H. PASSY
lude de vider par le fusil (1) ce qui doit se vider par le scrutin. Combat est un mot qu'il faut rayer de notre dictionnaire politique pour le remplacer par celui-ci : Débat. Le plus tôt sera le mieux. Combat est synonyme de guerre civile ; Débat est synonyme de progrès social. Le jour où, enfin, l'on comprendra qu'il y a quelque chose de plus simple, de plus économique, de plus prudent, de plus sensé, déplus rationnel, que de donner des fusils à tout le monde, c'est de n'en donner à personne, c'est de ne pas mettre de cartouches dans les mêmes mains auxquelles on délivre des bulletins; ce jour-là, tous les dangers qui sont suspendus au-dessus de nos têtes se dissiperont comme les nuages que disperse un vent favorable; ce jour-là, la garde nationale ne vivra plus que dans l'histoire.
C'est une réforme dont nous appelons de tous nos vœux l'accomplissement, à la condition qu'elle aura lieu avec toutes les précautions et toutes les transitions que dictera la prudence.
11 en est de même pour l'armée.
Qu'on le remarque bien ! nous n'en demandons pas la réduction purement et simplement; nous en demandons la transformation ; nous voulons une armée de 180,000 hommes largement payés et dont l'organisation soit si parfaite, que celte armée de 180,000 hommes ait au moins une force égale à celle d'une armée de 560,000 homme telle que celle-ci est actuellement recrutée et composée.
(1) Notre opinion sur Tinstitution de la garde nationale ne date pas de 1848, car voici en quels termes nous nous exprimions le 15 septembre 1844:
« L'idée d'une revue de la garde nationale, qui aurait eu lieu le diman- » elle 29 septembre, a été abandonnée. Ce n'est pas nous qui nous en plain- » drons. On sait ce que nous pensons de l'institution de la garde natio- » nale. Elle vaut, à nos yeux, ce que vaut , dans les cas d'incendie, la n tbule armée de sceaux qui sert à former la chaîne. Rien de plus. Il o faut convenir que si, dans de rares circonstances, cette institution a des » avantages, elle a aussi de graves inconvénients, au nombre desquels on » doit mettre d'abord celui de donner des armes à toutes les opinions in- » distinctement, aussi bien à celles qui sont contraires à notre forme de e gouvernement qu'à celles qui lui sont favorables ; ensuite, celui de faire » prendre, par les partis, pour le sentiment du plus grand nombre, le seu- » timent de quelques-uns, exprimé par des cris isolés poussés dans les » rangs, au mépris de toute discipline. »
Gela est possible en abolissant le service obligatoire, le tirage au sort, le remplacement, et en donnant à l'armée les bases sur lesquelles reposait cet admirable corps qui s'appelait, il y a deux ans, la garde municipale.
Dans ce corps n'étaient admis que des hommes scrupuleusement choisis. Etre admis dans la garde municipale était une faveur sollicitée avec instance et obtenue avec peine.
L'organisation tout entière de la force publique appelle, en France, une réforme profonde. Cette organisation a été conçue à une époque où les chemins de fer n'existaient pas, où l'on eût traité de chimère l'idée qu'il fût possible de transporter des troupes à cent lieues de distance en moins de dix heures ! — Tout le régime des garnisons, du casernement et de l'instruction des troupes est à changer.
La gendarmerie, cette transition entre l'armée telle qu'elle est et l'armée telle qu'elle sera, doit encore être considérablement augmentée (1).
(l) En 1847, l'effectif budgétaire de la gendarmerie a été augmenté de 191 nouvelles brigades, formant le tiers de 574 nouvelles brigades projetées pour 1848, 1849, 1850. Cette augmentation de la gendarmerie avait été réclamée par 81 conseils généraux.
L'insuffisance du service de la gendarmerie est ainsi expliquée par M. Chabaud-Latour dans son rapport :
« Les causes de l'insuffisance sont au nombre de quati'e :
» ]• Nouveaux centres d'activité;
» 2" Réunions considérables d'ouvriers créées pour l'exécution des grands travaux publics ;
» 3° Multiplication des jours de foires et de marchés ;
» 4° Circulation de voyageurs provoquée de plus en plus par les chemins de fer.
» Le gouvernement s'est décidé à demander pour 1848 la création de 574 nouvelles brigades comme suit :
Avant 1847.. . .
Depuis 1847 . . .