‹ Questions agricoles d'hier et d'aujourd'huiChapitre 13 sur 51 · COURS DE SECONDE ANNÉE · texte numérisé non relu

COURS DE SECONDE ANNÉE

Géométrie et Cubage. — Algèbre. — Arpentage et Nivellement. — Comptabilité agricole. — Dessin géométrique. — Croquis cotés. — Agriculture spéciale. — Viticulture. — Économie rurale. — Législation rurale. — Botanique appliquée (Maladies des plantes). — Zoologie appliquée (Entomologie, Apiculture, Pisciculture, Sériciculture, etc.). — Chimie agricole. — Technologie agricole. — Œnologie. — Extérieur et Hygiène des animaux domestiques (premiers secours). — Police sanitaire du bétaiL — Horticulture et Arboriculture. — Exercices militaires.

En dehors des cours et conférences, le domaine de l'école est assez étendu pour permettre l'exécution des travaux pratiques.

Ce domaine comporte 30 hectares de cultures diverses, dont 6 en vignes, pépinières, jardin potager, fruitier et (^agrément, collections ampélographiques et autres. La ferme possède des écuries vastes et bien installées, ainsi qu'un matériel agricole et vinaire perfectionné, permettant d'initier les élèves au maniement des meilleures

machines. Des expériences sont faites chaque année et poursuivies tant sur les engrais que sur les variétés de plantes de grande culture et sur les divers assolements.

Les élèves effectuent à tour de rôle, et selon un ordre établi, toutes les opérations que comporte la culture : « labours, hersages, binages et sarclages, fauchaison, moisson, pansage du bétail, entretien et réparation des instruments, conduite des attelages, défoncement, taille, greffage, traitement des maladies de la Aligne, vinification, soins aux vins et à la futaille, etc., etc. ». Ces travaux pratiques sont effectués sous la direction du directeur et sous la conduite des chefs de pratique agricole, horticole et viticole. Ils donnent lieu à des notes comme les travaux théoriques.

Etudions maintenant l'emploi du temps pour les deux promotions, puisque la durée des études est de deux ans.

Par semaine, on consacre, à TÉcole de Fontaines :

33 heures aux études dans les salles d'étude;

23 heures aux cours théoriques ;

11 heures aux applications des cours et aux exercices de laboratoire ;

29 heures aux travaux pratiques ou manuels.

Les travaux pratiques ou manuels et les exercices de laboratoire combinés avec les applications

occupent 40 heures, alors que les cours théoriques n'en absorbent que 23 ; enfin , le nombre des heures d'étude ne s'élève qu'à 33.

La part faite à la « pratique » est donc encore fort belle.

Nous doutons que l'on puisse faire mieux.

A l'heure actuelle la partie scientifique des programmes- n'est point importante. A peine est-elle assez complète et assez développée. Peu à peu, très lentement d'abord, puis rapidement dans quarante ou cinquante ans, les meilleurs, les plus intelligents agriculteurs comprendront la valeur, c'est-à-dire l'utilité d'un enseignement théorique joint à la technique manuelle. La presse agricole, et l'enseignement nomade des professeurs déparfementaux ou spéciaux amèneront un changement profond dans les idées du public agricole. Il faut pour cela qu'une génération succède à une autre.

Qu'on se garde surtout de multiplier encore les écoles pratiques, puisqu'elles sont déjà trop nombreuses.

Dans une étude sur l'enseignement agricole, M. Dehérain proposait, il y a quelques années déjà, de transformer quelques écoles primaires agricoles : « Il faudrait, disait-il, spécialiser l'enseignement, ne lui donner qu'une courte durée, et essayer de donner, en quelques mois, les notions

précises immédiatement applicables à l'opération entreprise. » C'est là une excellente proposition.

Aux Etats-Unis, la plupart des écoles d'agriculture ont fondé des cours spéciaux de ce genre qui ne durent guère plus de six semaines ou deux mois. Ils se rapportent à la préparation des aliments destinés au bétail, à la fabrication du beurre et des fromages, etc. Nous pouvons suivre cet exemple.

Nulle part, croyons-nous, on n'a eu la pensée de découronner l'enseignement agricole , de le réduire à l'apprentissage d'une simple technique manuelle. Il est parfaitement inutile, et, partant, stérile, de fonder des écoles pour former des ouvriers agricoles. Remanier les programmes dans ce sens et supprimer la plupart des cours oraux, sous prétexte de ne pas faire des « déclassés », ce serait, selon nous, la plus fâcheuse réforme et la plus regrettable erreur.

« Mais, dit-on, les élèves des fermes-écoles ou des écoles pratiques aspirent à devenir des fonctionnaires! »

' Quel mal y a-t-il à cela s'ils doivent devenir effectivement de bons fonctionnaires? L'essentiel est de ne pas créer des fonctions inutiles, c'est-àdire des places pour caser des jeunes gens recommandés par des « influences » locales.

Que Ton diminue le nombre des bourses de

façon à limiter les sacrifices de TElat, c'est fort bien; mais nous ne pouvons sérieusement songer à les supprimer toutes. Il n'est pas admissible qu'un enfant exceptionnellement doué ne puisse pas, faute d'un peu d'aide, passer d'une école pratique dans une école régionale et aspirer à devenir un professeur ou un fonctionnaire.

C'est aux parents, c'est aux jeunes gens euxmêmes qu'il appartient de ne pas s'engager à la légère dans une voie sans issue.

L'Etat n'a d'autre mission que de ne pas les pousser du côté des fonctions publiques par l'attribution mal réglée de bourses trop nombreuses.

Pourquoi, d'ailleurs, les jeunes gens qui ont fait les meilleures études, conquis de haute lutte leurs diplômes et donné des espérances viennentils demander des places officielles? Pourquoi cette élite ne trouve-t-elle pas tout naturellement sa place dans les cadres de l'armée agricole? En un mot, pourquoi les débouchés font-ils défaut à ces hommes jeunes, actifs, instruits et qui ne demandent, quoi qu'on dise, qu'à rester ou à devenir des agriculteurs?

Nous avons essayé d'en indiquer les raisons dans le premier chapitre de ce volume. A l'heure actuelle, l'industrie agricole n'offre pas des débouchés à ceux qui ne possèdent pas un capital suffi-

5i QUESTIONS AGRICOLES

sant pour devenir des directeurs d'entreprise, des entrepreneurs de culture, fermiers ou propriétaires. Il n'y a pas de position intermédiaire entre celle de manœuvre et de chef d'exploitation. Dans l'industrie proprement dite, dans le commerce, on compte des ingénieurs, des directeurs, des administrateurs, des associés qui font seulement un apport de savoir et « d'industrie ». En agriculture, rien de pareil. Il faut posséder un capital d'exploitation pour être fermier. Le métayer doit lui-même disposer de quelques avances bien que le propriétaire lui fournisse presque tous les capitaux dont il a besoin. La plupart du temps les capitaux ne sont pas suffisants parce que le propriétaire est mal informé des nécessités de la culture et se refuse à consentir de nouvelles avances. Ces situations ne peuvent donc guère tenter les jeunes gens sortis des écoles primaires agricoles. C'est cela qu'il faut bien comprendre avant de s'étonner de l'insuccès — tout relatif d'ailleurs — des écoles pratiques.

Nous avons relevé, à ce propos, dans le dernier rapport du ministre de l'Agriculture, une phrase qui exige un commentaire.

« L'enseignement (des écoles pratiques) doit être suffisamment développé pour éclairer scientifiquement toutes les opérations culturales; les travaux pratiques doivent y tendre, non pas à

faire de simples ouvriers, mais surtout des praticiens instruits, intelligents, capables de devenir de bons régisseurs et de diriger une exploitation rurale avec habileté et profit. »

Le ministre a parfaitement raison et l'on ne saurait tracer d'une façon plus raisonnable le programme des études dans une école pratique; mais, hélas! ce qui manque précisément aux élèves sortant des écoles d'agriculture — pratiques ou nationales — ce sont des situations de régisseurs ou de directeurs de culture. Ces positions sont rares, — très rares, — mal rémunérées, et la situation sociale faite à ces associés du propriétaire n'est pas en rapport avec les très légitimes exigences d'un homme actif, instruit et intelligent. C'est un débouché qui fait défaut aux élèves des établissements d'enseignement agricole parce que la plupart des propriétaires fonciers se désintéressent de leurs domaines et préfèrent les louer, — à des conditions quelconques, — plutôt que d'en confier la direction à des régisseurs associés. L'ignorance et l'incurie delà bourgeoisie française ont, pour cette raison, la plus déplorable influence sur la productivité du sol ; elles interdisent tout espoir prochain de voir les élèves d'écoles pratiques ou autres trouver, dans la culture, des situations convenables et les occasions de rendre des services appréciés.

Quant à rexploitation du sol, comme nous l'avons dit, elle exige des capitaux, et la plupart des jeunes gens n'en possèdent pas. Ils ne peuvent donc devenir ni propriétaires-cultivateurs ni fermiers.

Le manque de débouché, voilà surtout la raison de l'insuffisance numérique de la population scolaire des établissements d'enseignement agricole. Nulle réforme relative au personnel enseignant ou aux programmes ne saurait malheureusement améliorer cette situation. Ce sont les propriétaires fonciers — moyens et grands — qu'il faudrait instruire et convaincre.

BIBLIOGRAPHIE

Décret du 19 janvier 1904 et rapport du ministre de TAgriculture sur Torganisation et le fonctionnement des Écoles pratiques d'agriculture (Journal officiel du 20 janvier)

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