‹ Questions contemporaines (volume 3)Chapitre 6 sur 71 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

force de Tinstruction populaire en TAUemagne vient de la force de l'enseignement supérieur en ce pays. C'est l'université qui fait l'école. On a dit que ce qui a vaincu à Sadowa, c'est l'instituteur primaire. Non; ce qui a vaincu à Sadowa, c'est la science germanique, c'est la vertu germanique, c'est le^protestantisme, c'est la philosophie, c'est Luther, c'est Kant, c'est Fichte, c'est Hegel. L'instruction du peuple est un effet de la haute culture de certaines classes. L^s pays qui, comme les États-Unis, ont créé un enseignement populaire considérable sanà instruction supérieure sérieuse expieront longtemps encore cette faute par leur médiocrité intellectuelle , leur grossièreté de mœurs, leur esprit superficiel, leur manque d'intelligence générale. .

Il est traité longuement, en ce volume, du Collège de France, de sa nature, de son excellence. C'est là, pour moi, un ^sujet favori. J'y réfléchis beaucoup vers 1860, quand différents indices purent faire croire qu'il était permis d'espérer, pour les choses libérales, des jours meilleurs. Des cours oratoires comme ceux du temps de la Restauration ne me parurent ni possibles ni désirables. Ces sortes de

Tiii PRÉFACE.

cours , plus propres à montrer le talent du professeur qu'à former le jugement et le caractère de l'auditeur, ont fait tort à l'esprit scientifique parmi nous. Continués timidement , ils ne peuvent aboutir qu'à une grande médiocrité. En outre, de pareilles leçons solennelles supposent la liberté politique et un état de l'esprit public qui (je le dis à regret) n'est pas de notre temps. On ne se concilie pas vite une jeunesse qu'on a froissée et à laquelle on n'a pas su inspirer le goût des choses sérieuses et des fortes études. La compression et l'hypocrisie officielle engendrent la turbulence : les universités allemandes , où la liberté de penser est absolue , ne connaissent pas les scènes de trouble. Je crus donc qu'à défaut des brillants exercices du temps de la Restauration , on pouvait songer à un enseignement plus scientifique que littéraire, plus spécial qu'oratoire, à un enseignement tirant sa force de sa sincérité absolue, éloigné de toute politique non par timidité, mais par respect de la vérité, ne cherchant pas le succès dans des allusions , ne faisant de concessions d'aucune sorte. Rêver de nos jours la Sorbonne du temps de MM. Guizot, Cousin,

Page 1