PAIX OU GUERRE AUX JESUITES
14 novembre 1851.
Les faits suivants sont extraits de VUnivers :
« Ces jésuites, si odieux, tout le monde les appelle. Ici, les pères de famille se réunissent et font les fonds nécessaires pour leur créer un établissement; nous pourrions citer une ville voisine de Paris où plus de 200,000 fr. furent ainsi ramassés en moins de vingt-quatre heures. Là, les conseils municipaux s'assemblent pour aviser aux moyens d'avoir ces religieux. « Si vous ne nous envoyez pas vos pères, écrivait un maire à » l'un des supérieurs des jésuites du Midi, vous nous verrez arriver, avec » notre garde nationale, tambour en tête, pour les prendre. « Dans leur seule province du Midi, les jésuites ont aujourd'hui douze grands collège» en pleine activité ; le nombre de leurs établissements, dans la province du Nord, ne doit pas être moindre, et comme la Compagnie est encore trop peu nombreuse pour faire plus, elle a dû refuser plus de quarante demandes. »
Le 3 mai 1845, M. Tiiiers, déposant un ordre du jour motivé, obligeait M. Guizot. par un vote de la Chami^re des députés , de chasser les jésuites de France et de fermer leurs maisons. Alors ils ne possédaient, dans toute la France, que vingt-sept maisons et n'étaient qu'au nombre de quatre à cinq cents. M. Thiers, à qui les jésuites faisaient tant de peur en 1845, sous le règne de Louis-Philippe, n'en a plus peur à présent que le nombre s'en est considérablement augmenté, et que M. de Montalembert règne et gouverne.
M. Thiers, s'il le peut, expliquera cette contradition de sa vie politique.
Quant à moi, les jésuites ne me font pas plus peur en 1851 qu'en 1843, à la condition que les jésuites ne s'appelleront pas Monopole, et qu'ils s'appelleront Liberté.
Si les jésuites sont le Monopole, guerre au monopole, guerre aux jésuites.
Si les jésuites sont la Liberté, paix à la liberté , paix aux jésuites.
Mais les jésuites ne sont pas la liberté, lorsque les instituteurs sont l'objet de poursuites et de persécutions qui rompent l'équilibre et suppriment le contrepoids nécessaire.
La liberté que je demandais, en 1845, pour les jésuites, je la demande donc, en 1851, pour les instituteurs et au même titre.
Qu'on y réfléchisse !
Qu'est-il arrivé de la guerre faite, en 1843, aux jésuites? C'est qu'on n'a fait que préparer le triomphe dont ils abusent.
Qu'arrivera-t-il de la guerre faite, en 1851, aux instituteurs? C'est qu'on prépare pareillement le triomphe dont il est à craindre qu'à leur tour ils n'abusent aussi.
Toujours l'abus, jamais la liberté; toujours l'excès, jamais le droit. Ainsi s'explique comment , en France, la fin d'une réaction est toujours le commencement d'une autre.