ÉLECTEURS DE LA CAMPAGNE
« Vos pères ont choisi Napoléon, sans s'inquiéter de ses ancêtres. Imitez leur sagesse, nommez Cavuignao, qui est le tils de ses œuvres, mais qui s'est concert de gloire en Afrique, qui nous a délivrés de l'anarchie, qui nous a gouvernés avec fermeté et avec prudence.
» Cavaignac a un avantage que iCarait pas Napoh'on. Plein de modestie et de patriotisme, il ne songe qu'au bien de la France, il est exempt d'ambition. Loin d'a'ipirer à fiire awjmenter son pouvoir^ il a toujours cherché â le diminuer. »
Preuves : Son refus, le 24 juin 1848, de remplacer la Commission executive, de quitter le ministère de la guerre, de saisir et d'exercer la dictature! Son vote, le 7 octobre, contre la nomination du président de la République par l'Assemblée constituante ! Sa démission de chef du pouvoir exécutif pour se conformer à l'article 45 de la Constitution !
Chaque jour voit éclore une manœuvre nouvelle. Une demi-douzaine de limiers de police, porteurs d'un factum imprimé, parcouraient le faubourg du Temple en criant à tue-tête : Désistement de Louis-Napoléon Bonaparte. C'est beaucoup trop tôt, mes amis, leur a dit un ancien militaire décoré, à larges épaules, qui a dispersé ces misérables. Une douzaine d'honnêtes ouvriers se sont mêlés de la partie, et bonne justice a été faite.
Un de nos lecteurs nous signale le fait suivant : « Passant sur la place du Carrousel, je fus arrêté par la foule amoncelée autour d'un physicien ambulant, proposant de prédire
à chacun son avenir moyennant dix centimes; plusieurs militaires, quekjues travailleurs et aussi quelques femmes répondirent à l'appel. Poussé par je ne sais quel instinct de méfiance, je voidus aussi connaître ma destinée. Or, dans l'angle d'une rue, après quelques phrases banales et insignifiantes, le devin m'annonça que « de grands malheurs » fondraient sur moi et sur ma famille si, aux prochaines » élections, je nommais président de la République louis- » NAPOLÉON BONAPARTE. Le général Cavaignac seul peut » sauver la France. »
«Immédiatement après, je me suis assuré que la même prédiction avait élé faite aux braves militaires, aux ouvriers et aux femmes.
» Ce physicien avait obtenu sans difficulté le n° 1, afin d'exercer librement sa profession. »
La Presse est un indigne journal ! Oser supposer que l'éditeur du Diable à Paris, de la Bouillie de la reine Berthe, etc., etc., etc., que M. J. Hetzel enfin, que M. Hetzel, aujourd'hui secrétaire-général au département des affaires étrangères, soit pour quelque chose dans les centaines de circulaires et de libelles illustrés qui s'impriment contre Louis-Napoléon Bonaparte, au profit de Louis-Eugène Cavaignac, c'est une calomnie : M. J. Hetzel ne connaît même pas M. Hildephonse Rousset ! Pouah ! comme dit le National.
Pouah! en eff"et, est le mot qu'a adopté le National! Pouah ! quel mot heureux ! cela vous dispense d'avoir raison ! Pouah! cela vous dispense d'avoir de l'esprit! Pouah! enfin, cela répond à tint, comme vous allez voir.
Oii lit dans le National :
<( Le général Caviiignac e-t accusé de payer les dettes de son père avec les fond- ?ecret-. — Voilà quelle- ordures les souteneurs de M. Louis Napoléon Bonaparte jjlteni à la face de son concurrent. Pouah! cela soulève le cœur. »
Eh bien! nous avons sous les yeux copie de la lettre
adressée à M.Cavaignac lui-même, le 19 novembre 1848, par la fille du colonel de Bruyn; celte copie est de la main même de M"® de Bruyn, qui nous autorise à la publier :
(( Paris, 19 no\^mbre 1843.
» Monsieur le général,
» Lorsque j'ai eu l'honneur, il y a deux mois, de vous demander de m'accorder les moyens de retourner en Belgique, je n'ai fait aucune allusion à la dette d'itonneur contractée par M. Jean-Baptiste Cavaignac, votre père, envers le mien, M. le colonel de Bruyn ; mais je vous avais adressé ma lettre par l'entremise de M"* Cavaignac, qui n'ignore pas que la position gênée de son mari à Bruxelles ne lui avait pas permis de payer le loyer de son appartement durant deux années.
» Au lieu de venir en aide à la fille d'un ami de votre père et d'accueillir favorablement une demande pour laquelle je reconnais n'avoir aucun droit légal, mais le plus haut titre moral, on m'a, en votre nom, adressée à des fonds spéciaux, dont je connais seulement depuis quelques jours la nature.
» A. DE BRrVN. »
Le National va-t-il encore s'écrier : « Pouah! cela soulève le cœur ? »
Lvm.
C'est spo>'TA\ÉME>T qu'un certain nombre de gardes nationaux sont allés chez M. Cavaignac pour le féliciter sur son succès de barreau , le 2o novembre. Comment en douter ?
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