‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 3)Chapitre 60 sur 132 · TOTAUX · texte numérisé non relu

TOTAUX

Ottomans

Grecs

Arméniens

[Juifs

Slaves.

Roumains

Albanais

Tatars

Arabes

Syriens

Chaldéens

Druses

Kurdes

Turkomans

■ Tsiganes.

VAlmanach de Gotha pour 1854 décompose ainsi le nombre comparé des mahométans et des grecs : Mahométans dans la Turquie d'Europe . . . 4,550,000

— dans la Turquie d'Asie 12,650,000

— dans la Turquie d'Afrique. . . . 3,800,000

Mahométans: — Total.

Grecs dans la Turquie d'Europe 10,000,000

— dans la Turquie d'Asie 3,000,000

Grecs: — Total 13,000,000

Partager l'empire ottoman est facile à dire ; plus difficile à faire.

F^'empire ottoman se compose de possessions territoriales qui s'étendent dans les trois parties de l'ancien continent, sur une superficie d'environ 30,000 milles carrés géographiques. Elles offrent un développement d'environ 1,200 lieues de côtes sur six mers différentes : l'Adriatique, la Méditerranée, la mer de Marmara, la mer Noire, la mer Rouge, et une portion du golfe Persique.

La Turquie d'Europe est formée de la Thrace, de la Roumélie, de la Thessalie, de la Ruigarie, de l'Albanie, de la Rosnie, de l'Herzégovine, de la Valachie, de la Moldavie, de la Servie, qui renferment une population de 15,500,000 habitants.

La Turquie d'Asie est formée de l'Anatolie, de laCaramanie, de l'Arménie, de la Mésopotamie, du Kourdistan, de l'Irak-Araby, des pachalicks de Trébisonde, de Sivas, d'Adana, de Marach, qui renferment une popuhition de 16,050,000 habitants.

La Turquie d'Afrique est formée de l'Egypte, de Tripoli et Fezzan, de Tunis, (jui renferment 3,800,000 habitants.

Si la Russie s'appropriait tout le littoral de la mer Noire, depuis Odessa jusqu'au Rosphore, et depuis le Rosphore jusqu'à Trébi-onde; si elle s'appropriait Varna, Schumla, Andrinople, Gonstantinople; si elle s'appropriait la pleine possession des Rouches du Danube ; si elle s'appropriait le pouvoir de fermer la mer de Marmara ; si elle s'appropriait les châteaux des Dardanelles, à cet accroissement du territoire et de la puissance moscovite, l'Autriche trouverait-elle une compensation équivalente dans une extension de territoire qui lui serait offerte en Servie, en Valachie, en Ruigarie? L'Angleterre trouverait-elle une compensation éjqui-

valente dans la prise de possession de l'Egypte ? La France trouverait-elle une compensation équivalente dans l'annexion à l'Algérie des régences de Tunis et de Tripoli, et dans la possession exclusive ou dans le protectorat commun des Lieux Saints? (1) Un tel partage de l'empire ottoman aurait-il lieu d'abord sans défense de l'empire partagé, et ensuite sans rivalité et sans combat entre les puissances copartageantes? Que ferait-on des 21,000,000 de musulmans qui existent sous des noms divers? Les vouerait-on à l'extermination ? Qui se chargerait de l'accomplissement de cette œuvie et à quel titre aurait lieu cette extermination? Serait-ce à titre de tolérance religieuse et de civilisation exemplaire ? Se contenterait-on de les repousser et de les parquer en Asie ? (2) Où et comment? Ne serait-il donc pas

(1) « Dans quelques années, la Paissie aura Constantinople, la plus grande partie de la Turquie et toute la Grèce. Cela me paraît aussi certain que si la cliose eût déjà eu lieu. Presque toutes les cajoleries d'Alexandre à mon égard avaient pour but de me faire consentir à effectuer ce projet. Je m'y opposai, prévoyant que l'équilibre de l'Europe serait détruit. D'après le cours naturel des cLoses, dans quelques années la Turquie tombera au pouvoir de la Russie. La plus grande partie de sa population est grecque, et l'on peut dire que les Grecs sont Russes. Les puissances qui eu souffriront et qui pourraient s'y opposer sont l'Angleterre, la France, la Prusse et l'Autriche.

» Quant à l'Autriche, il sera très facile à la Russie de l'engager à embrasser sa cause, en lui donnant la Servie et d'autres provinces limitrophes des Étf.ts autrichiens qui s'étendent jusque près de Constantinople.

» Si jamais la France et l'Angleterre s'allient de bonne foi, ce sera pour empêcher l'exécution de ce projet. Mais cette alliance même ne suffirait pas. La France, l'Angleterre et la Prusse i-éunies ne sauraient s'y opposer, La Russie et l'Autriche pouiTont l'effectuer en tout temps.

» Une fois maîtresse de Constantinople, la Russie a tout le commerce de la Méditerranée, devient une grande puissance maritime, et Dieu sait ce qu'il en peut résulter ! Elle vous cherche querelle, fait marcher sur l'Inde une armée de 70,000 bons soldats, ce qui n'est rien pour la Russie, y joint 100,000 canailles de Cosaques et autres Barbares, et l'Angleterre perd l'Inde. De toutes les puissances, la Russie est la plus redoutable, surtout pour vous (Anglais) ! Ses soldats sont plus braves que les Autrichiens, et elle peut en lever autant qu'il lui plaît. En bravoure, les soldats Français et Anglais sont les seuls qu'on puisse leur comparer. Tout cela, je l'avais prévu. Je vois dans l'avenir plus loin que les autres; aussi, je voulais opposer une barrière à ces Barbares en rétablissant le royaume de Pologne, et en mettant sur le trône Poniatowski; mais vos imbéciles de ministres ne voulurent point y consentir ! ... »

(l'empereur Napoléon en exil, ou l'Écho de Sainte-Hélène, par O'Méara.)

[2) Les Ottomans ne se maintiendront ni dans l'Asie-Mineure, ni dans

au moins aussi facile el aussi juste que les Grecs qui préféreraient la domination russe à la domination turque quittassent volontairement la Turquie pour aller s'établir en Russie? Il suffit de poser ces questions pour faire voir que le partage européen de l'empire ottoman ne saurait avoir la prétention d'être une solution, car il lui manquerait d'être matériellement et moralement possible.

Mais le partage européen de la Turquie fût -il, ce qu'il n'est pas, praticable, ce partage laisserait subsister tout entière la question primitive qui a servi de prétexte ou de motif à l'ambassade extraordinaire du prince Menschikoff à Constantinople, à l'invasion par l'armée russe des Principautés danubiennes, et, par suite, à la rupture de tous les rapports entre le czar et le sultan. Cette question, c'est celle de l'usage des Lieux-Saints; celte question, c'est celle de savoir comment et par quels moyens mettre un terme à la rivalité entre les Latins et les Grecs ; entre les Latins, dans lesquels se personnifie la France, el les Grecs, dans lesquels se personnifie la Russie ?

Il y a du vrai dans ces paroles de M. Poujoulat : « La question des Lieux-Saints n'est certes pas toute la question d'Orient ; car l'Angleterre, si intéressée dans les affaires de l'empire ottoman, se place en dehors du débat pour la question des sanctuaires ; mais la question des Lieux-Saints est une partie très considérable et tout à fait capitale de la question d'Orient; elle se mêle à ses plus intimes profondeurs » (1).

La même opinion est exprimée par M. Famin : « La question des Lieux-Saints, loin de descendre, ainsi qu'on l'a prétendu, aux infimes proportions d'une querelle locale, à laquelle la France ne saurait attacher qu'une importance transitoire et de dernier ordre, mérite, au con-

la Syrie, ni dans l'Egypte, lorsque les Russes, maîtres de la Crimée, du phare de la mer Caspienne, le seront aussi à Constantinople. (l'empereur. Mémorial de Sainte-Hélène.)

(1) POUJOULAT. La France et la Russie à Constantinople.

traire, d'appeler constamment sa sollicitude et sa sympatiiie, non pas seulement parce qu'elle intéresse sa foi et ses croyances, ou qu'elle lui rappelle tant de glorieuses traditions de son histoire, mais encore parce que sa politique, sa prospérité et le rang qu'elle occupe dans le monde lui en font une loi » (1).

On appelle Lieux-Saints les églises construites sur les lieux où se sont accomplis les principaux événements de la vie de Jésus-Christ.

Voici ceux qui attirent encore aujourd'hui les pèlerins:

1® A Nazareth, l'église de l'Assomption. — Aux catholiques;

2° A Bethléem, l'église de la Nativité. — A toutes les communions chrétiennes;

3° A Sichem, l'église de la Samaritaine sur le puits de Jacob. — Détruite;

4° A Gana, l'église ou Jésus-Christ changea l'eau en vin.

— Aux Grecs;

5° A Tibériade, l'église où saint Pierre reçut ses pouvoirs de Jésus-Christ. — Aux catholiques;

6° A Jérusalem, l'église de la Présentation. — Aux musulmans;

7° A Jérusalem, l'église de la Flagellation. — Aux catholiques;

8° A Jérusalem, l'église du Saint-Sépulcre. —A toutes les communions chrétiennes;

9° A Jérusalem, l'église des Apôtres. — Aux musulmans;

10° Au mont des Olives, l'église de l'Ascension. —Aux musulmans;

11" AGelhsemani, l'église où est le tombeau de la Vierge.

— A toutes les communions chrétiennes;

12" A Gelhsemani, la grotte de l'Agonie. — Aux catholiques;

(1) CÉSAR FAMIN. Histoire de la rivalité et du protectorat des Eglises chrétiennes en Orient.

13° L'église de Saint-Jean-Baptiste. — Aux catholiques;

14° L'église de la Décollation, à Sébaste. — Aux musulmans.

Jérusalem compte 15,000 habitants.

La population chrétienne y est comprise pour 3,390 habitants, savoir :

Grecs 2,000

Catholiques Arméniens, Koptes . . .

Syriens. . .

Abyssiniens

Le nombre des pèlerins est évalué à 12,000 par an. Ce sont presque tous des Grecs ou des Arméniens. Les catholiques comptent à peine, dans ce nombre, pour le chiffre de 80. On voit à toute heure leurs groupes nombreux occuper le parvis de l'église du Saint-Sépulcre, attendant qu'il plaise aux Turcs d'en ouvrir les portes.

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