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Total 5,222,180,000
— Eh bien! ce que nous ferions contre ht Russie, |)ourquoi ne pas l'entreprendre contre celte puissance barbare qu'on appelle la Misère?
Si pour la vaincre ii faut un milliard, deux milliards, liois milliards, sachons les trouver.
Seulement, au lieu de dépenser ces milliards à forger des fusils, employons-les à laminer des rails; au lieu de dépenser les milliards à creuser des fossés autour des villes, employons-les à achever nos canaux interrompus; au lieu de dépenser les milliards à construire des bastions, employons-les à démolirles quartiers insalubres, afin d'assainii" les villes; au lieu de dépenser les milliards à nourrir des soldats oisifs, employons-les à faire travailler ces mêmes soldats, rendus au libre exercice de leur profession; au lieu de dépenser les milliards à construire par vingt-quatrièmes des vaisseaux de guerre, employons-les h diminuer le prix de revient de nos navires marchands.
Report .... 5,222,180,000
,pn- \ 505,000,000 — 58 25
Total 12,032,705,000 fi-., qui, aux taux auxquels
les emprunts avaient été laits, portaient la dette souscrite à leur occasion à 20,316,460,0.53 fr.
Et quand l'Anglelerrc faisait ces efforts gigantesques, grâce au concours de sa Banque, elle était moins riche et plus obérée que nous ne le sommes ! Dans l'impossibilité de payer ses armées en marchandises et condamnée à porter tout son numéraire sur le continent, elle abaissait les coupures de ses billets jr.squ'à 1 liv. st. (25 fr.), et elle étendait les émissions de la Banque d'Angleterre seule jusqu'à 700 millions, et la circulation des billets de Banque du pays entier h un milliard et demi.
DES AHiMEES PERMANENTES. 76.i
Guerre à la Misère !
Sainte guerre ! car celle-ci n'exigera pas qu'il soit versé une seule goutte de sang. Pour que celle sainte guerre se termine par une glorieuse victoire, il lui suffira de laisser sur le champ de bataille toutes les dépenses inutiles créées pour un temps qui n'est plus et qui ne saurait l'evenir.
Donc, de toutes parts, que ce cri se fasse unanimement entendre : Guerre à la misère !
Ajoutons-y : Paix aux peuples!
Paix aux peuples, car il n'est pas un peuple, pas un seul en Europe, qui ait le plus faible intérêt à quelque guerre que ce soit.
La Prusse s'étendit-elle aux dépens de l'Autriche ou l'Autriche aux dépens de la Prusse, le sol sur lequel vivent les populations de ces deux États rivaux en serait-il plus fertile ou moins fécond?
La France fût-elle plus petite encore que ne l'ont faite les traités de 1815, l'Europe en serait-elle plus grantle? Non. 'J'oute guerre est du sang répandu, du temps perdu, de la force enlevée au travail, de l'argent dérobé au bien-être.
De monarque à monarque, la guerre pouvait s'expliquer, car ce qui allaiblissait la puissance de l'un profitait à la grandeur de l'autre ; mais de peuple à peuple, la guerre ne saurait se comprendre, car tous les peuples sont solidaires, tous ont le même droit, le droit de vivre en travaillant; tous ont le môme ennemi : la Misère!
Qu'ils travaillent donc tous et ne se battent plus aucun ; qu'au lieu d'échanger des protocoles, ils échangent des produits ; que partout enfin la guerre se transforme en concurrence, et en môme temps que disparaîtra la Guerre disparaîtra la Misère.
Le lendemain du désarmement universel sera la veille du l)ien-être universel.
La paix armée^ c'est la misère invétérée. Guei'i'e à la Misère ! Celle guerre qui moissonne le pauvre et qui menace le riche est la seule que devrait admettre désormais l'Eu-
7()fi 1851.
lope, si les hommes d'État qui la gouvernent n'étaient pas en retard d'un tiers de siècle.
A la place de ces mots : — Paix armée, hâtons-nous d'inscrire ceux-ci : Paix assurée.
Ce n'est pas seulement la liberté en danger qui l'exige, c'est aussi la civilisation en péril I
Aux noms de la civilisation et de la liberté, répétons donc encore ce cri de ralliement et de salut :
Paix aux peuples ! Guerre à la Misère !
9 mars 1851.
Avec la moitié de ce que coûte la guerre, en Europe, on y ferait disparaître la Misère.
Vouloir la paix universelle, c'est donc vouloir le bienêtre universel.
On dit que c'est une idée chimérique.
C'est le nom qu'on a commencé par donner à toute tentative d'amélioration avant qu'elle devînt un progrès accompli.
Est-il donc utile, nécessaire, indispensable que les hommes s'entretuent?
Ne serait-il pas plus raisonnable qu'il cessassent de se mitrailler?
Raisonnable et chimérique sont-ils donc deux mots synonymes ?
Cent mille hommes tués sur un champ de bataille ont-ils jamais prouvé que le droit fût du côté de la victoire ?
Se compter ne vaut-il pas mieux que se battre ?
Discuter ne vaut-il pas mieux que se canonner "?
Que gagnent les morts h la bataille gagnée?
A quelque point de vue qu'on l'envisage, la guerre est absurde ;
Elle abâtardit les populations:
Elle appauvrit les États;
Elle désole les familles;
Elle enchérit le travail;
Elle détourne l'impôt de son cours et creuse le lit de la misère.
En compensation de tant de maux, quels avantages offre-t-elle jamais?
Est-ce que la guerre peut profiter à un État sans nuire à un autre État?
Qu'importe que tel territoire soit un peu plus ou un peu moins vaste !
L'État le plus grand est celui où l'Homme est le plus libre.
Cela est-il vrai, oui ou non ?
Répondez.
A vous qui hésitez à répondre à cette première question, je vous en pose une seconde, et je vous demande : S'il vous fallait choisir entre la Russie ou la Belgique, n'aimeriez-vous pas mieux être Belge que d'être Cosaque?
Que de beaux esprits raillent l'idée de la paix élevée à la hauteur d'une solution ! Moi, qui ne suis pas un bel esprit, je persiste à la prendre au sérieux.
En tout cas, si je suis ridicule, je me console de l'être avec l'un des plus grands rois et l'un des plus grands ministres qui aient jamais honoré la France, avec Henri IV et Sully, qui ont laissé le plan qu'on va lire :
« L'Europe serait distribuée en quinze États confédérés dont chacun serait représenté dans le conseil commun renouvelé des amphictyons. Là il serait statué, à la majorité des voix, sur tous les débats qui pourraient surgir entre les peuples. Une armée fédérale, mise à la disposition de la cour suprême, ferait, au besoin, exécuter ses arrêts.
» On li'établirait aucune distinction entre les diverses sortes de gouvernements., dont la forme serait abandonnée au libre arbitre des popxdations. On proclamerait l'égalité de la mutuelle tolérance des cultes chrétiens. Une voie d'appel serait ouverte aux gouvernés opprimés par les gouvernants^ et un droit de contrôle réservé à la diète européenne ; si