II PRÉFACE
fâcheuse. L'homme politique est d'ordinaire un homme de parti et de passion. 11 est très-mal placé pour juger les ensembles» comparer les temps et les pays divers, saisir les mouvements à longue portée et prévoir l'avenir, I J'ai réuni en ce volume, pour le petit nombre de
ceux qui portent quelque philosophie dans l'étude des affaires de leur temps, une série d'articles qui n'ont les uns avec les autres d'autre lien que d'avoir trait, d'une façon plus ou moins directe, aux questions et aux intérêts de notre siècle. La politique générale, les questions relatives à l'instruction publique, l'organisation civile des cultes, l'état moral et religieux de notre pays y sont brièvement touchés.
Dans l'article qui est consacré à la politique générale, j'ai cherché à montrer ce qu'a de superficiel et d'insuffisant la constitution sociale sortie de la Révolution, les dangers auxquels elle expose la France, les malheurs qu'il est permis de craindre, la nécessité qu'il y a d'élargir l'esprit français, de lui ouvrir de nouveaux horizons, de le soustraire à des erreurs invétérées. Toujours grande, sublime parfois,
PRÉFACE. m
la Révolution est ane expérience infiniment hono* rable pour le peuple qui osa la tenter; mais c'est une expérience noianguée. En ne conservant qu'une seule inégalité, celle de la fortune ; en ne laissant debout qu[un géant, l'État, et ^es milliers de nains; en créant un centre puissant, Paris, au milieu d'un désert intellectuel, la province ; en transformant tous les services sociaux en administrations, en arrétantle développement des colonies et fermant ainsi la seule issue par laquelle les États modernes peuvent échapper aux problèmes du socialisme, la Révolution a créé une nation dont l'avenir est peu assuré, une nation où la richesse seule a du prix, où la Noblesse ne peut que déchoir. On code de lois qui semble avoir été fait pour un citoyen idéal, naissant enfant trouvé et mourant célibataire; un code qui rend tout viager, où les enfants sont un inconvénient pour le père , où toute œuvre collective et perpétuelle est interdite, où les unités morales, qui sont les vraies, sont dissoutes à chaque décès, où l'homme avisé est l'égoïste qui s'arrange pour avoir le moins de devoirs possible, où l'homme et la femme sont jetés dans l'arène de la lie aux mêmes condiUons, où la propriété est conçue