AVANT-PROPOS
Un professeur aujourd'hui ne peut point se contenter d'enseigner. Qu'il le veuille ou non, il faut qu'il prenne parti entre les opinions agitées dans ce grand débat, qui a pour sujet la réforme de renseignement à tous ses degrés. Les discussions dans les conseils de TUniversité, dans les sociétés d'enseignement, dans les journaux et les revues l'y invitent et lui en donnent le moyen.
Les chapitres de ce livre, que je soumets aujourd'hui au jugement de mes collègues et du public, ont été écrits au cours de ces discussions, commencées il y a quelques années, et qui ne sont pas finies. Qu'on me permette de montrer ici le lien qui unit ces divers chapitres et d'en présenter les idées générales.
ÏI AVANT-PROPOS
L'idée la plus générale est qu'il faut des élèves à renseignement supérieur des lettres. Cela semble un axiome, maïs l'axiome n'est pas admis par tout le monde, et je reconnais que ceux d'entre nous qui réclament pour nos facultés des lettres le privilège distinctif de ne s'adresser à personne en particulier et de parler pour tout le monde, expriment avec sincérité l'opinion très haute qu'ils se font de leur dignité professionnelle.
Voici, en peu de mots, la théorie : un homme a donné toutes les preuves officiellement requises de savoir et d'aptitude ; ses titres universitaires le placent en haut de la hiérarchie ; ses travaux ont répandu son nom. 11 est professeur dans une Faculté des lettres. L'État l'y a placé pour qu'il fît part au public de ses connaissances, de son talent, de sa méthode. Deux jours par semaine, chaque fois pendant une heure, il monte dans sa chaire. Une affiche a prévenu le public ; le public entre et vient l'entendre. On ne demande à personne ni son nom, ni sa qualité. L'amphithéâtre a, comme l'église, porte ouverte et battante ; le professeur s'adresse