‹ Questions d'art et de littératureChapitre 27 sur 61 · This is I Hamlet the dane f · texte numérisé non relu

This is I Hamlet the dane f

donné Têtre, a-t-il donc enfermé dans ton sein et comme attaché à ton nom?

Création sublime, n'est-ce donc pas que tu résumes en toi toutes les souffrances d'une âme pure jetée au milieu de la corruption et condamnée à lutter contre le mal qui Tétreint et la brise? Il n'y a pas d'autre fatalité dans ta vie^. Hamlet, et ton délire n'a pas d'autre cause. Jeune, fendre et confiant, Tâme ouverte à l'amour et à l'amitié, la découverte du crime commis dans ta maison vient bouleverser toutes tes affections, toutes tes croyances. Tu pleurais un mort chéri, et tu t'étonnais de le pleurer seul. Un vague soupçon planait à peine sur ton esprit : tout à coup ce soupçon devient certitude ; une vision déchirante, un songe peut-être, t'a éclairé, et dès lors, frappé de vertige, tu sens ta raison ébranlée, et ta vie n'est plus qu'un accès de délire amer et sombre.

Car tu es fou, Hamlet, et tu ne mens pas quand tu dis :

His madnèss U poor Hamlets ennemy.

On ne se joue pas impunément avec la folie, et, d'ailleurs, le choix de ton rôle de fou atteste que tu es dominé par la préoccupation , l'angoisse et la terreur de la démence. Tu ne feins pas à la manière de Brutus, car tu n'es pas l'austère Brutus. Amoureux et poëte, rêveur tendre et studieux écolier, tu n'as rien de cette nature implacable et patiente du conspirateur. Pauvre Hamlet, ton âme est trop ôère et trop aimante pour supporter la douleur et couver la vengeance. Te voilà forcé de haïr les hommes, toi qui naquis pour les aimer, et dès ce premier choc te voilà

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brisé sans retour. G*est Thorreur du crime, le mépris du mensonge et Teffroi du mal, qui mettent tous les éléments de ton être en guerre les uns contre les autres. Oh! qui ne te plaindrait d'être ainsi détourné de tes voies et lancé sur une pente fatale!

L'harmonie de tes facultés est bien amèrement troublée, ô victime de l'iniquité I Aux heures où tu philosophes sur la vie et sur la mort, sur le mystère de la tombe et la peur de l'inconnu, tu semblés avoir retrouvé toutes lae lumières de ton intelligence : mais c'est à ces heures-là même que nous devinons mieux ton désastre, ce désastre moral dont tune peux plus mesurer"rétendue, et qui se voile en vain sous tie brillantes et solennelles paroles. Plus que jamais divisé contre loi-même, peut-on dire que, dans ces moments de rêverie où ton âme quitte la terre, tu t'appartiennes réellement? Non, car alors le souvenir de tes maux et de tes excès est comme effacé de ta mémoire affaiblie, et la moitip de ton âme est paralysée. Lorsque tu le demandes ce que c'est qu^être ou n'être pas, mourir ou dormir... ou rêver!... tune vois pas Ophélia agenouillée près de toi ; et lorsque tu songes au destin d'Alexandre et au néant de la gloire, en soulevant le crâne d'Yorick, tu ne te souviens pas du meurtre que tu as commis, et de ton amante que tu as rendue folle. Tu n'tis mêiîie pas songé à t'enquérir de son sort ; tu ne te doutes pas que c'est sa fosse que tu regardes creuser. Il est donc des heures où ton pauvre cœur est mort, et alors ton intelligence se perd dans des abstractions où tu n'as pas la notion distincte de ton propre malheur. Est-ce un état de raison que celui où le cerveau fonctioncfe dans, l'oubli absolu des déchirements du cœur?

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L'homme n*est-^il pas décomplété quand il ne peut plus penser et sentir que séparément et tour à tour?

Qu'on ne nous dise donc plus que tu n'es pas fou, car tu serais odieux^ et nous sentons si bien au contraire que tu ne t'appartiens plus, que ta violence et ta oruauté nous font plus souffrir que toi-même.

Le noble Hamlet brise la frêle Ophélia en brisant l'amour dans son propre sein, et il ne comprend pas qu'il la tue. Il ne la reconnaît que dans son linoeul, et ses regrets disent sa surprise e^ son repentir. Le noble Hamlet brise l'orgueil impuni de sa mère, et son propre cœur se brise de remords et de pitié en accomplissant oè devoir effroyable. Le ftoble Hamlet raille et insulte Laërte, et bientôt il s'accuse et sô' repent devant lui, mais sans paraître se rendre compte du mal qu'il lui a fait, et en lui disant : et Le ciel m'est témoin que je vous ai toujours aimé* » Partout Hamlet est noble et bon, mais aussi partout Hamlet est hors de lui et gouverné par la démence, démence rêveuse et accablante quand il est seul ou avec Hora-* tio, démence furieuse et méprisante quand il est en contact avec les sots et les méchants de ce monde.

La folie est toujours ou si repoussante, ou si na« vrante, que nous en détournons les yeux avec effroi. La pauvre Ophélia elle-même, si pure, si douce et si belle, h'a le don de nous intéresser qu'un instant, après que sa raison Ta abandonnée. Son délire est trop complet, bien qu'inoffensif. Ce n'est là qu'une douleur toute personnelle* D'où vient donc, ô triste Hamlet, que ta folie, à toi, nous attache et nous pas-* sienne du commencement à la &n ? G'eat à cause que ta dOuleur est la nôtre à tous, et c'estcela qui la ftdt si humaine et si vraie. C'est ce dessèchement qui se fait

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eti toi de toutes lés sources de la vie, Tamour, la confiance, la franchise et la bonté. C'est ce déplorable adieu que tu es forcé de dire à la paix de ta conscience et aux instincts de ta tendresse. C*est cette nécessité de devenir ombrageux, hautain, violent, ironique, vindicatif et cruel. C'est cette fatalité qui arme contre ton semblable ta main loyale et brave. C*est cet amour même du vrai et du juste qui te condamne à devenir stupide ou méchant; et, ne pouvant être ni l'un ni l'autre, tu te sens devenir fou :

They fooî me to ihe iùp of my hent; .

They compell me to play the fool till I can endure toâoUno Umffer*

Hélas I cette amertume de ta vie, ce désespoir tour à tour furieux et morne se résument en un cri intérieur dont le retentissement se fait en nous tous, et qui peut se traduire ainsi : « Mon Dieu, pourquoi des méchants parmi nous? Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi le mal dans ton œuvre? »

Oui, te voilà tout entier, Hamlet, dans ce cri de Thumanité révoltée contre elle-même. Voilà le secret de tes larmes, de tes fureurs et de tes épouvantes. Voilà le secret de notre pitié, de notre tendresse et de notre effroi pour ton mal. Lequel de nous oserait dire, quand il comtempie l'étendue de ce mal auquel la terre est livrée, qu'il sera plus fort, plus juste et plus patient que toi? Lequel de nous, quand il s'égare aux abstractions de la métaphysique, ou quand il s'abandonne aux entraînements de la réalité, aux jouissances de l'esprit, aux amusements de la jeunesse, aux espérances de l'amour, oserait s'assurer qu'il n'est pas un fou, un esprit débile et troublé en qui le souvenir

de rinévitable fatalité s'efface trop aisément, en qui le moi égoïste ou frivole étouffe le sentiment de la vérité et le culte de la sagesse ? Soit que nous cherchions dans les livres la cause du malheur et de l'impuissance de l'homme, soit que nous demandions ce secret fatal à la rêverie, soit que nous tâchions de nous y soustraire par l'étourdissement du plaisir, nous sommes toujours des infirmes de corps et d'esprit, dominés par d'insondables mystères, épouvantés avec excès, oublieux avec ivresse, poltrons ou fanfarons, prompts à épuiser la coupe de nos joies, prompts à nous lasser de la recherche du vrai, et tristes surtout, toujours tristes !

Pleure, Hamlet, pleure ! Il n'y a vraiment que des sujets de larmes ici-bas! Tremble aussi; car il n'est rien de si effrayant que notre destinée en ce monde. Tue et meurs, détruis et disparais : c'est le sort de l'homme. Depuis le berceau jusqu'à la tombe, depuis Adam jusqu'à toi, Hamlet, depuis tes jours jusqu'aux nôtres, la voix de la terre est un éternel sanglot qui se perd dans l'éternel silence des cieux.

Février 1845.

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