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Des membres de l'enseignement supérieur français

Belgique l'activité fermement orientée vers ces recherches.

Pareillement, vos travaux pratiques sur les institutions ont été concentrés sur l'étude de la dîme ecclésiastique, travaux de critique plus que de découverte, sans doute, mais vous avez raison de commencer par

la critique du peu que Ton sait encore d'une institution qui, remontant au plus haut moyen-âge, n'a disparu que d'hier, et qui touche à toute l'histoire économique et religieuse.

Votre section dite de conférences historiques paraît être plutôt une conférence d'introduction : elle se ramène, en somme, à l'étude critique des publications récentes concernant l'ancienne histoire ecclésiastique. C'est là une méthode que pratiquent les

MM. Imbart de la Tour, Baudrillart, Châtelain, Ghénon, Foumier, Guiraud, Jordan, etc., viennent de fonder avec nous une société des Archives de Vhistoire religieuse de la France, où, entre autres publications annoncées, paraîtront les Nonciatures de France. — La première nonciature vient de paraître : J. Fraikin, Nonciature de Clément Vlly t. I" (Paris, Picard, 1906). Sans être confessionnelle à proprement parler, la société des Archives de Vhist. religieuse de la France est catholique.

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maîtres les meilleurs, par exemple M. Gaston Paris. Nous inclinons, en France, à faire peut-être trop petite la part de l'étudiant dans nos cours les plus près de ressembler à ceux de votre séminaire; nous sommes portés à croire que le maître qui travaille et cherche devant et avec ses élèves court moins le risque de perdre du temps que celui qui les fait travailler eux-mêmes devant lui. Resterait à savoir si le profit des élèves est égal dans l'un et l'autre système.

Mais le grand mérite de votre séminaire historique consiste à vouloir être pour chacun des étudiants qui en acceptent la discipline une école d'application.

Vous n'ignorez pas combien les programmes d'examen pour les grades universitaires sont par la force des choses exclusifs de la libre recherche, et combien sont souvent mal préparés à faire œuvre scientifique les jeunes gens qui n'ont jamais fait qu'œuvre scolaire. En France, — je parle ici de la France provinciale, Paris étant à lui seul

une autre France, — renseignement supérieur est purement préparatoire aux grades, et la clientèle d'étudiants ne pense qu'aux grades. L'on a voulu réformer les examens de grades, notamment en histoire, et tenté d'y faire place, à côté des éléments de culture générale ou technique, à un élément scientifique procédant de l'initiative de l'étudiant : les résultats n'ont pas répondu à ce qu'on attendait ^ .

Un séminaire comme le vôtre — comparable à l'Ecole des hautes études philologiques et historiques de la Sorbonne, — est un atelier où vient travailler quiconque se sent la vocation d'historien : car la voca-

le Voyez les critiques très vives de M. Lot, op. cit., p. 141. Parlant des conférences préparatoires à l'agrégation, qui sont Texercice le plus relevé des Facultés officielles, M. Lot écrit : « Cet exercice n'est ni de la science, ni de la pédagogie. C'est un produit indéfinissable. Je m'explique la stupeur des étudiants allemands et américains qui ont assisté à ces exercices. » Puis, expliquant en excellents termes ce qu'est la méthode d'un séminaire, M. Lot conclut : « C'est grâce à ce procédé qu'un professeur allemand peut renouveler en quelques années toute une branche d'études. Quant au profit que retirent les jeunes du travail en commun sous la direction d'un maître, on ne saurait l'exagérer. »

tion est indispensable. Mais un séminaire comme le vôtre est très propre à éprouver et à éduquer une vocation. Et que cette éducation fasse de bons ouvriers, capables à leur tour d'œuvres excellentes, c'est ce que les anciens membres de votre séminaires n'ont pas attendu longtemps à prouver. Permettez à un étranger de vous en féliciter de tout cœur.

Dans des conditions assez différentes de celles où fonctionnent votre faculté de théologie et votre faculté de lettres, notre modeste faculté de théologie de Toulouse a constitué aussi, — et non sans vous imiter très consciemment, pour une part, — un séminaire historique.

Dans la pensée de celui de nos professeurs à qui Ton doit cette création, M. le chanoine Douais, aujourd'hui évéque de Beauvais, ce devait être avant tout une conférence pratique de paléographie, dans le genre de celle que M*' Garini avait organisée auprès des archives vaticanes, et pour rendre le môme service. Je vous renvoie à

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la notice publiée par M*" Douais sous le titre de Trai^aux pratiques d'une conférence de paléographie à VInstitut Catholique de Toulouse (Paris, Picard, i892).

Les étudiants de notre faculté de théologie, quand ils rentrent dans leurs diocèses respectifs, ont chance de trouver près d*eux maint dépôt d'archives, départementales, municipales, épiscopales, notariales, privées : on ne sera pas surpris que plusieurs témoignent un goût très vif pour ces recherches.

On ne se doute pas assez, à Paris et à l'étranger, de la richesse de nos dépôts d'archives provinciales. Les Archii^es départementales, en chaque chef-lieu de département, ont recueilli à la Révolution tout ce que possédaient d'archives particulières les évêchés, les chapitres et collégiales, les couvents. Toute l'histoire ecclésiastique aussi bien que l'histoire civile, depuis le XII® siècle, en moyenne, a ses sources profondes dans ces dépôts, dont l'organisation « scientifique », je veux dire au profit de la

science, date de 1840, et dont un Inventaire sommaire est en cours de publication département par département, depuis 1860, sous la direction du Ministre de l'Intérieur. On en a publié environ 200 volumes.

Je reviens aux ressources des archives provinciales.

A Toulouse, par exemple, les archives départementales ont incorporé les archives de l'archevêché, du chapitre métropolitain, des évêchés supprimés de la région (Rieux, Saint- Bertrand de Comminges), des offîcialités, des abbayes et couvents supprimés, de l'ordre des Hospitaliers de Saint- Jean de Jérusalem. Telles de ces archives, — celles des Hospitaliers, celles des Dominicains, — représentent un priorat ou une province qui englobait tout le Midi.

Joignez-y, et c'est une exceptionnelle fortune, les archives du Parlement de Toulouse.

Le Parlement date de 1444, et sa juridiction s'étendait sur tout le Languedoc et une partie de la Guyenne. Les archives du Parlement de 1444 à 1789, et des juridictions

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s'y rattachant, ne comptent pas moins de 5.000 registres : collection des édits et lettres patentes, arrêts de la chambre de FÉdit (1579-i679) concernant les affaires protestantes, arrêts de la chambre criminelle, arrêts des trois chambres civiles, dont la première -^ la Grand'chambre — connaissant spécialement des «affaires ecclésiastiques .

Par une mesure des plus heureuses, la chambre des notaires de Toulouse a confié

les archives notariales à T administration des archives départementales : soit 10.000 volumes et 20.000 dossiers, allant du xv® siècle à la Révolution, collection de premier ordre, pour l'histoire des bénéfices, des charges, de la prppriété et des arts * .

M" Douais, comme son successeur actuel, notre jeune collègue M. Saltet, avait compris qu'il importait d'exercer nos étudiants

1. Les autres archives départementales du Midi sont loin d'égaler celles de Toulouse. Signalons cependant parmi les plus riches celles d'Albi (500 registres), celles de Rodez (800 registres). On trouvera des indications sommaires dans le répertoire de MM. Langlois et Stein, Les archives de l'histoire de France (Paris, Picard, 1891).

au maniement des inventaires, à la connaissance des fonds, au déchiffre ment des pièces. Notre séminaire historique possède une modeste collection de diplômes originaux : nous avons fait exécuter une série de fac-similés photographiques de diplômes représentant les divers types graphiques usités dans nos régions du xi® siècle au xvi*. Originaux et fac-similés dressent nos étudiants à la lecture, le professeur ayant soin dans son commentaire d'en indiquer les règles, ainsi que les instruments qui doivent servir à résoudre les questions d'histoire, de géographie et de lexique, que chaque texte peut soulever.

Nous disons de lexique... C'est rappeler d'un mot que nous sommes en pays roman, que nombre de nos diplômes sont rédigés, non pas en latin, mais dans les dialectes variés de notre vieille langue romane. Il faut être romaniste pour n'être pas pris de court dans nos archives méridionales.

Heureusement pour notre séminaire, Toulouse possède un remarquable enseignement

des langues romanes : il fut inauguré par un des nôtres, M. Tabbé Couture, voici vingtcinq ans. L'Université de Toulouse Ta organisé et développé, sous la direction de M. le professeur Thomas, aujourd'hui professeur à la Sorbonne et membre de l'Institut, puis de M. le professeur Jeanroy : nous sommes infiniment reconnaissants à ce dernier de la formation philologique qu'il donne à ceux de nos étudiants que nous lui adressons \

A quoi appliquerons-nous les chercheurs que nous aurons formés ?

C'est un vœu cher à beaucoup de travailleurs que de voir entreprendre une refonte et une correction de la Gallia christiana :

1. A deux de nos étudiants, on a pu procurer un séjour prolongé à Paris, au laboratoire de M. Rousselot, au Collège de France. Un des deux a pu môme passer deux semestres en Allemagne, auprès de M. le professeur Koschwitz. Je me reprocherais, à ce sujet, de ne pas mentionner l'appui que nous a donné en pareille occurrence la « Société pour l'encouragement des études supérieures dans le clergé ». Nous avons pu, en outre, grâce à elle procurer à un des nôtres, qui s'appliquait à l'Écriture Sainte, une visite en Egypte et en Palestine.

la Belgique n'y saurait demeurer indifférente puisqu'elle y figure.

M**" Duchesne écrit dans la préface du premier volume de ses Fastes épiscopaux :

ce II serait bien à désirer que quelque corps savant reprît cette grande œuvre sur des bases plus larges et avec une méthode plus précise. » On sait, en effet, combien de lacunes présente la Gallia christiana, même dans ses volumes les plus récents, et combien l'absence de références et de preuves en fait une autorité précaire. Le chanoine Albanès, qui avait entrepris cette réfection pour la Provence, est mort à la peine sans avoir mis la dernière main à son œuvre, dont M. le chanoine Ulysse Chevalier conduit l'impression. Mais la dernière main estelle jamais mise à une œuvre pareille? Le cadre n'en est-il pas arbitraire pour une trop grande part ? Le mieux ne serait-il pas de diviser le travail selon la diversité des sources d'information?

Un modèle de ce genre est donné par M. l'abbé Guérard dans ses Documents

pontificaux sur la Gascogne d'après les archives du Vatican, Pontificat de Jean XXII (1316-1334), publiés pour la société historique de Gascogne, en 1896.

Deux de nos anciens étudiants, M. l'abbé Calmet et M. l'abbé Vidal, formés tous deux dans notre séminaire, fixés à Rome, ont travaillé dans le môme sens que M. Guérard, mais malheureusement sur un plan trop étroit. Renonçant à émietter diocèse par diocèse les documents trouvés au Vatican, il conviendrait de prendre comme cadre géographique les grandes divisions civiles de l'ancienne France, Gascogne, Languedoc..., en groupant les documents par métropoles ecclésiastiques, Toulouse, Auch, Albi... Il conviendrait aussi qu'un relevé préalable fût fait, qui inventorierait tous les documents déjà connus et publiés dont on a l'analyse dans les Registres de Jaffé et de Potthast, ou le texte dans les registres actuellement publiés des papes depuis Innocent III. Ces réserves faites, on ne saurait trop encourager les publications comme les Varia documenta

quae Ruthenensem et Vabrensem dioeceses respiciuntde M. Galmet (Rodez 1896), et de M. Vidal ses Documents \pontificaux\ sur les origines de la pros^ince ecclésiastique de Toulouse (Rome 190i) * .

M*^ Douais avait appelé l'attention sur d'autres sources intéressantes de notre histoire ecclésiastique, les statuts synodaux.

Il avait signalé, inédits encore aujourd'hui, ceux du diocèse de Cahors de 1325, du diocèse de Pamiers de 1342 et 1382, ceux du diocèse d'Elne de 1524, ceux du diocèse de Rodez, la série de ces derniers allant du xiii^ au XV® siècle. Peu de documents nous font entrer plus avant dans l'administration épiscopale et dans la vie du clergé. M^*^ Douais

1. Depuis, M. Vidal a publié les Lettres communes de Benoît XII, dans la Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome. — Un autre de nos anciens étudiants, M. Albe, envoyé à Rome par son diocèse (Cahors), a recueilli des documents sur Jean XXII et sur le Quercy. — Un autre, M. Clergeac envoyé par son diocèse (Auch), recueille les documents relatifs à l'histoire épiscopale de la Gascogne. Il a publié le Cartnlaire de Gimont (1906) dans les « Archives historiques de la Gascogne ». — J'ai parlé plus haut (p. 39) de l'œuvre de M. Degert Son Histoire des évêques d'Aire est sous presse.

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en 1894 en a publié un qui est un excellent spécimen, le Synodal de Lodève du célèbre Bernard Gui (1325).

Antérieurement, M^"^ Douais avait retrouvé dans le trésor de notre basilique toulousaine de Saint-Sernin le Cartulaire de Vahhaye de Saint-Sernin, qu'il publia en 1887.

Si nous ne pouvons trouver dans nos archives beaucoup de sujets de grande politique, du moins l'historien des institutions et de la civilisation y a grandement à s'instruire.

M**" Douais, que l'histoire de l'Albigéisme avait attiré de bonne heure, a publié en 1886 la première édition de la Practica inquisitionis haereticae pravitatis de Bernard Gui. 11 vient de donner (1900) à la Société de l'histoire de France un volume de Documents pour servir à V histoire de V Inquisition dans le Languedoc au XIIP et au XIV* siècles. En 1894, et on sait le lien qui rattache les Frères Prêcheurs à l'histoire de l'hérésie dite albigeoise. M'' Douais avait retrouvé et publié les actes de leurs chapitres

provinciaux de 1239 à 1302, Acta capitularum provincialium ordinis Fratrum Praedicatorum * .

L'ancienne Université de Toulouse, moins heureuse que TUniversité de Paris, Si pan>a licet. . . , n'a suscité personne encore pour la publication intégrale de son cartulaire. Une bonne notice a été donnée par les nouveaux éditeurs de VHistoire de Languedoc, avec un choix de documents (bulles, statuts, etc.); puis est venue la publication de M. Fournier, Statuts et privilèges des universités françaises, qui a provoqué de si graves critiques. On voit, le sujet a été non pas épuisé, mais plutôt défloré, fâcheux accident de nature à retarder longtemps encore la mise sur chantier d'un cartulaire de l'Université de Toulouse.

La condition du Parlement de Toulouse est

1. Un de nos étudiants, M. Annal, aujourd'hui professeur au grand séminaire à Bayonne, a publié dans notre Bulletin, 1904, p. 207-217, des « Documents inédits (1482-1498) pour servir à l'histoire de l'ancienne Université de Toulouse ». — Voyez du même et dans un autre ordre de recherches, tt Les revisions du texte de Maldonat d'après un document inédit », ibid., p. 250-259.

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beaucoup meilleure. Nous attendons la prochaine publication du premier volume de l'inventaire des arrêts civils * : M. Saltet, qui a eu l'avantage d'en parcourir les bonnes feuilles, grâce à l'obligeance de M. l'archiviste Pasquier, est frappé de la richesse des renseignements qu'on y peut puiser, — au xv® siècle, sur les rapports de la France avec Rome, sur les collations de bénéfices et sur l'état (fort misérable et décadent) du clergé, — au xvi® siècle, sur l'acceptation du Concordat de 1516, sur les tentatives de réforme catholique dans le Midi avant le protestantisme, sur les guerres de religion.

L'histoire de la Réforme en France est un sujet qui a l'avantage d'être neuf encore et qui sera sûrement des plus rémunérateurs, à condition qu'on l'aborde par les archives locales. Pour mon humble part, j'estime qu'il faut inciter les érudits provinciaux à exploiter cette mine si peu fouillée et si riche, à se partager

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