‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856Chapitre 2 sur 71 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

« Le Mrt comniin de tonte TérlU noarelle qui tiirgtt est d*effr«]rer âa liea de iMalre, de Meeeer •« lieu ém conraincre. Ceet qa'eUe a'élanee arec d'autant plnt de force qu'elle a été plus longtemps comprimée; c'eat qn'ayant des obatadee à ralnere. Il Uni qu'eHe lutte «C qu'elle renrerae : Jusqu'à ce que, comprise et adoptée par la généralité, elle devienne la base d'an novTel ordre social. »

l«r novembiti 1868.

Un incident a donné naissance à cette publication.

Cet incident, c'est la suspension du journal la Prose, prononcée le 4 décembre 1857, su^nsion privant, pendant deux mois, de travail, conséquemment de salaire, les vaillants compositeurs qui m'a* vaient été si longtemps dévoués et auxquels je n'avais cessé de rester cordialement attaché, quoique la di* rection de la Presse ne m'appartint plus depuis le 27 novembre 1856. Pendant deux mois, qu'allaient-ili faire? A quoi occuper cet atelier formé avec tant de soin et ai habilement conduit? L'idée me vint alors tout naturellement de réimprimer les articles, d'abord fort rares, de 1830 à 1846, ensuite plus abondants , trop abondants peut-être, de 1 846 à 1856, que j'avais fait paraître dans la Presse. Le jour même je me mettais à l'œuvre en toute hâte; le lendemain les compositeurs de mon an* cien atelier étaient à leurs casses ; ils avaient

€ de la copie » devant elles. En agissant ainsi, je ne faisais qu'user de réciprocité , car je ne pouvais oublier, je n'oublierai jamais que les travailleurs de la Presse ont fait graver par Borel et frapper, en 1849, une très, belle médaille où, du côté de Teffigie, sont inscrits ces mots : c A Emile de Girardin

LES TRAVAILLEURS DE LA PrESSE RECONNAISSANTS. »

et au revers, ceux-ci : t Liberté de la presse. — Courage cf^il. — Association du capital-travail au capital-argent. — 5 mars 1848. » Sans cet incident, exerçant la pression d'une nécessité, jamais peut-être ne me fussé-je décidé à emprunter laborieusement au Passé ce qu'il avait justement enseveli, ce qui lui appartenait comme le cœur qui ne bat plus appartient à la tombe. Pour moi, le Passé est bien le Passé, qu'il s'agisse de tâches accomplies ou de fautes eJ:piées, d'espérances justifiées ou d'illusions évanouies, de révolutions avortées ou de dynasties déchues, de parties gagnées par les uns et perdues par les autres ! Je ne sais ni regarder ni marcher en arrière. Je trouve que c'est à peine si les deux yeux et les deux pieds suffisent à l'homme pour se porter en avant. Go head, disent les Américains, mes frères, puisqu'ils sont les fils du bonhomme Franklin. Aussi rhistoire est-elle un livre sur lequel je n'essayerai jamais d'écrire une page; je ne l'ouvre que pour y vérifier une date, et encore est-ce toujours avec la crainte de me laisser pervertir. L'histoire est fatale à ceux qu'elle retient. Elle les change en pierres.

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L'histoire, c'est le passé; or, ce n'est jamais impunément qu'on s'arrête trop longtemps à regarder en arrière. Ce qui est arrivé à la femme de Loth, changée en sel, à M. Guizot, le grand historien, changé en ministre fossile, est là pour l'attester.

Ces articles exhumés que j'ai réunis en volumeg sous ce titre : Questions de mon temps, de 1836 à 1856, forment un ensemble indivisible. Ils ne doivent pas être jugés séparément. Ils ne s'adressent k aucun parti politique, ni victorieux ni vaincu ; ils ne font appel à aucune passion éteinte , attiédie ou ar* dente; ils n'abritent aucun intérêt; ils ne d^uisent ni ne simulent aucune peur ; ils ne cachent ni ne deploient aucun drapeau derrière lequel aient jamais marché aucune armée, aucune émeute. Aussi ne comptent-ils que sur un très petit nombre de lecteurs, car ceux que ne rebute point et surtout que n'effraye pas la recherche du Vrai, Cercando il vero, tendent à diminuer chaque jour de plus en plus. Le Vrai peut être comparé à une mine explorée depuis si longtemps qu'on n'en saurait plus rien extraire qu'à la condition d'y descendre à d'immenses profondeurs, profondeurs exigeant des visiteurs ou une grande habitude ou une grande intrépidité. Il ne faut donc point s'étonner que la visite du Vrai soit devenue si rare. Les moins peureux sont ceux qui, descendus à moitié de son puits et n'osant descendre plus bas, se hâtent d'en remonter glacés d'épouvante.

Les Questions de mon temps forment douze va-

lûmes de huit eents pages. C'est beaucoup ; ce serait trop si, m'étant mis à l'œuvre par les raisons que je viens de dire, je n'avais entrepris cette réimpression moins en pensant au public qu'à l'utilité dont elle me serait pour m'abréger certaines recherches et me ren« dre compte des transitions par lesquelles j'ai passé avant d'atteindre aux convictions qui m'ont valu sou* vent, en ces derniers temps, l'honneur ou l'injure d'être qualifié <i d'esprit absolu, d'esprit aventureux. ^ Absolu, moi, quelle erreur ! Aventureux, moi, ([uelle méprise ! Qui, depuis vingt ans, se serait donné la peine de me suivre, la peine de m'observer autrement qu'à la surface, aurait reconnu que si je mérite une accusation, ce serait plutôt celle de n'avoir qu'un esprit timoré. Ce que je suis surtout, c'est un homme de transition. Je puis paraître absolu, je ne le suis pas. Non, je ne le suis pas, car ce n'est qu'après avoir épuisé dans le travail et l'expérimentation du cabinet toutes les transitions, amoncelant l'une sur l'autre, abandonnant l'une après l'autre» que j'arrive lentement à la dernière, dernière que nul ne serait tenté de trouver ni absolue ni prématurée, s'il s'était livré aux mêmes recherches successives, aux mêmes études comparées. Je n'arrive à la synthèse , à grand'peine , que par l'analyse. Les ailes du génie ne m'ont point été données. Je ne plane pas ; je monte» mais comme monte chacun, un pied devant l'autre et degré par degré. Vous qui m'accusez, ce n'est donc pas moi que vous accusez : c'est le travail.

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liivrez-voufi aux mêmes études, et vous arriverez auj^ mêmes conclusions. Si vous êtes passionné ou mieux doué, peut^tre irez-vous au-delà, certainement vous ne resterez pas en deçà. Cet aveu n'est point, je le sais, à la louange des facultés déposées dans mon berceau, mais n'est pas non plus à leur détriment. Je n'ai ni l'orgueil de l'humilité ni l'humilité de l'or* gueil, que je {dace au même rang et dont je fais même cas : aucun. Est-ce qu'une égale impuissance ne les caractérise pas? Est-ce qu'il est plus au pouvoir de l'orgueil de grandir l'homme qu'au pouvoir de l'humilité de le rapetisser? D'esprit, comme de corps, il a la taille qu'il a. Qu'il se surfasse ou qu'il se décrie, qu'il se trompe en plus ou qu'il se trompe en moins^ sa taille est restée après ce qu'elle était avant. Il n'y a ajouté ni retranché l'épaisseur d'un cheveu. Est-ce vrai? Si j'avoue, en toute fran» chise, que j'ai plutôt un esprit timoré qu'un esprit aventureux, si j'avoue que je ne suis qu'un homme de transition, c'est, d'abord, qu'il est un besoin que j'éprouve , qu'il s'agisse de moi ou de tout autre^ c'est le besoin de rectifier toute erreur que je rmcontre au travers de ma plume ; c'est, ensuite, que je ne puis expliquer qu'ainsi comment il m'a fallu écrire tant de mots, tant de phrases, tant de lignes, tant de pages, quand douze pages me suffiraient maintenant pour contenir tout ce qui est contenu en ces douze volumes. Je les compare à ces piliers de terre, nommes témoins, que le pionnier laisse après lui, d'espace

TOI tWW.

en espace, pour servir à mesurer les cubes du déblai opéré par ses bras à la sueur de son front.

Qui aura la patience de parcourir ces douze volumes, ces huit mille pages, fruit de vingt années de journalisme, fruit de vingt années de méditations aiguillonnées par la controverse, verra que la liberté fut constamment et exclusivement mon but sous la Monarchie, sous la Bépublique, sous l'Empire; verra quelles furent en tout temps, à mes yeux, les questions principales et les questions accessoires, la proie et Tombre ; verra comment se sont formées mes convictions; comment du relatif j'ai marché vers l'absolu ; verra d'où je suis parti pour atteindre où je suis arrivé, quels détours j'ai suivis, quel temps j'ai mis à parcourir le chemin et parfois à le tracer, quels jalons j'ai plantés, contre quelles pierres j'ai heurté, dans quelles ornières j'ai glissé, quels abîmes j'ai côtoyés, quels obstacles j'ai rencontrés, éludés ou franchis , quelles lueurs m'ont égaré ou guidé , quelles brumes m'ont surpris et enveloppé, quels froids m'ont glacé, quelles illusions m'ont réchauffé, quelles hésitations m'ont arrêté, quelles espérances m'ont soutenu^ quelles déceptions m'ont attendu, dans quelles erreurs, dans quelles méprises, dans quelles contradictions je suis tombé, enfin de quelles défaillances et sous le poids de quelles lassitudes j'ai dû, plus d'une fois, me relever.

Où suis-je arrivé?

D'où suis-je parti?

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Conservateur constamment progressiste, progressiste constamment conservateur; appartenant à la Monarchie par mes goûts et mes relations, rallié à la République par mes idées et mes études ; fermement anti-révolutionnaire, en ce sens que la plus grande réforme à opérer ne m'eût coûté ni ne me coûterait, pour prévenir de si loin que ce fût, la plus petite révolution, mais nullement contre-révolutionnaire, en ce sens que le lendemain d'une révolution, coup de Peuple ou coup d'État, je ne nourris contre elle aucune arrière-pensée, ne garde aucune rancune, ne ressens ni ne sème aucune frayeur, n'éveille aucune défiance, n'ai qu'un désir, ne forme qu'un vœu : qu'elle se justifie par ses conséquences , qu'elle se glorifie par ses œuvres ; partisan déclaré des réformes, jamais prématurées, autant qu'adversaire résolu des concessions, toujours tardives, je suis parti du point où Turgot, mon maître, était arrivé. Français, n'étant pas Turgot, je suis turgotin, comme Anglais, n'étant pas Peel, je serais péeliste. Avant la nuit du 4 août 1 789, je place la journée du 24 août 1 774 (1 ), avant Mirabeau le grand tribun, je place Turgot le grand ministre. Donc, en matière de liberté, je suis parti de la liberté octroyée par la Loi ou par le Roi, ce qui, au fond, est même chose, de la liberté réglée, de la liberté réglementée, de la liberté tolérée, enfin

(1) Jour <m Torgot fot appelé au ministère des tinanoet, et date de Mn admirable Lettre au rot, dans laquelle il ex|H>se ses idées générales. Conipièçne, U 2i aoéi 1774.

c de la liberté sage, de la liberté sans licence , i lieux communs, fausse monnaie dont moi-même je me suis servi souvent, trop souvent avant de les avoir découverts. Appliquée à la presse, la liberté réglementée a produit la révolution de 1830. Appliquée au droit de réunion, la liberté réglementée a produit la révolution de 1848. L'opiniâtre lecteur qui feuilletera ces pages verra comment et par suite de quelles déductions, de quelles études, je suis arrivé à conclure de la liberté concédée à la liberté revendiquée, de la liberté usurpée à la liberté restituée, de la liberté de fait à la liberté de droit, de la liberté factice à la liberté naturelle, de la liberté relative à la liberté absolue, de la liberté mal définie à la liberté indéfinie, de la liberté transitoire à la liberté définitive, de la liberté exceptionnelle à la liberté rationnelle, de la liberté intermittente à la liberté permanente^ de la liberté équivoque à la liberté réciproque, de la liberté contestée à la liberté incontestable, de la liberté légalement limitée à la liberté tiaturellement limitée, de la liberté morcelée à la liberté une, de la liberté divisée à la liberté indivisible, de la liberté aliénée à la liberté inaliénable, de la liberté difierée à la liberté imprescriptible, de la liberté toujours violée à la liberté à jamais inviolable, enfin du pouvoir de la liberté à la liberté du pouvoir, lui aussi également un, par la séparation infranchissable, absolue et non arbitraire, de ce qui est individuel par nature et de ce qui est indivis par essence.

INTR(H)UCTION. xi

En matière de pouvoir, je suis parti, sur la foi de Montesquieu, du pouvoir pondéré, c'est-à-dire scindé en pouvoir législatif, pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire. Le même lecteur, s'il persiste, verra comment et par suite aussi de quelles déductions et de quelles études je suis arrivé à conclure avec Turgot (i) de cette constitution de Timpuissance à la reconstitution du pouvoir, de cette complication, d'importation britannique, à l'unité, d'origine française ; du pouvoir neutre au pouvoir viril, du pouvoir constitutionnel au pouvoir rationnel, du pouvoir inévitablement abusif, soit héréditaire, soit révolutionnaire, au pouvoir strictement nécessaire, enfin du gouvernement usurpateur de l'homme par l'homme à la simple administration par un , sous le contrôle de tous, de la chose publique.

En matière de souveraineté, je suis parti, sur l'autorité de J.-J. Bousseau, de la souveraineté nationale qu'il déclare inaliénable, quoique toujours et partout aliénée. Le même lecteur, s'il persiste encore, verra comment et par suite de quelles déductions et de quelles études je suis arrivé à conclure de la souveraineté anormale à la souveraineté normale, de la souveraineté numérique, non moins abusive, non moins arbitraire, non moins contestable que la souveraineté monarchique, à la souveraineté individuelle : Thomme n'obéissant qu'à sa raison et ne commandant qu'à

(1) TUSGOT, LêUrt au docHur Prku

la matière, que cette matière se nomme cheval ou bœuf, fer ou bois, eau ou feu, qu'il l'assujettisse ou qu'il la transforme. Je n'admets l'intervention de la majorité que dans les cas prévus qui sont exclusivement et nécessairement de son ressort, et qu'à la condition expresse que la majorité ne puisse jamais empiéter sur ce qui est du domaine de la vérité ou de la liberté, de la raison ou de la science.

En matière d'élection, je suis parti du cens électoral, de la capacité présumée, ayant pour signe distinctif une contribution fixée. Le même lecteur, s'il persiste toujours, verra comment et par suite de quelles recherches et de quelles études je suis arrivé à conclure du privilège au droit commun, du suffr^e exceptionnel au suffrage universel, du suffrage universel, mesure d'approximation, au suffrage universel, mesure de précision, du morcellement électoral à l'unité de collège, de l'unité de collège à l'inutilité de Constitution.

En matière de législation , je suis parti du cens d'éligibilité et de lois imposées à l'universalité par la majorité. Le lecteur verra comment et par suite de quelles réflexions, de quelles discussions, je suis arrivé à conclure avec Turgot (1) de^ lois positives aux

(1) « Comment se fait-il que vous soyez à peu prè* le premier parmi no« gens de lettres qui ayez donné des notions justes de la libert(^, et qui ayez fait sentir la fausK^té de cette notion, rebattue par presque tous les écrivaius républicains, que la liberté coruinte à nétre «oumit qu'aux loU^ comme si un homme opprimé par une loi injuste était libre. Cela ne serait pas même vraif quand on supposerait que toutes les lois sont Touvrage de la nation

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lois que, par opposition à celles-ci, Montesquieu a appelé lois naturelles, des lois votées aux lois observées, des lois fabriquées (1) aux lois existant par elles-mêmes, des lois temporaires aux lois étemelles, des lois locales aux lois universelles, des lois mobiles aux lois immuables, ne changeant ni selon les temps, ni selon les lieux, ni selon les hommes, enfin de la servitude légale à la culture humaine, que j'ai nommée viricullure.

En matière de pénalité, je suis parti de la justice rendue par des hommes, les uns juges, les autres jurés, assistés de gendarmes, de geôliers et de bourreaux. Le lecteur verra comment et par suite de quels moyens je suis arrivé à conclure, continuant Beccaria, des anciennes peines adoucies aux peines ac^ tuelles abolies (2), l'homme étant son bourreau comme

aMcmblt'e ; car entlu l'individu a aussi ses droits que la nation ne peut lui ôter quo par la violence et par un usage ilU^gitimc de la force gi^néralo. » TUBOOT. [Lêtlre au docteur Pria.)

(1) « Une injustice générale a régné dans les lois de tous les peuples. Je vois partout que les idées de ce qu'on a nommé la bien public ont été bornées à un petit nombre d'hommes ; je vois que les législateort les plus désintéressés pour leurs personnes ne Tout point été pour leurs concitoyens, pour la société ou pour la classe de la société dont ils faisaient partie; c*est que ranK)ur-propre^ pour embrasser une sphi're plus étendue, n'en attpM moins disposé à Ti injustice quand il n'c^t pas contenu par do grandes lumières ; c*f>st qu'on a presque toujours mis la vertu à se soumettre aux opinions dans lesquelles on est né. s

TL'ROOT. [Ihtcourt en Sorbonnt.)

(2; « Dans notre pays, il n'y a pas une seule question simple et légitime, pas un sentiment natnrel qui n'ait été Tubjet d'une loi pénale, pat un devoir dont une loi n'ait probibé roccomplisM^ment, pas une trahison que la lui n'ait ?uilarit^, pas un forfait qu'une loi n'ait urdoniié. a

UKXJAMUi COX8TAKT. {Hepejiunt iftr U» Cotittitutiom./

XIV MSéS.

il est son juge, comme il est son législateur, comme il est son maître, le cnme commis ayant pour unique châtiment le crime constaté.

En matière d'administration publique , je suis parti de Tinviolabilité royale et de la responsabilité ministérielle sous le régime parlementaire. Le lecteur verra comment et par suite de quelles simplifications je suis arrivé à conclure de cette inviolabilité mensongère et de cette responsabilité illusoire, attestée et par deux révolutions inconséquentes, la révolution de 1830 et la révolution de 1848, et par deux dynasties exilées, à la nécessité d'une réforme qui introduise dans Fatelier gouvernemental le principe de la division du travail, auquel Tatelier industriel doit d'avoir résolu tant de problèmes réputés insolubles, converti tant d'obstacles en moyens, opéré tant d'économies, abrégé tant de lenteurs, accompli tant de perfectionnements , réforme substituant le principe économique au principe hiérarchique, tout en donnant à l'administration publique une puissance d'unité qui lui manque.

En matière d'impôt, je suis parti de l'impôt annuellement voté par deux chambres et obligeant le contribuable Le lecteur verra comment et par suite de quelle assimilation je suis arrivé à conclure, continuant Vauban et Turgot, de Timpôt déjà réformé à l'impôt enfin transformé, de l'impôt inique à l'impôt unique, de l'impôt d'approximation à l'impôt de précision, de l'impôt forcé à l'impôt volontaire, à

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rimpot directemeat et librement consenti (1 ) par chaque contribuablci se payant comme chaque assuré paye le montant de sa prime d'assurance, ou comme chaque souscripteur, lorsque s'ouvre directement un emprunt national, s'empresse, pour en avoir une part, d'ef* fectuer son versement. Dans vingt ans, on ne comprendra pas plus rimpot forcé qu'on ne comprendrait aujourd'hui l'emprunt forcé, autrefois en usage.

En matière de budget, je suis également parti du budget annuellement proposé parle pouvoir exécutif, voté par le pouvoir législatif, et obligeant le contribuable. Le lecteur verra comment et par suite de quelle décomposition des recettes et des dépenses, de quelle distinction entre la dette représentant le passé, l'impôt représentant le présent, l'emprunt représentant l'avenir, je suis arrivé à conclure que le budget pourrait être considérablement réduit sans qu'un seul service utile en souffrit, et rédigé de telle sorte que tout contribuable pût facilement s'en rendre compte, et exercer efficacement son droit personnel de contrôle (2).

(1) t Nalle taxe D^est due que li elle a été conskktib; elle ne peut être levée tant cette condition, à moimquê ctneioitpar lyramiM. •

Ancienm nwLximt française, e C*est encore un pnndpe certain que /cf Françaû n* peuvent être taxée •AXS LBTft ccmsEiiTBXEirT, et dans le long onbli des droiu da penple, toute* les fois que Tautorité s'est expliquée sur cet important objet, elle a cependant déclaré que le« subsides de\ aient Otre un octroi librs et TOLOirrAimB. » MOUHIKB, Aeeemblée nationale, 1790.

(2) c Tont contribuable a donc le droit do savoir ce qu'il doit pour connaître B*il approuve une surcharge et en poursuivre la réparation. ■

COBanOLLB, AeeemMée naîimnùU, 1790.

En matière de dette, je suis parti de la dette se contractant au-dessous du pair, se remboursant au pair, dotée d'un amortissement faussé dans son principe, suspendu dans son action, n'étant ni maintenu ni supprimé. Le lecteur verra comment et par suite de quelle application d'une loi que nul, si puissant qu'on le suppose, ne saurait enfreindre, je suis arrivé à conclure de la condamnation de l'amortissement factice à l'adoption de l'amortissement naturel, la rente devenant alors et d'elle-même le régulateur de l'intérêt dans toutes les transactions, ce qui explique la nécessité de l'unité de rente^ car la mesure qui n'est pas une n'aboutit qu'au doute et à la confusion.

En matière de banques, je suis parti des banques de circulation constituées en vertu d'un pri« vilége et constituant un monopole , opérant d'après cette probabilité, cent fois démentie, qu'une réserve métallique de 1 suffit à une émission fiduciaire de 2. Le lecteur verra comment et par suite de quelle définition je suis arrivé à conclure de l'impossibilité de réformer les banques à la nécessité de les transformer, de l'insuffisance démontrée et de l'imperfection reconnue de la monnaie métallique à la fabrication d'une monnaie parfaite et toujours égale au montant de toutes les transactions basées sur ces deux termes : valeur^ contre-valeur.

En matière de propriété, je suis parti de la propriété, passant immédiatement après la religion et la famille, et passible cependant d'expropriation pour

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cause d'utilité publique, après évaluation par un jury. Le lecteur verra comment et par suite de quelles lois existantes je suis arrivé à conclure de la propriété restreinte à la propriété étendue (l), de la propriété mal définie à la propriété mieux définie, de la propriété spéciale à la propriété universelle, aucune propriété n'ayant Tune plus de droits ni moins de droits que Tautre , qu'elle se nomme propriété foncière, propriété industrielle, propriété littéraire ou propriété artistique.

En matière de préemption, je suis parti de la préemption telle que l'Etat et les agents de l'administration des douanes l'exercent en vertu delà loi. Le lecteur verra comment et par suite de quelles considérations je suis arrivé à conclure du droit de préemption borné à la marchandise déclarée, au droit de préemption appliqué à toutes les valeurs imposées,

(1) c Jadis on ne connaÎMait qn^ono espèce de proprk^té, celle du terrain ; il en est survenu une nouvelle, celle de Tindustrie, aux prises en ee moment avec la prejoière. C*est |K)urtant pour n'avoir pas voulu reoonnal* trc cette grande révolution dans la propriété, pour s'obstiner à fermer les yeux sur de telles vérités, qu'on fuit tant de sottises aujourd'hui et que Ion s'expose à tant de bouleverscmontx. Le monde a éprouvé un grand déplacement, et il cherche à ee rafseofr; voilà en deux mots toute la clé de l'agitation universelle qui nous tourmente. On a désarriméle vni»seau, transporté du lest de l'avant à rarrière, et de là ces furieuses oscillations qui peuvent amener le naufrage à la première tempête, si l'on s'uhstine à vouloir le manœuvrer comme de coutume, sans avoir obtenu un équilibre

nouveau. »

XAPOLéoN. Mémorial de Sainte- Hélène. 6 novembre 1816.

« L'icnvre intellectuelle est une propriété comme une terre, uue maison ; elle doit jouir des m^met droits et ne pouvoir t^tre aliénée que pour cause d'utilité publique. »

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