OBJET ET UTILITÉ DE CETTE ÉTUDE
Les nations civilisées, regorgeant de richesses, . se partagent deux continents, l'Asie, l'Afrique, et les îles de TOcéanie, sous les noms de colonies, de protectorats, de zones d'influence, pour assurer des débouchés à leurs énormes productions et sans doute aussi pour satisfaire au désir de
'^^ -^ coîiq-irêtéS'qûe ressentent tous les peuples à la "L^Vvitalitç'^pui&sante. Dérivatif heureux qui épar-
'*\ . gï)?^*a, peut-être, à l'Europe, des hécatombes
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La France, en particulier, s'est imposé depuis vingt ans des sacrifices considérables pour accroître son domaine d'outre-mer, moins en \ue d'un profit actuel que pour constituer ,une réserve à l'activité des générations futures.
Mais il ne suffit pas de planter notre drapeau sur un point quelconque du globe pour y asseoir notre influence et obtenir les résultats économiques cherchés, il faut encore organiser le pays annexé et savoir le mettre en valeur.
Il m'a donc paru intéressant d'étudier l'une des faces de ce problème de la colonisation qui passionne les esprits les plus sérieux parce qu'il touche à lavenir de notre race, à son expansion dans le monde.
On a dit que nous avions des colonies, mais pas de colons; c'est une vérité qui n'a jamais été si frappante que de nos jours. Notre territoire extraeuropéen est immense, son étendue augmente constamment, mais il est généralement peu habité et, outre que les statistiques accusent une décroissance continuelle dans les naissances de la Métropole, le peu d'émigrants que nous fournissons
encore se porte à l'étranger, particulièrement dans les Républiques de l'Amérique du Sud.
Il est, par conséquent, indispensable d'employer fructueusement tous les moyens qui sont à notre portée pour assurer la prospérité de nos possessions lointaines et en justifier ainsi l'occupation vis-à-vis de la postérité.
C'est pourquoi je me suis proposé d'examiner dans ce travail l'organisation des établissements pénitentiaires d'outre-mer au point de vue de l'utilisation 'de la main d'oeuvre des condamnés ; mais je n'ai pas tardé à reconnaître qu'il était impossible d'approfondir cette question sans envisager celle de la répression des crimes par la transportation. Ces deux aspects de la même institution sont, en effet, inséparables, car le châtiment et Tamélioration du coupable doivent être les principaux objectifs poursuivis dans l'exécution des peines.
D'ailleurs, tout se tient en cette matière, et il est évident que l'on ne peut faire d'un condamné un colon utile qu'autant qu'il a passé victorieusement par la série d'épreuves salutaires et habilement ménagées que doit comprendre une bonne peine.
D'autre part, il m'a semblé qu'il valait mieux, dans un intérêt de méthode et aussi pour me ren-
fermer dans de justes limites, restreindre mes investigations à la seule peine de la transportation des condamnés aux travaux forcés qui est pratiquée, en France, depuis 42 ans, et présente, en raison même de ce lopg fonctionnement, un plus grand intérêt pour le commentateur.
Toutefois, ce motif à lui seul ne suffirait peutêtre pas pour expliquer la préférence que j'ai donnée à rétude de la Transportation des forçats. Il en est un autre plus puissant et qui m'a décidé, c'est qu'elle est, à mon avis et pour les raisons que j'indique ci-après, le type le plus parfait de la peine exécutée aux colonies.
En effet, quatre peines peuvent être purgées dans les pénitenciers coloniaux :
• La déportation des condamnés politiques depuis la loi du 8 juin 1850 ;
La transportation des condamnés aux travaux torcés qui date du décret du 27 mars 1852, mais qui n'a reçu la sanction législative qu'en 1854. (Loi du 30 mai) ;
La réclusion des individus d^origine africaine ou asiatique, condamnés par les tribunaux de la Guyane, de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion (Décret du 20 août 1853) ; . La relégation des récidivistes qui est la dernière créée et peut-être pas la mieux organisée;
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elle a pris place dans notre système pénitentiaire^ avec la loi du 27 mai i885.
Or, la déportation n'est plus que très rarement, appliquée. Les insurgés de 1871 qui l'avaient encourue, sont rentrés en France en 1880; Vam-, nistie générale a fait disparaître ce « haillon de la guerre civile :> suivant le mot énergique de Gambetta (Discours au corps législatif). (i).
D'ailleurs, les déportés n'étant pas astreints au > travail, et conservant, bien que soumis à une pein« perpétuelle, l'espoir vivace du retour dans leurs foyers où ils savent ne pas être traités en déclassés, ne peuvent apporter leur pierre à l'édifice de la colonisation. Le but poursuivi, se débarrasser d^individus dangereux dans les mo^ ments de trouble, est atteint par l'envoi dans les colonies; la déportation appartient donc au domaine des faits simples par son côté matériel et, partant, se passe de commentaires à ce point de vue. Quant à son côté moral, il ne m'appar* tient pas de l'envisager ici.
La réclusion des condamnés provenant de nos anciennes colonies s'applique à un npmjbre trop
I. A Toccasion de Tamnistie générale, 14 J individus condamnés aux travaux forcés pour faits connexes à la Coftimune ont été graciés. Je crois ce fait p eu connu.