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IV. GRAND-LIVRE DE LA DETTE HYPOTHÉCAIRE

Ces quatre pierres angulaires de l'édifice social posées, on peut déjà entrevoir comment l'oidre succédera au chaos, la clarté à Tobscurité, le savoir à l'empirisme : comment le gouvernement sortira de rornière où il est menacé de ver-

ser, pour s'acheminer sur une roule meilleure ; quels éléments concourront à dresser une mercuriale du travail; quel complément exigeront nos institutions de bienfaisance et de prévoyance:— hospices spéciaux, hôpitaux communs, maisons de refuge, crèches, salles d'asile, ouvroirs, etc.; quelles réformes devront subir nos impôts pour donner à la population plus de bien-être, à la consommation plus d'élan, au travail plus d'activité, à Pagriculture une fertilité qui ne se laisse pas devancer par l'accroissement continu de la population, au crédit foncier ses véritables bases.

Le nom d"impôt est destiné a disparaître du vocabulaire de la Politique nouvelle.

11 ne doit plus y avoir dans l'avenir de contribuables, il ne doit plus y avoir que des assurés.

Le gouvernement sera Vassureur.

Ayant dans ses mains tous les moyens de contrôle efficace, il assurera contre les risques les emprunts hypothécaires, c'est-à-dire qu'il em])runtera aux capitalistes pour prêter aux propriétaires, et donnera de la sorte à ceux-ci le moyen de se libérer, sinon entièrement, du moins d'alléger le poids de la dette qui écrase l'agriculture, et de s'affranchir de cette tyrannie qui, pour être individuelle, n'en est pas moins implacable: la tyrannie de l'usure.

Il assurera contre les risques d'incendie, contre les pertes par suite d'épizooties, contre les désastres provenant de la grêle ou des inondations.

Il assurera dans certains cas de vie ; car développer les habitudes d'épargne et de prévoyance, c'est améliorer la condition commune et accroître la somme de garanties données à la sécurité publique.

Le principe de Tassurance ainsi comprise est un levier nouveau, dont toute la puissance, faute d'un point d'appui suffisant, ne s'est encore qu'imparfaitement ré« vélée.

Dès que l'État ne sera plus que le grand assureur national, tous les rapports changeront de peuple à gouvernement, car tout assuré qui porterait atteinte à la chose pu-

blique se porterait atteinte à lui-même ; tout assuré qui ne serait pasvéridique dans sa déclaration s'exposerait h perdre d'un côté ce qu'il espérerait gagner de l'autre. Toutq déclaration mensongère tombe dans le domaine de l'exception; le contrôle s'établit de lui-même. 11 n'y a de contrôles certains que ceux qui s'établissent ainsi par l'équilibre de deux intérêts opposés.

Ce n'est pas assez pour notre gouvernement d'avoir changé de forme ; il aspire encore à changer d'esprit.

Il était répressif, il sera tutélaire.

C'est en se perfectionnant successivement que la machine à vapeur est devenue presque inexplosible ; c'est également en se perfectionnant sans relâche qu'il a l'espoir de fermer l'ère des -révolutions, et d'ouvrir partout celle des républiques.

Peuples et gouvernements, nous vous faisons à tous cet appel : suivez-nous dans cette belle voie de la fraternité.

Vous dépensez, nous dépensons follement des sommes considérables à entretenir des armées exorbitantes et des vaisseaux de guerre inutiles, pourquoi? — Pour protéger tous notre indépendance qui n'est menacée par aucun. Dépense insensée, qui appauvrit les peuples sans enrichir les États :

Au lieu de fondre des canons et des boulets, de fabriquer des fusils, d'arracher à la charrue les bras les plus vigoureux, d'étioler les populations par le recrutement et par la guerre, ne ferions-nous pas mieux d'achever de toutes parts nos routes, nos canaux cl nos chemins destinés à transporter gratuitement le travailleur valide, du point où l'ouvrage manque à l'endroit où l'ouvrage abonde?

Au lieu de construire de superbes vaisseaux de ligne, qui coûtent d'immenses sommes, et qui sont hors de service avant que l'éventualité, en vue de laquelle ils ont été construits, se soit réalisée, ne ferions-nous pas mieux tous d'améiiorer nos ports et nos côtes, afin de rendre moins périlleuse la navigation marchande ?

Pourquoi le congrès européen qui, un jour où laulrc, sera

appelé inévitablement h délibérer sur les graves questions que soulève Tamélioration des classes ouvrières, ne déciderait-il pas que le moment est venu, pour toutes les nations, de n'avoir plus de force militaire que celle nécessaire au maintien de l'ordre, et déterminée par le chiffre de la population de chaque État? Pourquoi ne compléterait-il pas son œuvre en déclarant que chaque nation n'entretiendra plus désormais de bâtiments de guerre que proportionnellement au chiffre des bâtiments de sa marine marchande; que tous ces bâtiments de guerre formeront "en commun une assurance mutuelle de secours contre les pirates et les forbans, et autres risques maritimes ?

Peuples et gouvernements, ne dites pas que ce sont là des illusions ressuscitées du tombeau dans le déiire d'une révolution dont le cratère fume encore ! Avant que les chemins de fer, la navigation à vapeur, le télégraphe électrique fussent inventés; à une époijue où les questions de territoire étaient principales ; où les questions d'industrie et de commerce n'étaient pas môme secondaires; où, dans les balances du monde, un roi pesait plus que son peuple; où les provinces et les royaumes s'apportaient en dot; où l'esprit de conquête et les guerres de succession remplissaient toutes les pages de Thistoire ; où l'épée était souveraine ; où le crédit n'avait pas encore fondé son empire; avant ce temps, la paix européenne a pu, avec une apparence de raison, être traitée de chimère, non pas que l'idée de Henri IV ne fût juste, mais parce qu'elle était prématurée.

D'autres temps sont venus.

L'immense développement des travaux publics ; les exigences de bien-être chaque jour plus nombreuses et plus impérieuses ; la nécessité de donner à tout enfant, dans les limites de son intelligence, l'instruction voulue pour qu'elle acquière par la culture la jjiénitude de sa maturité ; h tout travailleur non valide et indigcntdessecours; à tout serviteur de l'Étal sa juste rémunération ; le devoir de passer le niveau sur les inégalités trop fortes qui existent entre les populations urbaines et les populations rurales, d'améliorer les

conditions de la salubrilé, de faciliter toutes les conimunications, de multiplier les canaux de la consommation ; tous ces droits de la démocratie, toutes ces dettes de la civilisation, imposent aux États des obligations sous le poids desquelles on les voit partout fléchir.

De notre côté n'est donc pas l'illusion, mais de votre côté est l'erreur.

Tout l'atteste :

Les tortures auxquelles l'Irlande est en proie sans que l'Angleterre puisse les apaiser autrement qu'en donnant la mort à ceux qui lui demandent du pain ;

La misère générale des classes ouvrières dans toutes les grandes villes de fabrique;

La gêne de tous les États, à l'exception d'un seul peutêtre, la Russie, grâce h ses abondantes mines d'or et principalement à l'immense étendue de son territoire, où les populations sont encore clairsemées.

Partout il importo, partout il est urgent que l'impôt cesse d'être détourné de sa véritable destination, et discontinue de servir de prime d'assurance payée à un risque qui n'existe plus, qui ne peut plus exister : la guerre.

Ce n'est plus la paix qu'il est essentiel d'assurer. c"est l'ordre !

La paix n'est pas menacée, l'ordre seul est en question.

11 est en question partout : donc, de toutes parts unissonsnous, de toutes parts aidez-nous à former la sainte alliance des peuples, qui doit fonder l'ordre et glorifier la paix!

Il se peut que ce langage ne soit pas celui que le gouvernement se propose de tenir.

S'il en tient un autre, nous croyons qu'il aura tort.

S'il s'attache péniblement à souder les morceaux des épées qu'il vient de briser, à rechercher, afin de les suivre. les traces d'un gouvernement tombé dans un goufli-e pour s'être égaré dans sa voie, une chute plus terrible ne tardera pas à lui faire expier sa méprise.

Nous pouvons tous èlre entraînés dans celte chute : nous

avons donc tous le droit, en même temps que le devoir, de l'avertir.

Les moyens qui eussent été bons il y a un mois, aujourd'hui seraient insuffisants.

Il ne faut pas visera faire du gouvernement rë(ju lier. mais du gouvernement extraordinaire.

Il ne faut pas donner h l'Europe le spectacle d'un cocher qui, transporté brusquement du siège de sa voilure sur le tender d'une locomotive, essaierait, armé d'un fouet, de réprimer les écarts de la machine aux narines de feu.

La République ne se nièue pas comme la monarchie. La monarchie peut aller sans se presser; il fout que la République aille vite et droit. Toute minute qu'elle perd est un danger qu'elle aggrave. Sa prudence doit se cacher sous l'audace, car, à visage découvert, la prudence serait prise pour de la peur.

Si la République paraissait avoir peur, elle n'étonnerait plus.

Si elle n'étonnait plus, ce serait une voix sans écho, un brasier sans chaleur. Toutes les sympathies se refroidiraient.

L'isolement se ferait autour de nous.

C'est le danger qu'il faut conjurer à tout prix ; car ce serait la guerre sur nos frontières et le désordre dans nos rues.

Déjà un temps précieux, huit jours, ont été perdus ; on ne saurait trop se hâter de le regagner.

Qu'y avait-il donc besoin de destituer, de révoquer des fonctionnaires, plutôt trop empressés que trop lents à faire leur soumission?

Qu'y avait-il donc besoin d'envoyer des délégués pour révolutionner les départements qui se révolutionnaient d'eux-mêmes ?

Ce qui était urgent on ne l'a pas fait encore.

L'appel à la nation!

Le manifeste à l'Europe!

Ce qui était au moins inutile, on l'a fait :

On s'est jeté avidement sur toutes les positions, sur toutes les places, auxquelles on aurait dû s'abstenir de toucher,

afin que l'Europe et In Fronce vissent bien que ce n "étaient pas des amijitions. mais des principes qui avaient triomphé.

Nous ne voulons préciser aucun fait, citer aucun nom. mais de toutes parts nous entendons s'élever des clameurs et jaillir des sarcasmes.

La Répul)li(iue discréditée, la France serait perdue!

Ce cri d'alarme que nous jetons n'est pas celui d'un journal, c'est celui d'une sentinelle.

Un gouvernement vient de tomber sous un mot célèbre : La révolution du mépris. Malheur à nous, si le gouvernement qui vient de se fonder s'écroulait sous un autre mot qui se répand : La révolution du ridicule.

Organisez, ne désorganisez pas !

N'usurpez pas les places, méritez-les !

Créez-vous des titres qui vous illustrent: cela est plus pressé que d'abolir ceux que l'Histoire a consacrés, ceux que Napoléon signait le lendemain de ses immortelles victoires.

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