‹ Questions d'enseignement; études sur les réformes universitairesChapitre 23 sur 25 · éGOLE irOBIbULS · texte numérisé non relu

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sûre dont elle a été l'objet Tannée démise. Ptesiears des élères sortants étaient restés ssms place, par suite de Tencombrement produit par la venue de nos collègues d'Alsace et de Lorraine ; vous avez pensé que, s'ils s'étaient engagés envers l'Université, l'Université s'était aussi engagée envers eux, et vous leur avez alloué un traitement d'inactivité. Ce traitement avait de plus] l'avantage d'assurer leurs droits à la retraite, A l'âge de nos jeunes gens, on ne songe pas que Fâge de la retraite puisse jamais arriver;] il arrive pourtant, et quand, épuisé de fatigue, on .ne sait plus si on pourra atteindre le mcnnent où le repos est permis, une [ou deux années de service qui comptent sont bien précieuses. Biais ces difficultés sont passées, et jxne meilleure année commence. Tous nos élèves andens ou nouveaux ont été placés ; ils Tont été avec un soin paternel, dont nous sommes vivement touchés.

Laissez-nous vous remercier particulièrement pour un de nos excellents élèves, qui sort cette année : M. Tartinville. Sa famille, une famille d'instituteurs, qui, entre quatre personnes, compte cent quarante-deux ans de service dans rinstruction primaire et dans les mêmes lieux, avait sollicité de vous une bourse pour un jeune fils : vous avez accordé la bourse entière et dans le lycée

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même où son frère est appelé, afin que l'aîné le dirige et le prépare pour nous et pour vous.

C'est la bonne démocratie.

L'Université, une fois assurée de nous, nous pardonnera notre attachement particulier pour notre École. Je vois avec grand plaisir croître chez elle un sentiment qui a déjà créé notre Association de secours, le sentiment de sa nationalité. Vous Tavez déjà remarqué en signant l'admission des élèves de la promotion de cette année ; vous avez reconnu plusieurs noms de Tancienne École : M. Girard, chef de la section des lettres, fils d'un ancien chef de section, le proviseur du lycée Descartes ; MM. Pessonneaux, Martha, Grégoire, Monin, Duruy, le second, à rÉcole, des fils du Ministre votre prédécesseur, que vous aimez à citer pour les services rendus à l'instruction populaire. Vous venez de signer le diplôme d'un licencié ès-lettres, fils d'un ancien normalien, professeur au collège Rollin et petitneveu de notre ancien maître, M. Rinn. Un fils (le notre ancien camarade, M. Macé, sort agrégé (le mathématiques, et un autre fils le remplace aussitôt. Ainsi nous faisons des dynasties.

Vous observez ce mouvement avec plaisir.

Votre volonté est que l'École Normale ne soit pas un lieu de passage, où l'on est ensuite étranger,

mais que ce soit la maison de famille. Vous entendez que nous suivions dans leur carrière les élèves qui nous quittent ; que nous soyons toujours prêts à les instruire de notre expérience dans les diverses circonstances où ils peuvent se trouver, au besoin à les défendre, à les stimuler au travail, à les pousser à l'agrégation s'ils ne Tout pas encore obtenue, au doctorat qui est le commencement des travaux originaux et de la vraie vie de science ; enfin , à vous représenter leurs mérites. Quant aux anciens normaliens émancipés par leurs services et leurs talents, vous désirez que leurs noms soient toujours présents à TÉcole, et que, si quelqu'un d'eux rentre ici, il sache bien qu'il entre chez lui.

Du reste le sentiment de nationalité dont il est question est chez nous sans danger. Nous n'empruntons pas à la société son intolérance politique et religieuse. Ici règne la parfaite liberté des esprits. Chacun respecte les opinions des autres, et l'amitié est fondée sur la communauté de goûts élevés et délicats. Le respect des opinions d'autrui est naturel chez des jeunes gens qui ont vécu de la vie intérieure, où les diverses croyances se forment par un travail indépendant. Les partis prennent ces opinions du dehors

toutes faites, et les gardent comme une consigne ; nous les mettons plus haut.

Nous estimons d'autres mérites que les nôtres et ne regardons pas tous ceux qui nous sont étrangers comme des barbares ; nous ne pensons pas que chez eux les lettres soient sans invention ni goût, et que leurs mathématiques soient fausses. Sans doute, nous aimons assez que ce soit quelqu'un des nôtres qui ait fait quelque bel ouvrage ; mais nous sommes tellement passionnés pour la grande littérature et la grande science, que cette passion éteint la jalousie. Nous n'avons pas de fanatisme de clocher : rien ne nous fera préférer un normalien médiocre à un étranger distingué. Il nous plairait beaucoup que l'auteur des études sur Bacon et sur saint Anselme, fût un des nôtres ; M. de Rémusat peut pourtant être assuré que nulle part il n'est lu avec un intérêt plus vif, auquel se joint le respect pour la personne, car il est de ceux dont la vie ne craint pas les écrits. Ce n'est pas vous, Monsieur le Ministre, qui me reprocherez de parler avec émotion d'un homme dont l'exemple et l'affection m'ont soutenu dans des temps difficiles. Revenu aux affaires après un long repos employé à défendre le vrai libéralisme, il aura servi à rendre deux fois la France à elle-même. Cet honneur lui était dû.

A mesure que nous prenons davantage conscience de nous-mêmes, nous sommes moins touchés des bruits extérieurs, quand on veut bien s'occuper de nous, mais qu'on a manqué d'informations suffisantes. Nous avons appris bien des choses cette année. Nous avons appris que nous sommes une institution funeste, et qu'en nous supprimant on réaliserait une heureuse économie sur le budget ; nous avons appris (nous ne nous en doutions pas) que nous sommes une école d'athéisme ; nous avons môme appris, un jour, par des journaux sérieux, que nous étions en pleine insurrection. Nous nous sommes permis de rire de toutes ces nouvelles. Ainsi se forme chez nous une vertu utile à tout le monde, indispensable aux Ministres, d'être insensibles aux accusations mal fondées. En revanche, l'École a été très sensible au témoignage que lui a rendu M. le comte d'Hausson ville, dans la séance de l'Académie Française, où il a parlé si bien de notre regretté Prevost-Paradol. Nous ne cherchons pas le bruit ; mais nous sommes touchés de la louange, quand elle est donnée en si bon lieu et avec cette autorité.

Vous le savez. Monsieur le Ministre, l'Ecole normale a les idées du temps et de la société où elle vit, les sentiments qu'un des siens, M. Manuel,

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a si iMea exprimés ; elle a Tesprit de rUniversité/ «lui ne prétend rien pour elie-méme et ne trayaille qiue pour le pays. Sans doute elle ne songe pas à flatter tes faiblesses qpi'eUe y reaicontre : elle p^ose qu'il faut datnner à la jeunesse te goût du aéri^ix, du savoir, du travail, de la moralité ; floais elle pense aussi ^'il faut disputer à tous les ftmatismes cette aimable France, si sociabte, renommée par tout le monde comme une nation où il faisait bon de vivre, pour sa raison ouverte et indulgente et la douceur de ses mœurs.

Vous voyez. Monsieur le Ministre, que nous ne redoutons pas, cette année, votre venue parmi nous : nous espérons que vous avez aussi plaisir à y venir. On demande souvent comment va l'Ecole, comme on demande comment va la jeunesse. Je suis touché quand on m'interroge, car j'entends ce qu'on veut savoir, j'entends pourquoi mon vénéré prédécesseur, M. Dubois, cloué dans son fauteuil et dans son lit par la maladie, oubliant tous ses maux, me presse de questions sur sa chère Ecole : il veut savoir s'il peut espérer. On s'inquiète de nous parce qu'on sent que ce qui se passe chez nous, bon ou mauvais, n'est pas indiôërent. M. Legouvé veut venir nous parler : qu'il vienne, il trouvera une épave du naufrage.

Monsieur le Ministre, Monsieur le Président de

la République s'intéresse à nous ; il aime à appeler nos jeunes gens distingués et à s'informer de ce qu'ils font. Nous vous prions et nous prions ses anciens et fidèles amis, MM. Mignet et Barthélémy Saint-Hilaire, de lui dire que nous travaillons à son exemple, que nous sommes animés par le sentiment qui le soutient dans de si grandes fatigues, n peut être tranquille : il y a ici un coin de la France qui va bien.

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