‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 51 sur 116 · XL VIII · texte numérisé non relu

XL VIII

25 novembre 1848.

L'historien du général Cavaignac, « a qui ^UL homme en » FRANCE NE PEUT ÊTRE COMPARÉ, » n'a pu lui trouvor qu'uu pauvre petit combat qui était passé presque inaperçu ; nous allons tâcher de suppléer à ses réticences.

11 est vrai que, bloqué pendant longtemps à Tlemcen et à Médéah, ou placé la plupart du temps en sous-ordre, le général Cavaignac a manqué d'occasions pour déployer la rare capacité qu'on lui attribue.

Mais lorsqu'il a pu prendre quelque initiative, il faut savoir quel en a été le résultat. Or, le bataillon de M. Montagnac, qui fut en entier détruit, appartenait à son commandement, et ce désastre n'est pas le seul dans lequel il aurait une part de responsabilité. C'est à lui seul que revient celle de la perte de deux cents malheureux convalescents qu'il envoya, sans aucune escorte, renforcer le fort d'Aïn-Témouchen, et qui, dès le second jour de marche, entourés par une nombreuse cavalerie, furent obligés de mettre bas les armes.

Dans le même temps, le général s'étant porté lui-même du côté de Djemma-Ghazaouat, fut attaqué dans la montagne de Trara, et forcé de rétrograder avec une perte assez considérable. Le panégyriste a oublié cela, et nous en sommes surpris; car son héros, dont il est si attentif à peindre tous les sentiments, toutes les impressions, fut profondément affligé de ces deux échecs.

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Enfin, on aurait dû ajouter qu'à son départ d'Alger pour Paris, i'ex-gauverneur, qui s'était niDutré si faillie, si irrésolu entre les divers partis, n'a été accompagné au port que par quelques officiers supérieurs et quelques fonctionnaires esclaves du devoir. Tout le monde se souvient encore, en Afrique, du silence expressif que garda la population sur son passage.

26 novembre 1848.

On a donné la preuve h la tribune de l'Assemblée nationale que la brochure les Prétendants devant le peuple était l'œuvre d'un employé au secrétariat du général Cavaignac, du nom de Monginot. lequel, par suite de cet excès de zèle, aurait été expulsé de ses fonctions après une sévère réprimande.

Comment concilier cette sévérité avec le fait suivant ? Le 15 novembre, une personne, dont nous pourrions citer le nom et l'adresse, a été reçue en audience particulière par le général Cavaignac. Au même moment, on apportait au chef du pouvoir exécutif un ballot de brochures dont il donna l'ordre à son secrétaire de payer immédiatement le montant. Puis il distribua quelques-unes de ces brochures à ^n entourage, entre autres à la personne que nous avons citée.

Or, quelle était cette brochure? — Les Prétendants devant le peuple.

Que M. Cavaignac nie le fait, s'il l'ose ! Nous sommes en mesure d'en prouver la rigoureuse exactitude.

L'honorable M. Dufaure, interpellé sur une ignoble brochure qui se distribuait à Thôtel même de la présidence du conseil, répondit que l'auteur de ce libelle, M. Monginot, l'un des secrétaires de M. Cavaignac. était destitué depuis cinq jours.

M. Minginot aurait donc été destitué le dimanche 19 novembre.

Si le lait est exact, M. Mr»nginot est le plus reconnaissant, le plus désintéressé et le plus géné.eux des secrétaires méconnus, car le mardi 21 novembre il faisait commander un nouveau tirage de VINGT MILLE exemplaires de sa brochure.

Ce tirage a coûté 145 francs. Le prix a été acquitté contre livraison,

Un officier dont nous croyons devoir taire le nom nous écrit : « Il vient d'être envoyé dans tous les corps, à raison » de deux exemplaires par compagnie, une biographie de » notre illustre général Cavaignac. De sorte qu'aujourd'hui » nous sommes appelés à instruire le soldat, non pas sur » les différents règlements, mais bien sur les hautes vertus y> et les grandes capacités militaires du général Cavaignac. » Lisez, et vous verrez qu'à lui seul est due l'entière paci- » fication de l'Afrique et le bonheur dont jouit la France. » Quelle affreuse dérision ! Voilà donc les officiers courtiers » d'élections ! »

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