête. Et si nous pouvions hésiter un instant dans ce sentiment, nous y serions aussitôt confirmés par le jugement bien arrêté du Saint-Siège, et par une mission positive qu'il nous a confiée.

Car à ses yeux, ainsi qu'aux nôtres, " l'union des deux Écoles est réclamée par toutes sortes de graves raisons " ; il nous presse u d'user de tout notre zèle el de toute notre autorité pour l'amener à une bonne fin," et il ne manque pas d'ajouter que cette conclusion " lui serait souverainement agréable."

Aucun motif, nous le savons, Monsieur le premier ministre, ne saurait être pour vous d'un plus grand XDoids que cette pressante recommandation du Saint Siège. Nous n'insisterons donc pas sur l'honneur qui reviendrait à votre gouvernement d'assurer le succès d'une affaire aussi épineuse qu'importante, ni sur la grandeur du service que vous rendriez ainsi à notre province. Vous-même avez assez montré comment vous savez l'apprécier. Dans l'éloquent discours que vous adressiez, il y a un an, au congrès de Baltimore, vous avez relevé en termes magnifiques l'inrpor tance de l'œuvre de l'Université Catholique. Vous avez exprimé à ce sujet des vues qui sont à l'heure présente dans la conscience de toutes les nations catholiques aussi bien que dans les vœux ardents du Saint-Père, et vous avez dit aussi ce que l'Université Laval nous inspirait à tous de reconnaissance et de fierté, pour les services qu'elle a rendus à notre nation depuis près de quarante ans. Or, c'est précisément au second siège de cette Université, créé parmi nous par la volonté de l'illustre Léon XIII, qu'il s'agit de prêter votre concours.

Nous ne pouvons pas l'oublier, par la restitution des biens des Jésuites, vous avez procuré des ressources importantes à cette institution, en même temps qu'aux œuvres de ces excellents religieux et à celle de nos diocèses ; et vous avez, en outre, par le même acte, fait prévaloir dans la Législature un principe d'équité d'une plus grande portée que les subsides matériels. Mais, nous ne craignons pas de le dire, le bienfait que nous attendons aujourd'hui de votre intervention favorable serait encore plus fécond pour la prospérité intellectuelle et morale

de notre pays. Aux discussions et aux rivalités dans lesquelles les esprits s'aigrissent, il ferait succéder une concorde aussi fructueuse qu'honorable ; il assurerait aux études médicales un développement proportionné à tous les derniers progrès de l'art ; il resserrerait les liens précieux qui ont toujours rattaché chez nous ces études à l'esprit religieux et au ministère des âmes ; il attirerait non seulement à notre Faculté de médecine, désormais unie et forte, mais à toute notre œuvre universitaire, des sympathies et un concours que le spectacle de nos divisions tient encore en suspens. Ce que nos concitoyens anglais et protestants reçoivent des grandes fortunes dont ils ont le privilège, nos hôpitaux et nos facultés catholiques pourraient à l'avenir l'espérer du nombre et de l'union des dévouements, et ce serait pour le plus grand honheur de notre race et de notre foi.

Du reste, Monsieur le premier ministre, votre gouvernement ne ferait ainsi que se donner le mérite considérable de continuer dans une sphère plus haute ce qu'il a commencé avec fruit par l'établissement des écoles du soir. Et rien ne manifesterait mieux de sa part ce qu'il a de dévouement pour la nation que d'appuyer de tout son pouvoir cette œuvre catholique de progrès intellectuel et social, œuvre nationale par excellence.

Les oppositions inévitables que le bill soulèvera retomberont d'elles-mêmes, quand vous aurez ainsi élevé la question à la hauteur qui lui appartient. Aussi, est-ce avec la ferme confiance que vous voudrez bien l'y placer et l'y maintenir en présentant vous-même le bill aux chambres, que nous remettons entre vos mains les intérêts de cette grande cause.

Le Saint-Siège qui l'a déclarée sienne en la jugeant comme nous, vous saura gré de la faire triompher, et notre sincère reconnaissance s'ajoutera aux sentiments respectueux avec lesquels nous avons l'honneur d'être,

Monsieur le Premier Ministre,

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