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vulgaire, en montrant son compagnon, l'hérétique ancien : « Priez cet homme qu'il intercède pour vous auprès de Dieu! » Alors le malade s'adressant à l'Ancien lui dit : « Seigneur, priez Dieu! » et l'Ancien répondit : « Que Dieu soit prié ' ! »
Après cela, on demandait au malade, comme à tout Croyant allant être initié,s'il voulait recevoir le Consolamentum. «L'hérétique, ditBernard Gui, demande à la personne qui doit être reçue si elle peut parler et si elle veut devenir un bon chrétien, une bonne chrétienne, et recevoir le saint baptême -. » C'est ce que fît l'hérétique ancien lorsque, après avoir révélé son triste état à Matha, il lui dit : « Voulez- vous recevoir le don de Dieu et l'ordination sacrée que le Seigneur a apportée de la cour céleste pour la confier aux apôtres et que ceux-ci ont transmise aux bons hommes et les bons hommes aux bons hommes et ainsi de suite jusqu'à maintenant ^ ? » Les Cathares en effet n'admettaient pas que l'on pût conférer d'office le baptême de l'Esprit comme le fait l'Eglise catholique lorsqu'elle baptise des nouveau-
1. DoAT, 26, p. 248 : « Coram lecto constituti ubi inQrmus jacebat ilictus Raimundus Guillelini. attendentes dicti heretici ad dictum inlirmum, senior dixit ei : • Credo quod vos estis prope fineni vestrum. » Qui scilicet infirmas respondit : « Dominus niisereatur mei! • Et tune junior hereticorum dixit dicto infirmo : « Pregatz ne aquelz home " qu'eu pregueDieu intelligens! » demonstrans socium suum berelicum seniorem. Et lune dictus infirmus dixit dicto heretico seniori : « Senbor pregatz en Dieu! » Qui senior hereticus tune respondit : « Dieus ne sia pregatz! »
2. Praclica, p. 2il : • Hereticus petit a persona que débet recipi si polestloqui, si vult fieri bonus christianus vel bona christiana, vel recipere sanctum baptismum. »
3. DOAT, 20, p. 218 : « Dixitque eidem infirmo senior hereticus : « Dicatis vultis recipere donum Dei et illam sanctam ordinationem « quam portavit Dominus de curia celesti et posuit super apostolos « et apostoli dimiserunt bonis hominibus successive usque tùnc? » intelligens de illis de secta sua scilicet hereticorum. »
nés. Chez eux, il fallait demander formellement et de vive voix le Consolamentum. S'il ne s'était pas engagé d'avance à le recevoir, par le pacte de la convenientia, le malade qui, ayant perdu l'usage de la raison ou simplement de la parole, ne répondait pas à la question de l'Ancien, ne pouvait être consolé, Brunissende, mère d'Arnaud de Villeneuve, chevalier de Lasbordes, étant tombée gravement malade, son fils vint la voir à Beauteville. Il trouva chez elle deux hérétiques accourus pour la consoler; mais, malgré toutes les supplications dont ils furent l'objet, ils ne voulurent pas procéder à cette cérémonie, parce que la malade ne pouvait plus parler et qu'ils n'avaient pas le droit de la recevoir, « dixerunt qiiod non poterant eam recipere » (1233) '. Ce ne fut que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles qu'on dérogea à cette règle. Quelque temps à peine avant la prise de Montségur, l'évêque Bertrand Marty donna à certaines femmes le privilège de pouvoir être consolées, même dans le cas où elles auraient perdu l'usage de la parole.
Lorsque le malade avait exprimé lui-même le désir d'être « hérétique », il devait rendre compte tout d'abord de la vie qu'il avait menée dans l'état de Croyant. Les aveux qu'on lui demandait n'étaient pas, à vrai dire, une confession, telle que l'entendaient les catholiques; c'était plutôt quelque chose comme la coulpe monastique, c'est-à-dire l'aveu que font les religieux au chapitre de leurs manquements à la règle. Les Croyants ne devaient en effet s'accuser que des torts dont ils avaient pu se rendre
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coupables à l'égard des bons hommes et de la secte. « Les Parfaits doivent en confidence demander au malade comment il s'est conduit vis-à-vis de l'Eglise, depuis qu'il a reçu la foi, et s'il est en quoi que ce soit endetté vis-à-vis de l'Eglise ou s'il lui a causé du dommage. Et s'il doit quelque chose et qu'il puisse le payer, qu'il le fasse; et s'il ne veut pas le faire, il ne doit pas être reçu. Car si l'on prie Dieu pour un homme coupable ou déloyal, cette prière ne peut profiter ', »
Si le Croyant n'avait pas été fidèle, s'il avait désobéi aux Parfaits, s'il avait pactisé avec l'Eglise romaine, s'il avait mal géré les affaires qui lui avaient été confiées, il devait payer des compensations pécuniaires, avant d'être admis au Consolamentum. Les Parfaits profitaient de cet acte suprême pour donner une sanction redoutable à leur action sur les croyants. Le refus du Consolamentum était en leurs mains une arme spirituelle aussi terrible que l'excommunication aux mains du clergé catholique. L'interrogatoire de Bernard Oth de Niort nous fournit, à ce sujet, une anecdote tout à fait probante. Lorsque blessé à la tête, ce chevalier croyant voulut recevoir ce Consolamentum qui d'ailleurs ne lui fut pas conféré (car il guérit), les hérétiques exigèrent de lui une « emenda » de 1.200 sous melgoriens ^. « Étant blessé, le sire de Niort vit venir à lui, à Laurac, l'hérétique Guilabert de Castres, qui lui reprocha tout ce qu'il avait enlevé à l'Eglise des hérétiques et lui fît une obligation de le restituer; et alors le sire de Niort donna aux hérétiques « pro