I. ETAT ACTUEL DE LA QUESTION
Le Christianisme n'est pas seulement une doctrine, ^î'est un fait. Rien n'est plus profondément historique. Tous les arguments donc que nous venons d'invoquer pour justifier l'Infaillibilité devant la foi pourraient servir à la confirmer devant l'histoire . Chacun des témoignages que nous avons empruntés à la tradition est lui-même un fait historique. Or, depuis saint Irénée jusqu'à Suarez, nous avons produit d'irrécusables témoins.
Qu*on les interroge, qu'on les confronte :
nous attendons sans crainte le résultat de l'instruction.
La situation des catholiques devant l'histoire nous paraît on ne peut plus simple et mieux indiquée. Ils n'ont dans le passé rien à redouter, rien à amoindrir, rien à cacher.
Possesseurs de la Vérité, ib n'ont qu'à la constater avec une honnêteté sereine. Lear conscience qui doit être plus éveillée, plus délicate que celle de tous les autres hommes, leur doit communiquer pour toute falsification, pour tout mensonge une horreur cent fois plus vive et plus profonde. Cette haine de la fourberie — qu'on le sache bien — a toujours été commune à tous les fils de la sainte Église : elle n'est pas, elle ne sera jamais te privilège d'une école. Que quelques misérables aient jadis manqué à cette grande loi ; qu'il y ait eu quelques exceptionis à cette grande règle, c'est un fait humain qu'il est malheureusement liap facile d'expliquer. Mais Dieu n'a point voulu que la Vérité eût jamais besoin de ces déformations de l'histoireplneTa pas permis. Les fausses décrétâtes, par exemple, sont, dans l'histoire de notre dogme, non-seulement une supercherieiufàme, mais une inutihté, unesuper-
fétatioa éviâente. A chacun de ces textes odiensement fabriqués, nons pouvons aisément en opposer vingt antres qui sont plus décisifs et d'une authenticité tout à fait lumineuse. C'est ce qu'on a fait cent fois avant nous j c'est ce qu'ici nous allons faire Qoe fois de plus. Et nous ajoutons que le devoir strict de ceux qui citent les fausses décrétâtes serait de citer, à côté d'elles, les textes véritables, les témoignages authentiques.
Deux mots encore, deux mots de préface nécessaire, relativement à une étrange erreur qui circule aujourd'hui dans un monde ignorant, et qui commence même à devenir un axiome aux yeux de quelques intelligences de bonne foi. Sans cette explication, tout ce que nous allons dire serait mal compris ou inutile.
Donc, on a dit, on a lépété que lesPapes' (les huit et même des dix ou douze premiers siècles ne se sont jamais adressés à l'Église universelle. On en tire cette conclusion habile que , comme une des conditions pour parier ex cathedra est de s'adresser
à toutes les Églises, « l'Itiraîllibilîté ne s'est réellement pas exercée durant les mille premières années de l'histoire ecclésiastique, a Mais des textes irréfutables détraisent cette assertion téméraire. On en citait plusieurs ces jours derniers dans uu Recueil qui ne peut être suspect de trop de complai- ' sauce pour la théorie de l'infaillibilité « personnelle » '. « L'acte de saint Damase (/rat;toria') condamnant le pélagianisme n'est pas parvenu jusqu'à nous. Il fitt adressé a toutes LES ÉGLISES DE l'obIENT ET D£ l'oCCI-
DENT.... » £t l'auteur le prouve par trois textes de saint Augustin ^. L'un d'eux pourrait s'appliquer aux actes les plus œcuméniques des Papes modernes : Vniversaliter ad oni/ies episcopos emanarunt.
Saint Damase formula « un sj'mbole contre les erreurs de Macédonius et d'Apollinaire. » Et « voilà un acte dogmatique, ajoute notre théologien, qui semble concerner l'Église universelle. Il est difficile de