‹ Questions contemporainesChapitre 14 sur 77 · PRÉFACE. XXI · texte numérisé non relu

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est une injure à la vérité, mais de les exposer avec modération. En prêchant à son pays la haute édaca« tion morale et intellectuelle, le culte pur, non séparé violemment de la religion, mais indépendant de la religion, on travaille au bien public. L'apparition subite et triomphante de l'Allemagne dans le champ de la grande bataille européenne a inspiré Tidée d'imiter les armés et les institutions

militaires qui ont produit une si grande supério< rite. Pour les armes, rien de plus simple. Pour les institutions militaires, la dii&culté est déjà grande. Qu'on prenne garde de vouloir en tout ceci les effets sans la cause, les fruits sans l'arbre et les racines. L'organisation prussienne est le fruit d'un esprit national enté sur une solide philosophie. Imiter l'organisation , sans imiter l'esprit qui l'a produite, serait peu sage. On pourrait être surpris de recueillir d'institutions analogues imposées à des esprits différents des résultats tout divers. Que faut-il donc imiter? Les écoles allemandes, les universités allemandes, l'éducation morale de l'Allemagne, la façon allemande de traiter les questions religieuses. Quand le baron de Stein entreprit à partir de 1808 la régé-

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Dération de la Prusse, il commença par faire de Berlin la capitale intellectuelle de l'Allemagne du Nord ; il nomma Fichte recteur de l'université ; il y attira des hommes. comme Wolf, Scbleiermacher, puis Niebuhr, de Savigny. La force d'une société réside en deux choses : d'abord, la vertu populaire, ce grand réservoir de dévouement, de sacrifice, de force morale instinctive, que les races nobles portent en elles, comme un héritage de leurs an* cétres; en second lieu, l'instruction et le sérieux des classes supérieures. La guerre, dans les temps modernes, étant devenue un problème scientifique et moral I une affaire de dévouement et d'industrie savante, est en somme un bon critérium de ce que vaut une face» Les armées ne pouvant plus guère être que la levée en massa des nations, les frais qû'dles entraînent étant énormes, le principe des grandes nationalités fondées sur un réel patriotisme sera de plus en plus la loi du monde. Une nation sans ékn, sans mobile élevé, eans affection pour son gouvwnement, sera bien vite lassée de oe jeu terrible* Le perliBCtionnement des armes, d'un autre côté, étant devenu une des mille applications de k

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fdeDce, mettra de plus en plus la force entre les mains de la raison, qui maîtrise la matière et erte par rinstrnction un peuple digne de servir l'esprit. La nation la plus scientifique, celle qui aura les meiU leurs mécaniciens, les meilleurs chimistes, les eorps officiels les moins routiniers et les moins jaloux, sera la mieux année* Ut barbarie, c'est-i*dire la fiorce brute, sans intelligence, est vidncue pour taejoars. La victoire définitive een. an peuple le plus instruit et le plus moral, en entmdant par moralité la capacité de sacrifice, Tamour du devoir. Le pays qui peut fournir le plus promptement le plus de citoyens ar«' mes pour laeause commune, le pays qui peut soifire an budget le plus considérable, le pays qui obtient le plus de résultats au meilleur marché possible, le pays qui supporte le droit divin sans honte et Tiné* galité des classes sans envie, le paysqui m songe pas 4 se souleva contre sa dynastie nationale est le plus vei'taeu^, le plus éckûié, et finim par devenir le l4ns libre# La vanité, qu'on décore du nom d'haa* oeur, la jalousie, principe de famonr exagéré de l'égalité, sont împuisaattles pour fiure de grandes cboMs, même cbes um oalion spirilttette et pleine

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de ressources. On ne fait de grandes choses qu'avec la science et la vertu. Croyez que le bon patriote est celui qui vops prêche le sérieux, l'amendement intellectuel et moral, et non celui qui joue le sort de sa patrie pour montrer son éloquence ou son habileté.

Relever Famour du vrai et du solide en toute chose ; ne rien négliger pour former une nation r^sonnable, éclahrée, pratiquant la première des abnégations, la plus diflicile, la plus méritoire, qui est de ne pas trop tenir à une fausse idée de l'égalité; fonder une éducation virile et sérieuse, ayant pour base de fortes études spéciales; inspirer au peuple la croyance à la vertu, le respect des hommes savants et graves; le détourner des révolutions, remèdes souvent plus funestes que le mal qu'il s'agit d'extirper; fûre que chacun aime à rester à son rang, par résignation, par fierté, par goût de l'honnête; montrer le beau où il est, c'est-à-dire chez tant d'admirables soldats, d'admirables marins, d'ouvriers courageux, d'ou^ vrières résignées, qui continuent la tradition de la vertu ; ne pas dire au pauvre : « Enrichis-toi, » msds lui dire : o Console- toi ; tu travailles pour l'humanité

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et la patrie ; » loi prêcher le bonheur par la simplicité du cœur et la poésie du sentiment; persuader à l'homme du peuple que ce qui le rend intéressant, c'est d'être respectueux pour les grandes choses morales auxquelles il coopère sans pouvoir toujours les comprendre; à la femme que ce qui fait son charme, c'est d'être dévouée et de servir; mais se comporter en même temps de telle sorte que l'inférieur sente bien que celui qui commande remplit un devoir et est animé d'un haut sentiment philosophique; présenter comme des choses funestes racrimonie,\ l'envie, la défiance systématique, qui rendent tout gouvernement impossible; faire comprendre que l'on devient un aristocrate par le mépris de ce qui est bas et vil ; décourager de toutes les manières le mauvsds goût public, ce fade genre d'esprit, cette basse littérature de turlupins qui est devenue à la mode ; opposer une digue au charlatanisme qui nous envahit de toutes parts; res-

pecter hautement le sentiment religieux, mzis ne pas attacher la destinée morale de l'humanité à des formes confessionnelles qui peuvent périr, tandis que la foi vraie ne périra pas ; pai^dessus tout, respecter

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la liber tét condition eswntielle de tout bien; voilà ce qui serait la bonne politique. Le reste ne sera qu'espédient d'one médecûg® ^^ abois. La maladie de ee pays est profonde; il faut toucher à l'essence même de son tempéram^L

Les forces de la France sont infinies, mais elles s'étouffent faute d'air libre et d'espace* Bedoutons un de ces accès périodiques où notre nation comme en délire semble vouloir se décapiter ellchméme, et rejeter hors d'elle la partie la plus noble de ses en* fimts* Réprimons ces accès malsains d'amour*prDi»'e national qui nous font croire que la puissance d*une nation repose sur la division et raffaiblissement de ses voisins, il ne fout pas pousser le principe des nationalités jusqu'à la subtilité ni jusqu'au iCuia* tisme» Mais, du moment qu'on a rejeté le principe du droit divin des dynasties, il n'y a plus de solide que le principe du droit des peuples; or, les peuples n'ont d'existenee qu'en tant qu'ils sont des groupes nataids formés par la communauté approximative de raœ et de langue, la communauté de Thistoire, la commonauté des intérêts* An lieu de se hair et de se contrarier, que les nations s'étudient

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led unes les autres, profitent tour à tour de leurs expériences. Les deux conditions essentielles du salut du monde moderncy les deux conditions qui feront (telle est ma ferme confiance) que la destinée de notre civilisation ne sera pas de disparaître, comme les civilisations de l'antiquité» après un éclat passager» sont, d'une part, la division de l'Europe en plusieurs États, garantie de sa liberté, et, d'antre part, cette profonde fraternité qui lait que les esprits des races les plus diverses s'entendent dans la grande unité de la science, de l'art, de la poésie, de la reli« gion. C'est la Grèce, à la fois si puissante par la solidarité du génie et si divisée en politique, qui doit .être notre modèle, et non cet empire romûn qui fit périr la civilisation antique sous l'étreinte de son effrayante unité*

Dieu me garde de méconnaître ce qu'a de grand et d'extraordinaire le rôle de la France. Faite pour étonner le monde par ses coups de génie et ses caprices, la France ne sait pas être médiocre et boor* geoise. Si on veut travailler à la rendre telle, ùa n'y réussira pas : c'est basse et méchante qu'on la ren* dra; elle tombera au demio' rang, si elle ne trafaille

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à quelque œuvre de première noblesse» Ses chi-* mères sont sa gloire et sa vie. La Révolution a jeté la France dans un état de crise héroïque, qui parfois la met au-dessous de tous et lui enlève les avan^ tages des gens sensés , mais qui la marque au front pour une destinée mystérieuse. Je ne voudrais pas que l'on coupât cette fièvre divine qui fait notre grandeur. Mais il faut prendre garde qu'un accès n'emporte le malade. Que tous mettent en commun leurs réflexions , amassées en des champs divers, pour conjurer ce danger. On lit dans les vieilles légendes hébrsuques que Rébecca, sentant les deux enfants qu'elle portait lutter dans ses entrailles, consulta le Seigneur. « Deux nations sont dans ton sein, » lui fut-il répondu. Dans le sein de notre pays, comme dans celui de Rébecca, se batteqt deux peuples dont l'un veut étouffer l'autre. Faut-il que l'un abdique, cède à l'autre? Non, il faut que tous deux se supportent, et, malgré leurs divisions, aient un culte commun, celui de la justice et du bien, inséparable de celui de la patrie. Divisée en quatre factions, dont trois sont toujours hostiles à celle qui règne, la France ne dispose jamais, en réalité, que du quart de ses

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forces; et pourtant il est des intérêts permanents, supérieurs aux changements de dynastie, qui ne doivent jamais souffrir. Le galant homme qui ne voudrait servir qu'un gouvernement indiscuté et à la formation duquel il n'aurait pas contribué est réduit à se tenir à l'écart. Un gouvernement ne peut guère être bienfaisant qu'au bout de dix ou quinze ans. Jusque-là, il appartient non aux citoyens honnêtes et utiles, mais à ceux qui l'ont fondé ou vite accueilli. Les révolutions avilissent ceux qui en profitent et qui sont toujours suspects de les avoir provoquées; elles isolent, annulent, égarent ceux qui leur résistent. Funeste cercle vicieux , qui ne laisse pas de choix entre des variations pénibles, entraînant à la longue un complet avilissement des caractères, et une raideur qui vous rend malgré vous hostile à l'œuvre publique! Leçon terrible pour les peuples qui , incapables du gouvernement républicain, détruisent la dynastie que les siècles leur ont donnée ! Si l'on n'y prend garde, le temps n'est pas loin où la mort de chaque souverain donnera le signal d'une guerre civile, où le pouvoir sera le prix du plus audacieux, où la nation sera divisée en deux parts, l'une composée d'intrigants de

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toute sorte, vivant de révolutions et de restaurations; l'autre composée d'boanétes gens ayant pour règle absolue de ne pas se mêler des changements de gouvemementi attendant, mornes chez eux, l'arrêt du destin. Msûs cet état de choses lui-môme sera un paradis auprès de ce qui suivra. Nobles d'abord, puis iSûbles, puis méprisés, les honnêtes gens s'éteindront de jour en jour, et, au bout de cent ans, il ne restera plus que de hardis aventuriers jouant entre eux le jeu sanglant des guerres civiles et une populace pour applaudir le vainqueur du jour. Les scènes qui accompagnaient les changements de règne dans l'empire romûn au i*' et au m'' siècle se reverront alors. Le matin où l'on apprendra qu'au prix de la mort et de l'exil de quelques centaines d'hommes importants, un coup hardi a pacifié l'avenir , les gens paisibles applaudiront. L'homme couvert de sang, de perfidies et de crimes qui arrivera vainqueur de ses rivaux sera proclamé sauveur de la patrie. Deux causes, la pression de l'étranger, qui ne souffrira pas qu'une nation s'écarte trop de l'ordre commun de l'Europe, et l'autorité morale des évoques, appuyés sur le parti catholique , seront seules capables de

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