‹ Questions d'aujourd'hui et de demain (volume 3)Chapitre 38 sur 38 · l'exposition db Philadelphie · texte numérisé non relu

l'exposition db Philadelphie

temps eD prières, et revenant à son père, lui dit d'une '; voix ferme : « Non, je ne me découvrirai devant •. aucun mortel. » — « Quoi ! pas même devant le roi! » — < Pas même devant le roi. » L^amiral, furieux, mit à la porte son âls, avec lequel, toutefois, il ne tardi \ pas à se réconcilier*

Avait-il le cerveau fêlé, cet obstiné jeune homme qui jouait ainsi, sur le refus d'accomplir un actedi simple déférence, l'amitié de son père et l'espoir d'un brillant avenir?

Il faut remarquer d'abord que se découvrir était alors en Angleterre une mode nouvelle, une mode importée du dehors, une mode française. Avant le règne de Charles II, les Anglais avaient la tête couverte, chez eux comme dans la rue, à Téglise comme au parc. On dînait, on assistait au spectacle, on prêchait le chapeau sur la tête. La Restauration amena l'usage contraire, non sans quelque résistance de la part de ceux qui se piquaient d'être des hommes graves. Mais l'opiniâtreté, en apparence si puérile, de William Penn s'explique par des motifs plus profonds. Qu'enseignait, en effet, la doctrine qu'il avait embrassée ? Elle enseignait que tous les hommes sont égaux devant la loi ; que tous les hommes ont un droit égal d'exprimer leurs opinions; que tous les hommes portent en eux la lumière — conscience ou raison — qui doit les guider. Dans cette doctrine, pourquoi se découvrir comme hommage rendu à la

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supériorité du raug ? Pourquoi plier le genou devant les grands de la terre ? Pourquoi les saluer du nom de lord ou du nom de prince ?

Oh ! c*était assurément pousser trop loin le culte dô l'égalité que de le faire consister dans la proscription des plus innocentes formes de la politesse ; mais à la servilité, même quand elle se cache sous les dehors de la courtoisie, quel noble cœur ne préférerait Texagération du sentiment de la dignité humaine ?

Ce n'était pas, du reste, parce que les quakers se livraient à des pratiques singulières, parce qu'ils portaient des chapeaux à larges bords et sans boutons parce que la toilette de leurs femmes se réduisait à une mantille noire et à un tablier vert, parce qu*ils se croyaient dans Tobligation de tutoyer tout le monde , ce n'était pas pour cela qu'un esprit de la trempe de William Penn s'était senti invinciblement attiré vers eux. Non ; s'il fut séduit par leur apostolat ; s'il alla de gaieté de cœur au-devant des persécutions qu'ils eurent à subir; si son dévouement à leur cause lui valut d'être envoyé à la Tour et enfermé à Newgate, c'est que rien n'était plus propre à toucher une âme comme la sienne que leur probité, leurs principes de tolérance, leur respect de la parole donnée, leur philanthropie, leur ardeur à dénoncer l'esclavage des noirs, et leur guerre à la guerre. (Applaudissements,)

Faut«il maintenant que je m'excuse d'avoir parlé de William Penn, ayant à parler de cette ville de Phi-

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ladelpbie dont il fat le glorieux fondateur et qui garde: tant de tracaa de son génie ?

A quoi tiennent les choses humaines ! Si, eu 1681, les coffres de Charles II n'avaieut pas été vides, PUladelpbie n'existerait pas, et une nouvelle race d'hon^ i mes ne serait pas allée porter la civilisation, la liberté, \ le bonheur, dans le beau paya auquel William Penn '. donna des lois* •-

Cest une étrange histoire que celle de cette fonda- • tion. Penn avait un instant conçu Tespoir — bien chimériquei hélas ! — de voir la justice et la vertu le (aire une large place en Angleterre, he jour où il perdit cette illusion, il se demanda «'il ne lui serait pas possible d'appliquer par delà les mer3 les idées qui lui étaient chères. Sa pensée se fixa tout d'abord sur le pays qu'arrose la Delaware et que trayersent les monts AUeghany. C'était alors un désert. Penn en sollicita la concession, offrant en échange de renoncer aune créance de 16,000 liy. sterling qu'il avait sur la couronne, du chef de son père. La négociation traîna. Le duc d'York, frère du roi, était opposé i, la demande, et la faisait repousser en son nom par l'attorney général, sir Joseph Warden ; mais le ministre de Charles II, Sunderland, était là qui disait sans cesse au monarque obéré : « N'oubliez pas, sire, que vous devez seize mille livres sterling. » Cet argument décida Charles II. Le marché fut conclu. Penn proposait d'appeler la terre où il allait s'établir Sylvaniaf

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& qftuse dQ8 magnifiques forêts qui s'y trouvent ; le roi iosiQtft pour que le mot Penn fut ajouté au mot Sylvania. Aprjis avoir mis la derpi^re main aux 4r^ rangements Ai^ces3aires et dessiné, avec l*|iide de Pillustre et malheureux Algernon'Siduey, le pUn d^une constitution qui, plus tar4» fut la base de celle des États-Unis, Penn fit voile pgur ^Amérique, suivi d'un grand nombre d'émigrants, Ift plupart appartet nant à la secte des quajLers, et il alla b^tir cette ville de Philadelphie qui, aujourd'hui, convie le monde i }a fête du travail et 4 la fête de la liberté. Car rGxposiUon de Philadelphie a (se double çt

grand caractère.

Il y aura» en effet, cent «ns» le 4 juillet 1876, que la « Déclaration d'indépendance » inaugura la Répu« blique des Étatg-Unis^ et c*est pour célébrer Tanniver* saire de ce jour mémorable que s'ouvrira le 10 mai rsxposition à laquelle le nouveau monde invita le pnonde ancien.

Il était dès lori bien naturel que le rendea^vous fût fixé à Philadelphie, I^'était-ce pas là que s'était raS'semblé en 1774 le preini§r congrès tenu par les dëpu^? tés de runion; là (ju'avait en lien la « péçlaration d'indépendance » que je rappelai? tout à l'heure, 14 qu'avait siégé en 1737 la Convention par qui la Gons* titution des âtats-Uuis fut rédigea? N'est-ce pas à Philadelphie que Frangin cpmpiençai poursuivit et

açheya ea glorianie carnée ^^

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II a raconté lai-même d'une manière fort piqaante son entrée dans Philadelphie, lorsque, tout Jeune encore et forcé de quitter Boston à la suite d'une que* relie avec son firôre, il alla chercher fortune dans la Tille de Penn. Il était en habit de travail et couvert de boue. Ses poches étaient gonflées de bas et de chemises. Il ne savait où trouver un asile. Son avoir consistait dans un dollar et un schelling en monnaie de cuivre* Mourant de fisiim, il entra chez un bou« langer, y acheta trois pains qu'il paya trois sous, en plaça un sous chaque bras, mangea le troisième en continant d'errer dans les rues, et passa ainsi devant la maison d'une jeune fille qui trouva qu'il faisait une figure bien ridicule, et qui éclata de rire, ne se doutant guère qu'un jour elle deviendrait sa femme! Et lui qui s* estima si heureux en ce tempslà d'être employé chez un obscur imprimeur, com« ment se serait-il douté que, plus tard, en 1737, il serait nommé directeur des postes à Philadelphie ; qu'en 1747, il serait élu l'un des représentants de Philadelphie dans l'Assemblée ; qu'en 1 776, il présiderait la Convention chargée de donner une nouvelle forme au gouvernement de Pensylvanie ; qu'en 17fô, il serait mis à la tète du conseil exécutif suprême, — si bien qu'on pourrait dire de la ville de Penn qu'elle était aussi la ville de Franklin ? {Applaudissements,)

Je le répète : Philadelphie était, de toutes les gran« des cités américaines, celle que les promoteurs dô

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TExposition devaient naturellement choisir pour mener à fin leur entreprise, dès que cette entreprise avait, en même temps qu'un caractère industriel, on caractère national.

Ici, une remarque qui a son importance.

Mettre flamberge au vent, battre du tambour à assourdir les passants tranquilles, sonner des fanfares, faire parader cavaliers et fantassins, évoquer sous tous les aspects l'image brillante et lugubre de la guerre: telle est, chez nous autres Européens, la façon ordinaire de célébrer les événements dignes d'être disputés à Toubli. Ce mode de commémoration vaut-il celui qui consiste à rapprocher et à mettre en lumière les produits dont la mise en œuvre féconde la paix ? {Bravos,)

Autre rapprochement à méditer. En France, nous ne savons pas assez ce que Texercice habituel de la puissance individuelle ajoute à la dignité du citoyen et à la valeur de l'homme; il ne nous déplaît pas que le gouvernement nous conduise par des lisières. Tout autre est l'esprit qui règne aux États-Unis, et vous en avez la preuve dans ce fait qu'une entreprise aussi vaste que l'Exposition de Philadelphie est une entreprise purement privée. Il est bien vrai que le Congrès a pris soin d'indiquer, par un acte formel^ le caractère de la commission de l'Exposition et ses devoirs; il est bien vrai qu'Ulysse Grant, président des États-Unis, a publié une proclamation invitant toutes les nations

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de la terre à la fête industrielle de Philadelphie, et les ' y invitant au nom de la paix, de la civilisation et da ' principe des relations internationales ; il est bien vrai enfin que le Congrès s'est associé à Tentreprise par le vote de cinq cent cinq mille dollars. Mais c'est comme simple souscripteur que l'État est intervenu, c^esten vue des bénéfices à recueillir et avec la chance d'avoir à subir des pertes, c'est en s'abstenant d'engager sa responsabilité politique et sans offrir aux nations étrangères d'autre garantie que celle qui résulte de son intervention morale. Chacun pour soi, et Bien pour tousl

Ce système est-il le bon, appliqué même à une entreprise essentiellement nationale? Le résultat final de l'Exposition de Philadelphie éclairera ce point.

En attendant, tout concourt à faire espérer que ce résultat ne trompera pas l'attente des promoteurs.

Je viens de dire que le gouvernement des Etats-Unis avait voté 505,000 dollars ; la ville de Philadelphie a voté, elle, 1,500,000 dollars; l'État de la Pensylvanie, 1,000,000; le New-Jersey, 100,000; le Massachussets, 50,000; le New-York, 25,000; le Oonnecticut, 25,000; le New-Hampshire, 20,000, etc. Les dépenses générales seront lourdes sans doute : elles ne sont pas évaluées à moins de 7,500,000 dollars; mais si de cette somme on retranche celle de 3,550,000 dollars provenant des subventions, des dons faits par les législateurs^ les villes, les particuliersi et aussi de la vente

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ù ultérieure des bâtiments et du matériel, on trouve que

k le capital à rembourser s'élève à 4,058,000 dollars.

û Or, pour le rembourser, avec dividende, que fau-

{ drait-il? Trois millions de visiteurs entrant trois fois

en moyenne et payant cliacun un demi-dollar. Y a-t-il

excès d'optimisme à compter, pour TExposition de

, Philadelphie, sur 9,000,000 d'entrées? En 1862, à

l'Exposition de Londres» le chiffre des admissions Ait

de 6,211,000; il fut de plus de 10,000,000, en 1867, à

TExposition de Paris.

Quoi qu'il en soit, toutes les nations» grandes et petites, ont répondu avec empressement à Tappei qui leur était adressé. Quand je dis toutes, Je me tit>mpe : la Grèce s'abstiendra, peut-être, à cause de la dépense ; et la Russie, parce qu'elle répugne, paraîtil, à accepter une invitation qui n'a pas un caractère tout à fait ofBciel. Mais le monde sera-t-il donc insuffisamment représenté à Philadelphie par la Prance, la Grande-Bretagne, PAutriche, rAIIemagne, la Belgique, la Hollande» la Suède, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Nonvégc, l^Égypte, le Danemark» la Turquie, Tunis, la Suisse, le Mexique, la Venezuela, le Brésil, le Chili, le Pérou» la Confédération argentine, les ties Sand^eh, la Chine, le Japon» TAustralie, le Canada, la Bolivie, le Nicaragua, la Colombie, la Liberté, TÉlat libre d^Orange, rÊquatéur, le Guatemala, le Honduras? II est certain que le nombre dei visiteurs attendoSt parmi lesquels on a

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cité Tempereur du Brésil et le roi Oscar de Suèle,| ^ s'annonce comme devant être très considérable; et, quant aux demandes d'espace pour les produits eor Yoyés par les exposants, elles ont été telles que Ve&pace accordé d'abord à certains pays a dû être agrandi d'une manière notable. C'est ainsi que la première allocation de quarante huit mille pieds carrés, obtenue \ primitivement par la commission britannique a èti ! portée à quatre vingt huit mille pieds carrés. On peut [ juger par là de l'empressement général, que ne semble pas avoir refroidi le souvenir des déceptions auxquelles donna lieu, en 1873, Texposition de Vienne.

En tout cas, les Étals-Unis ont droit de compter sur la curiosité des quarante-cinq millions d'Américains pour qui l'Exposition de Philadelphie est la pins noble des solennités commémoratives.

La grande République de par delà Tocéan n'aurat-elle rien à gagner, sous le rapport de Tunité nationale, à l'Exposition de Philadelphie? Cette exposition n'est*elle pas de nature à rapprocher le Sud et le Nord, qu'elle appelle à célébrer, en commun, le souvenir de la patrie conquise par de communs efforts? N^est-elle pas de nature à compléter l'œuvre d'apaisement et de conciliation qui avait commencé par l'amnistie? {Sensor tion. Bravos.) Car ce sera l'éternel honneur des hommes d'État du Nouveau -Monde d'avoir compris qu'au lendemain des guerres civiles, la magnanimité seule a pouvoir d'empêcher la haine de survivre à la

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ï défaite, et que l'ordre n'est jamais rétabli d'une mai nière durable, quand il n'est pas rétabli dans les c cœurs. {Applaudissements.)

I Ce que cette politique avait de sage et de profond, I réyénement Ta prouvé. La victoire que, par l'amnistie, les fédérés ont remportée sur eux-mêmes a plus fait pour relever le gouvernement de l'Union que toutes celles qu'ils avaient remportées sur les planteurs. (Applaudissements prolongés.)

Oui, ce que Tamnistie a si heureusement commencé, r£xposition de Philadelphie l'achèvera.

Oh! je sais bien qu'il s'est trouvé un homme, un Américain, capable de protester contre la représentation des anciens confédérés à l'Exposition de Philadelphie; je sais que l'ex-commandant de VAlabama a osé qualifier de déshonorante la participation des États du Sud à ce qu'il a nommé, avec une ironie farouche, la € fête de l'amour radical ». Mais cette protestation de Raphaël Semmes ne fait que mettre plus vivement en relief l'attitude de l'ex-président des États confédérés, Jefierson Davis, exhortant avec chaleur ses anciens compagnons d'armes à se serrer autour du drapeau nationaU Et que d'autres symptômes de la tendance que je signale ! Vers le milieu de 1875, dans la fête qui eut lieu à Boston, M. Gobb, recevant une délégation de soldats virginiens, à la tête desquels figurait Tez-général confédéré Fitz Hugh Lee, leur disait : c Les animosités qui ont accompagné la guerre

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eirile se meurent, elles sont morteB, et noas céMbre-f. rons bientôt leurs funérailles arec le cenCenaire âe[ notre indépendance. » {Bravos.) Un fait touchas v suivit ces paroles. Au cours de la cérémonie» les lol- dats confédérés, allant raeeyoir an drapeau que Is' fédéraux leur offraient , se détournèrent de \m chemin pour faire un pèlerinage au cimetière où loot enterrés les morts de Tarmée fédérale^

Ajoutez à tout cela que rBxpositioû amérioain promet aux voyageurs un grand spectacle. Philadel- [ phie en effet n'est pas seulement la seconde rille im États-Unis, la ville vénérable de TUnion r elle est an nombre des cités du monde les plus Intéressante. Située entre un fleuve et une rivière, la Delâwareet le Schuylkill, elle a de quoi parler aux yeux autant qu^à l'esprit. Asae2 profonde pour porler jusqu'à Philadelphie les navires transatlantiques, la Delawan, qui natt dans l'État de New-York, eouleaa sud^ arrose Philadelphie et se Jette dans la baie de Delavraro, ajMrès un ceurs de quatre cents kilométrée. Le Sliuylkill, aux rives escarpées, coupées de raviae^ traTerie vu parc magnifique, le pairs de Fairmount^ qui a d^à douté six millions de dollars. C'est li qu'au milieu d^ine végétation splendide sont situés les bâtiments de l^xposition. Ils s'élèvent de trente oa quarante mètres au-dessus des marées les plus bautet de la Delaware, et sur les points les plus avaatageua des bords du Schuylkill, d'où le F^ard embrasse un admi-

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rabie paysage : d'une part les forêts; de Tautre, la mer. Ne f&t-oe donc que par le choix du site, l'exposition de Philadelphie sera une des plus brillantes que Ton ait encore vues.

Dans une ville arrosée par deux fleuves, l'idée d'uiie fête nautique devait naturellement se présenter 4 l'esprit. Aussi annonce^t-on des régates organisées par le Commodore James Ferguson et dans lesquelles la France sera représentée par le célèbre champion, M. Gôslin, dont les journaux américains ont publié une lettre que voici : « Je viendrai avec une équipe de quatre hommes, de trois si je n'en puis trouver quatre, de deux si je n'en trouve que deux, et s'il ne se rencontre personne pour m'acçompagner, Je vlen*» drai seul. »

Vous le voyez, M. âeslin s'exprime comme le poëta ;

Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là.

(Explosion de bravos.) Il s'agit maintenant de savoir comment on s'y prendra pour loger la foule des visiteurs. Philadelphie a peu d'hôtels : en construira-t-on de nouveaux? Eta» blira-t*on des trains rapides entre New^-York et Philadelphie, que sépare une distance qui peut être fran* chie en moins de deux heures? La hardiesse des capitaux a des limites, même en Amérique, et cons^ truire des hôtels en vue d'une seule saison serait terriblement hasardeux. D'un autre côté, se condamner

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à un voyage quotidien de quatre ou cinq heures, eeb est bon quand on est député ou sénateur à Versai] (Rires prolonges.)

Il y a là un problème à résoudre. Et la hausse dei prix qu'il faut prévoir ! A Vienne, on s'en souvient, \ elle eut pour résultat de chasser de la ville tout k i monde. Rude leçon pour les hôteliers autrichiess: ; profitera-t-elle aux hôteliers de Philadelphie? Les 1; projets abondent, quelques-uns très bizarres. N*a«t-on 1 pas parlé, par exemple, d'un système de trains à lit \ qui permettrait aux voyageurs de vivre à tant par ' jour en des espèces de wagons-palais dans lesquels on se rendrait au Centenaire pour y passer deux ou trois jours, et où Ton aurait salon et chambre, domestiques et cuisiniers? Mais n^entassous pas à plaisir les di£Qcultés, et fions-nous à l'imagination inventive des Américains du soin de faire que leur hospitalité ne réduise pas ceux qui Taocepteront à être en peine de leur nourriture et de leur gîte.

Jusqu'à présent, j'ai parlé' du Centenaire comme d'une fête américaine : il est temps que Je la recommande comme une fête française. Car enfin, elle rappelle l'appui si généreux prêté par la France à Tindé-* pendance amérioaine, et elle ne manquera pas de resserrer les liens d'amitié qui se rattachent à ce noble souvenir.

Aussi bien, quelle est la nation qui a contribué plus que la France à l'exploration de l'Amérique du

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' Nord ? Bst-ce que ce &d sont pas les Français qui ont frayé la voie des grands lacs ? Est-ce qu^ils n'ont pas été les premiers, ainsi que Ta écrit M. Gustave Garnier, à explorer le Mississipi ? Est-ce que ce n'est pas par eux qu'au moyen d'une longue ligne de forts et d'établissements, les rives du Saint-Laurent ont été réunies au golfe du Mexique ? L'Amérique n'a pas ou- • blié les noms de Denys d'Honfleur, de Marquette, de Louis Hennepin, de de Lasalle, de Jacques Cartier, et de cet Etienne Girard qui, s'étant élevé d'une humble condition à la position de banquier dans Ptiiladelphie, lui légua une grande partie de sa fortune^ pour que l'argent gagné par lui dans cette grande cité fût employé à l'embellir.

Considérations sentimentales, diront peut-être les hommes pratiques! Soit: abordons rapidement la question d'affaires^ et voyons si la France n'a pas un intérêt de premier ordre à être représentée dans la fête industrielle du Centenaire.

Qu'un peuple aussi obstinément protectionniste que celui des Etats-Unis donne rendez-vous à toutes les nations, et les invite à venir exposer chez lui des échantillons de ces mêmes marchandises qu'il repousse par des tarifs exorbitants, il y a là, convenons-en, quelque chose de contradictoire, de singulier ; et l'on est tenté de demander pourquoi nous nous donnerions la peine d'aller bien loin prouver Texcelience de nos ptoduits à un pays qui, pour les tenir à distance, les

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frappe de 50, 60 et même 100 0(0 ? Quel débouctai (««• Tint espérer aux GtatgoUais des articles à l*égard de> qaels le tarif américain est réellement prohibitif? De fait, notre commerce avec eux a été longtemps stationnairej et il ne cessera d'être tel que lorsqu'ils auront abaissé la barrière qu'oppose à ^e^ progrès leur système douanier. Mais, d'abord^ il convient de rema^ quer que certains articles de fabrication française sont importés aux Etats-Unis, à des prix rémunérateurs, malgré les droits dont ils sont greyés. Quant à ceux«là,il y a un intérêt manifeste & les produire, même dans rétat actuel des tarifs. Et puis, ce n'est pas sealemant sur le marché des Etats-Unis que nous devons avoir en vue de nous ouvrir des débouctiés par renvoi de nos produits, c'est sur tous les marchés du Nqu- Teau-Monde, c'est sur les marchés des Républiques de TAmérique centrale, du Mexique, du.Brésil, du Pérou, du Chili, de la Confédération Argentine, contrées qui toutes seront représentées à rExposition de Philadel* pbie et auxquelles nous sommes intéressés À apprendre ce que peut et ce que vaut notre industrie.

J'ignore quand viendra le moment où les Etats-Unis se convertiront au libre échange, et ce qu'amèneront les plaintes des fermiers de l'Ouest qui voient Texportation de leurs denrées agricoles arrêtée par le système protectionniste, ce système ayant pour résultat nécessaire, en réduisant les importations étrangères, de réduire dVutant les exportations nationales ; mai

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il est évident que le meilleur moyen de faire comprendre aux consommateurs américains ce que la liberté commerciale aurait d'avantageux pour eux comme pour nous, c'est de leur faire savoir à quel prix leur seraient livrés des produits élégants et commode8,sans l'augmentation, toute factice, dont les surcharge Télévation des tarifs douaniers. L*apostolat du libre échange ne perdrait rien à cette démonstration des bénéfices matériels qui en résultent, et il y a là un enseignement bien propre à frapper Tesprit éminemment pratique des Américains, même à Philadelphie, ce grand foyer de Topinion protectionniste aux Etats- Unis.

Quelque puissants que fussent ces mobiles, auprès desquels Tappât des récompenses à décerner est bien peu de chose, Tlndustrie française ne s'est pas sentie tout d'abord attirée par Texposition américaine aussi vivement qu'on aurait pu s'y attendre. Bt cela pour plusieurs raisons.

Premièrement, les commissionnaires des Etats-Unis craignaient trop de voir leur clientèle française s'aboucher directement avec les consommateurs américains pour ne pas s'étudier à jeter parmi nous le découragement.

En second lieu, des rumeurs inquiétantes avaient couru sur le sort des marchandises envoyées, lesquelles, disait-on, risquaient fort de devenir le gage des créanciers de l'entreprise si elle échouait; et pour

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dissiper les défiances nées de ces rumeurs» ilaTaill ^< fallu que rattorney général des États-Unis déclarit! ^^ formellement que, dans son pays, aucune loi n'autD^I ^ risait, pour le cas prévu, la saisie des marchandiKi| exposées. »

Autre cause d'hésitation : la distance qui nous si* ; pare de Philadelphie étant de 4,800 kilomètres, leprii du voyage ne pouvait manquer d*être onéreux. Heureusement, il est arrivé que, grâce à rinterventioi L active de la commission supérieure et du commissain [ général, agissant au nom du ministre compétent, une ; diminution notable a été obtenue sur le prix de b traversée pour les exposants, les billets aller et retour ayant été réduits de 1,100 fr. à 770 fr. pour lei premières ; de 660 fr. à 462 fr. pour les secondes, et de 360 fr. à 252 fr. pour les troisièmes.

Notons ici que le tarif des chemins de fer américains, au lieu d'être rendu plus doux qu'à Tordinaire, avait été haussé pour la circonstance. Ainsi, la Compagnie pensylvanienne du chemin de fer de New-York à Philadelphie, après avoir fait espérer une diminution de moitié sur le tarif, avait, au contraire, élevé le prix du transport à 37 fr. par tonne de mille kilog. pour les marchandises courantes, à 50 fr. pour les produits industriels, à 74 fr. pour les objets d'art. 11 a fallu que la commission supérieure demandât au ministre des finances et obtînt de lui qu*il fût permis aux paquebots transatlantiques, taisant le service postal du Barre &

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New-York, de se rendre à Philadelphie en droiture, afin d'éviter les frais de chemin de fer qu'auraient eu à supporter les produits envoyés de France sur la ligne pensylvanienne — cette autorisation n'ayant été, bien entendu, accordée que sur la certitude acquise qu'aucun retard ne serait apporté au service de la poste par ce change ihent de route.

Mais là n^était pas encore la grosse difficulté. En Amérique, les producteurs indigènes n'avaient pas été sans prendre alarme, à l'idée que nos fabricants iraient offrir aux Américains, à des prix inférieurs, des articles confectionnés avec plus d'art et plus de goût. On avait donc prétendu contraindre les exposants européens à marquer sur leurs produits, non pas les prix qu'ils y mettent en Europe, mais ces prix augmentés des droits de douane. Or, savez-vous à quels chiffres s'élèvent ces droits? En voici quelques-uns. Sont taxés à 45 0(0 les clés de montre avec tuyaux en acier; à 60 OiO la soierie; à Ô5 ÔiO la bijouterie; à 50 0(0 les pains de cire, les eaux • minérales, les vêtements en laine ou en laine mélangée, les ombrelles en soie ou en alpaga, les jouets d'enfants, excepté les poupées. (Rires,) Était-il juste que le bijoutier français qui vend une bague 1,000 francs fût obligé d'en afficher le prix à 1,650 francs? Évidemment non. Et pourtant, ce n'est qu'à force de parlementer, de négocier, de discuter par le télégraphe, que notre commission, soutenue par les commissaires anglais, a obtenu ce

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qui semblait ne deyoir tàirt Tobjet d'aucŒ doute, a-j voir : qae les prodoits expotét entreraient en franchise; que lei prix seraient marqués & Philadelpliia' comme ils le sont à Paris, à Londres, à, Bruxelles, etc^ et qae les droits de douane seraient acquittés eu Amérique par raoquéreur, tout objet noa vendu derant retourner en Europe sans avoir été soumis à aacaa droit. (Bravo.)

Telle est Thistoire sommaire dea efforts qui ont mis l'industrie française en état d'avoir sa place da&s TExposition de Philadelphie, où elle sera représentée par deux mille exposants, et fort bien représentée, ma foi ! Dans les b&timents du parc de Fairmount on cherchera vainement^ peut-être, les bronzes de Bsn bedienne» des Servant, des Denière, qui, si j*ai été bien informé, ont cru devoir s'abstenir; mais, on y verra figurer avec honneur la b^outerie d'imitation, l'imprimerie et la librairie françaises, les soieries de LyoUi les industries de la laine, les jouets d*eofant, la carrosserie, qui exposera cinquante voitures coûtant chacune 1«500 francs de transport, & raison de 50 fr. le mètre cube ; l'orfèvrerie, qui étalera aux yeux des visiteurs ces coupes splendides et précieusement ciselées que Ton donne en prix, chez nous, dans les comices agricoles; les machines, pour lesquelles TEspagne a bien voulu nous céder une partie de l'espace ft elle accordé ; enfin d'excellents vins de France, peu connus encore dans le monde, où Ton ne sait que les

Î.*MPOSITÎOK DE î»ttlLADELPHlEÎ 539

'^iMtis les plus fiimeux des crus de Bourgogne et de ^Bordeaux.

^ Le gouvernement français avait eu un moment la ^ pensée de ne prendre aucune part directe à TExposi- "^ tionde Philadelphie; mais bientôt, sollicité par des ^ députés influents, MM. Oscar de Lafayette, Dielz* ' Honin, Flottard, il a saisi de la question la commission supérieure des expositions internationales^ et il a déôidé que pour « encourager et faciliter la participation française — ce sont les expressions employées — il serait demandé un crédit de 600,000 fr. » Sur cette somme, votée par la précédente Assemblée^ le gouvernement a pris à sa charge les frais de transport, d'emballage, d'assurance et d'installation que devaient entraîner renvoi et rexhibition de nos objets d'art à Philadelphie. Déjà, par les soins de M* du Sommerard, les peintures, sculptures et gravoree de notre èoole, estimées 2 millions, et les che&*âVBUf re de nos manufactures nationales de Sèvres^ des Qobelins et de Beauvais, sont partis sur le plus beau navire de la Compagnie transatlantique, le Labrador^ commandé

par un officier de la marine de rétat, le capitaine Banglieré

Quelles seront les dépenses de eette expédition? Biles absorberont, paraft-il^ une portion notable du orédit> un tiers environ» le reste étant affecté au voyage des membres du jury, A l'impression et publia oation des mpports, au déplacement et au séjour des

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employés de Tagence française, qui ne pourront Tivre à Philadelphie qu'à raison de cinq ou six âoUars par Jour, et enfin aux frais de correspondance télégraphi* que, lesquels sont, relativement, considérables, puisque chaque mot des dépêches coûte 3 fr. 95.

On le voit: ce n'est pas sur ce crédit de 600,000 fr. qu'il faut compter pour Tenyoi d'une délégation ouvrière à Philadelphie. Le conseil municipal a voté à cet effet 30,000 fr., et Ton sait que 100,000 fr. ont été demandés à l'Assemblée actuelle par MM. Duportal, Margue, Madier de Monijau, Nadaud et Barodet. Mais ces deux sommes réunies, dans le cas où la seconde serait votée, ne suffiraient pas, tant s'en faut. La délégation ouvrière ne saurait guère se composer de moins de cent vingt ouvriers, représentant soixante corporations, et Ton peut certes, sans exagération, évaluer de 15 à 1800 francs ce que coûtera le voyage de chacun d'eux, tout compris : aller, séjour et retoor.

Il est donc nécessaire, quoi qu'il arrive, qu'âne souscription soit ouverte, et en faisant ici appel aux sympathies du public, nous avons le ferme espoir qae cet appel sera entendu. On se rappelle combien aisément fut couverte, il y a trois ans, la souscription qui permit aux ouvriers de Paris, de Lyon et d'Angleterre, envoyés par leurs dififérentes chambres syndicales, d'aller étudier à Vienne les progrès à accomplir dans nos procédés industriels, et ceux qui douteraient de la suprême utilité de cette visite n'ont qu'à lire les

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lumineux rapports qui en constatent les résultats.

Sont-elles moins manifestes, moins pressantes, moins décisives, les raisons qui militent en faveur d'une délégation ouvrière à Philadelphie? Non, non. État du marché à l'égard des produits que nos diverses corporations fabriquent — condition des matières premières qu'elles façonnent — débouchés nouveaux qu'elles peuvent s'ouvrir — influence des nouveaux impôts et des tarifs douaniers sur la production -^ taux des salaires dans les divers pays du globe et en particulier dans le Nouveau-Monde — durée de la journée de travail — prix des provisions et des loyers — degré de développement physique, moral et intellectuel acquis chez les nations étrangères par les travailleurs de chaque profession, et progrès accompli... voilà ce qui sollicitera l'attention des délégués de la classe ouvrière, voilà ce que leur donne à examiner, à étudier, le Questionnaire ^ excellemment rédigé, qui leur sera remis. Que d'importantes questions à mettre en lumière I Quelle opulente mine de renseignements à fouiller ! Et qui ne comprend qu'il y va d'un intérêt véritablement national que ces questions soient élucidées, que ces renseignements soient obtenus ?

Personne n'ignore que les procédés mécaniques ont été portés, en Amérique, à un point de perfection inouï: quel sujet d'étude plus intéressant que celui qui consiste à découvrir comment l'homme est arrivé à mettre à sa place la nature, dans l'accomplissement

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des travaux les plus rudes, les plus répugnants,! plus meurtriers? Et cette étude, qui peut la avec plus de fruit que Touvrier ? Qui, plus que lai,i intéressé à tout observer, et mieux placé que lai le bien faire ?

Adam Smith, dans son grand ouvrage, Eecherck\ sur la nature et les causes de la richesse des natimÀ cite un exemple non moins remarquable que piquant 1* des résultats de l'observation. Lors des premièraf pompes à feu, le soin d'ouvrir et de fermer alternafr^ vement la communication entre la chaudière et k cylindre, selon que le piston montait ou descendait, était confié à de petits garçons dont c'était l'occupation exclusive. Or, à l'un d'eux, il arriva de reiiMtfquer que s'il attachait une corde à l'anse de la soupape qui ouvrait cette communication et à une autre part» de la machine, la soupape ouvrirait et fermerait sans qu'il s'en mêlât et lui laisserait du temps pour jouer avec ses camarades. {Rires et applaudissements.) Une des choses qui ont le plus contribué au perfectionnement de la machine dont il s'agit fut ainsi la découverte d'un observateur de huit ou dix ans.

Il y aurait plus d'un gros volume à écrire sur ce que les découvertes d'humbles travailleurs ont ajouté à la richesse des nations. Ce sont de simples ouvriers qui, par des modifications graduelles et ingénieuses, ont rendu la machine à vapeur propre à toutes sortes d'usages industriels, à mouvoir des navires» à moudre

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le grain, à imprimer des livres, à frapper les monnaies, à raboter et à tourner le fer. C'est au génie d'un ouvrier de Cornouailles, Trévithick, que nous devons la merveilleuse machine qui, perfectionnée plus tard par Georges Stephenson, un autre ouvrier, est devenue la locomotive du chemin de fer et changera la face du monde. Le Lyonnais Jacquard, inventeur du métier à tisser, était fils d'un ouvrier et commença par être ouvrier lui-même. Avant d'avoir découvert cette machine à filer le coton qui a été pour l'Angleterre la source de tant de richesses, Arkwright gagnait péniblement sa vie, à Bolton, dans une cave donnant sur la rue, et au-dessus de laquelle il avait mis pour enseigne : « Au barbier souterrain; on rase ici pour deux sous. » {Rires et bravos.)

Rien donc n'importe plus à la prospérité d'un peuple que de fournir à l'ouvrier l'occasion de voir, de comparer, d'observer, d'agrandir son intelligence. Car c'est du perfectionnement de l'homme que dérive le perfectionnement de tout ce que l'homme produit. {Très bien! Applaudissements,)

A quoi tient la supériorité d'un pays sur un autre pays ? Est-ce à la fertilité de son sol ? Est-ce au nombre de ses rivières, de ses ports, de ses mines? Il est des contrées à qui la nature, sous ce rapport, a tout prodigué, et qui sont cependant habitées par une population chétive, misérable, affamée. Et tout au contraire, on a vu des peuples à qui la nature semblait

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avoir tout refusé devenir au plus haut point poissankl ^j et opulents. « 11 n'y a rien ni sur la terre ni dans Tai?,! ^ disait un jour Macaulaj, qui rende nécessairemenll ^ l'Ecosse plus prospère que l*Égypte, et la Hollande plus prospère que la Sicile. C'est l'Écossais qui a fait rÉcosse. C'est le Hollandais qui a fait la Hollande. i (Applaudissements,) Et, puisque je parle de la Nouvelle-Angleterre: Il y a deux siècles, la terre sur laquelle s'élèvent aujourd'hui des manufactures, des hôtels, des banques, des collèges^ et les édifices où s'assemblent les • représentants d'une communauté florissante, était ' parcourue par des sauvages, était abandonnée à. l'ours et à la panthère. D'où est venu le changement ? Est-ce de la richesse du sol? Est-ce de l'abondance des rivières ? Mais les prairies étaient aussi fertiles avant l'arrivée des pionniers de race anglo-saxonne, qu'elles l'ont été depuis. Mais TOhio et l'Hudson étaient alors ce qu'ils sont de nos jours. Serait-ce qu'une transformation aussi admirable a été le résultat d'une importation de capital considérable? Mais les colonisateurs n'apportaient avec eux qu'une maigre pitance. Leur esprit, leur âme, leurs bras, voilà ce qui a changé les déserts en champs de blé, voilà ce qui a bâti des villes, construit des flottes avec les grands arbres dos forêts vierges. »

Ah ! c'est qu'en eflot l'intelligence humaine supplée à tout, tandis que rien ne supplée à l'intelligence hu-

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maine. Et quoi de plus propre à la développer que ces fêtes de Tinduslrie et des arts où la rencontre des génies les plus divers fournit à la pensée des sujets d'étude si nombreux et des motifs d'émulation si pressants, où la puissance créatrice de Thomme est excitée par le spectacle des merveilles déjà produites à en enfanter de nouvelles, où l'intuition des analogies résulte du rapprochement des contraires, et où tous les peuples viennent travailler à Téducation de Thumanité.

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