AVANT-PROPOS XI
et de Tunité. Mais les maximes empruntées directement aux traditions et à la vie demeurent l'essentiel, et nous ne nous faisons pas faute de déroger à quelqu'un des systèmes qui s'ébauchent dans notre esprit, quand il nous semble que telle maxime contraire possède, au regard d'une conscience délicate, une valeur supérieure.
Il convient d'autant mieux de s'en tenir à cette méthode et de la préférer à l'enseignement dogmatique de tel ou tel système philosophique, que ces systèmes mêmes, comme ceux que chacun de nous se forme, ne sont, en fait, que la réflexion des grands esprits sur les notions morales dont vit l'humanité. Kant le reconnaît, lui qu'on serait tenté de citer comme le type du pur spéculatif. Il part, nous dit-il, des notions morales communes. L'existence de la morale est pour lui un fait, comme celle de la science. Sa philosophie ne saurait viser à la construire, non plus qu'à construire les lois de la nature. Dans la Cintique de la raison piirCy il a expliqué comment la science est possible, c'est-à-dire intelligible : dans la Critique de la raison pratique, il réfléchit de même sur la morale telle qu'elle nous est donnée ; et il en dégage, à la manière du chimiste, les éléments essentiels, en les déterminant dans leur nature et dans leur rôle.
Les plus grands génies n'ont donc pas procédé, dans l'établissement de leurs systèmes de morale, autrement que le vulgaire. Il ne s'ensuit d'ailleurs en aucune façon que nous devions tenir leur œuvre
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pour inutile. Bien au contraire, nous leur demanderons tV autant plus de nous aider, selon la mesure de nolro intelligence, à comprendre et à organiser les notions morales communes, quand nous saurons que c'est précisément ce travail qu'ils ont eu en vue dans leurs sublimes constructions.
Quel est au juste l'objet que nous devons nous proposer dans notre réflexion sur les idées morales communes? Ici encore considérons l'homme réel, aux prises avec Les conditions réelles de Texistence. Les problèmes qui se posent devant lui ne ressemblent pas à ceux qui s'offrent au savant. Le savant se trouve en présence de plusieurs hypothèses possibles : il s'agit pour lui d'en retenir une en éliminant les autres. Un principe pur de toute contradiction interne est ce qu'il se propose d'établir. Mais dans la vie pratique il s'agit, au contraire, le plus souvent, de concilier des partis qui, logiquement, paraissent contradictoires. Pour y réussir, tantôt on prend un moyeu terme, tantôt on cherche un terrain où s'atténuent les contradictions. Souvent on accepte une solution qui présente de réels inconvénients, parce qu'elle présente de plus grands avantages. L'homme d'action sait qu'en toute chose il y a du mauvais lié au bon, et il admet le tout en bloc, pourvu que le bon 1 emporte, lorsqu'il lui est impossible de faire le départ,
L'édurateur ne peut mieux faire que d'enseigner ce qui est en effet l'objet de nos méditations dans la vie réelle* H recueillera les plus belles et solides expressions de la conscience morale, et, à l'exemple de
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