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Nous recevons la lettre suivante :
« Bourgoin, 28 novembre 1848.
» Un comité s'est constitué à Bourgoin pour soutenir la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte. Ce comité a rédigé i;ne circulaire et l'a présentée à l'imprimeur de la localité, avec prière d'en faire l'impression. Cet imprimeur a répondu par un refus formel, et il a basé son refus sur ce que Vautorilé lui avait défendu de rien imprimer de favorable à la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte sans son autorisation. Ce n'est pas tout, un raembi'e du comité s'est alors transporté à la sous-préfecture, il a donné connaissance de la circulaire à M. le sous-préfet, et, chose qui ne peut se comprendre à l'époque où nous vivons ! ce magistrat, après l'avoir lue très attentivement, a répondu qu'il fallait faire trois copies de cette circulaire et les déposer, l'une au parquet du procureur de la République, la seconde dans les bureaux de la sous-préfecture, et la troisième à la préfecture, et qu'après l'accomplissement de cette formalité, on examinerait le point de savoir si l'autorisation demandée devait être accordée. Le comité, en présence de ce refus, a été obligé de s'adresser à un imprimeur de Lyon.
» Et c'est au moment où l'on répand à profusion dans les campagnes, dans les casernes, sur la voie publique , circulaires et biographies recommandant la candidature du général Cavaignac, c'est au moment où l'on écrit à tous les fonctionnaires d'un ordre inférieur de voter et de faire voter pour le général Cavaignac , que l'autorité se conduit ainsi, et qu'elle veut empêcher la majorité du pays de faire connaître sa pensée, son opinion sur l'acte solennel qui va s'accomplir. . .
» Pensez-vous, monsieur le rédacteur, que ce soit pour arriver à un pareil résultat que la révolution de février a été faite ? Je ne crains pas de le dii-e, jamais, sous la monarchie de 1830, un pareil acte de tyrannie et d'arbitraire n'a été signalé.
» Je vous adresse un exemplaire de la circulaire eu question, afin que vous puissiez parfaitement apprécier la moralité du refus qui a été fait. Vous verrez si cette circulaire renferme quelqiie chose de contraire aux lois, aux bonnes mœurs et à l'ordre public. »
Nous tenons celte lettre à la disposition de M. le ministre de l'intérieur, qui pourra la faire prendre en môme temps que l'affiche imprimée à Dinan par Bazouge.
Il n'est pas un abus de pouvoir devant lequel recule le
gouvernement qui veut, à tout j)rix, que M. Gavaignac soit nommé président de la République. Des volumes n"y suffiraient pas s'il fallait enregistrer tous les faits qui nous sont signalés. Le nom seul de Napoléon, même sur une affiche de spectacle, suffit pour devenir un titre de proscription; ce n'est pas croyable; cependant le fait est vrai.
Lisez :
" Fontainebleau, 30 novembre 1848.
» En vertu de je ne sais quelle circulaire, émanant du ministre de l'intérieur, yi. le préfet de Seine-et-Marne nous fait intei'dire la repré.-entation du drame intitulé Napoléon et Joséphine. Cet ouvrage, pour lequel mes artistes etmoia\ons fait de grands frais, est du petit nombre de ceux dont le titre peut stimuler la froideur du public. Cet acte arbitraire nous blesse donc non-seulement dans nos droits et notre liberté, mais il sacrifie nos intérêts et compromet notre existence , puisque la décadence des théâtres nous réduit à l'état le plus précaire ; nous espérons obtenir par la publicité justice d'un système d'intimidation contraire à la Constitution et à mes droits personnels. Je vous adresse ci-inclus les copies de deux lettres, l'une de M. le maire de Melun, l'autre du concierge du théâtre, qui a reçu l'ordre de nous en fermer les portes pour cette représentation,