A L'ACADÉMIE FRANÇAISE
Un témoignage nous reste de tout ce qu'il a fait, de tout ce qu'il a souffert pour mériter cette faveur si rare d'une transformation et d'une veine ravivée. Déchirant témoignage et plus irrécusable dans sa courte simplicité que cette prière même Y Espoir en Dieu Houi le monde a lu avec émotion ce sonnet trouvé à c6té de son lit après une nuit de douleur, et qui s'est ^avédans la mémoire de ses amis comme un testament. Son effusion dernière, c'est une pensée religieuse et une larme :
J*ai perdu ma force et ma vie, Et mes amis et ma gaîté ; J'ai perdu jusqu'à la fierté Qui faisait croire à mon génie.
Quand j'ai connu la vérité.
J'ai cru que c'était une amie ; Quand je l'ai comprise et sentie, J'en étais déjà dégoûté.
Et pourtant eUe est étemelle, Et ceux qui se sont passés d'elle Ici-bas ont tout ignoré.
Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde Est d'avoir quelquefois pleuré.
Ainsi, dans sa première effervescence, ce libre et charmant esprit a choisi pour son domaine la fantaisie et la passion : il a raillé, du fond de sa voluptueuse indifférence, tous les enthousiasmes sévères; il est entré dans la poésie avec toutes les grâces hardies, avec toute l'impétuosité de l'adolescence. Un prompt succès l'encourage dans sa voie. Et le voilà qui, malgré tout, par la seule pente de sa noble nature, il arrive à se faire un tourment des grandes
questions dont il avait soari. Il dévoile du même coup ses souffrances mortelles et son espoir infini, et semble terminer son œuvre et sa vie par cette sublime et navrante confession. Il a dit vrai dans ce cri de Tâme! Son plus grand bien, sa plus grande gloire peut-être, est dans cette larme sacrée qui nous livre son plus intime secret et dont la pureté rejaillit sur son œuvre tout entière. Noble douleur qu'il laissa tant de fois éclater et qu'il appelle avec tant de justesse le tourment de Tinfini I
Sachons bien tout le prix de cette religieuse tristesse. C'est elle, à défaut des joies sereines qu'apportent les fermes croyances, c'est elle qui fait notre grandeur. Elle marque un abîme entre le doute sans issue où s*enfermaient les profanes rieurs du siècle dernier, et l'incertitude pleine d'espoir d'où s'élance l'esprit contemporain.
Le vieux scepticisme avec ses froides moqueries ne disait pas seulement : La vérité nous est voilée; il semblait dire : Nulle vérité n'existe. Le doute moderne, dans ses inquiètes ardeurs, est une acte immense de désir, un généreux appel à l'idéal inconnu. Cette vérité pour lui encore ignorée, le poète l'adore de toutes ses forces ; il conjure cet infini de se laisser comprendre :
Brise cette voûte profonde Qui couvre la création ; Soulève le8 voiles du monde Et montre-toi, Dieu juste et bon !
Voilà, de notre temps, le cri des âmes les plus découragées ; leur scepticisme se résout dans une prière. Voilà le doute tel qu'il apparaît chez Tauteur de Rolltty des Nuits j de V Espoir en Dieu!
Serait-il vrai que les lettres françaises ne doivent plus