‹ Questions historiquesChapitre 220 sur 258 · MÉMOIRE SUR L'ILE DE CUKI · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR L'ILE DE CUKI

proche pas dos I '20 000 écus d'or que, d'apivs lo lémoignagc (le (laiilacuzèiio, l'ilo payait à l'Empin' d'Oiiciil '. II est vrai (|iril Ile faut l'aire aucune comparaison entre riuipôl (ju'on [laye à un pouvoir national et celui qu'il faut payer à des étrangers. Ce i|ui rendait l'impôt si odieux aux yeux du peuple, c'est qu'il savait que cet argent était partagé entre les membres de la malione comme le revenu d'une ferme. Le peuple veut liien payer, quand il sait que son argent sera consacré à entretenir une armée, une flotte, un corps de juges, des écoles; ce qui lui répugne, c'est de voir cet argent enrichir des particuliers, c'est de voir cet impôt rester dans les mains de ceux qui le perçoivent. L'impôt le plus léger devient alors une charge insupportalde et la source d'une violente haine.

La domination génoise ne changea rien à l'état des personnes : l'homme libre resta libre, le serl" resta serf. Les Chioles reprochent aux .lustiiiiani d'avoir appesanti le sort des paysans, et surtout de les avoir attachés au domaine. Il est possible qu'ils aient proOté du servage, qu'ils l'aient développé même au lieu de le restreindre, mais certainement ils ne l'ont pas établi. Nous avons vu, par les chartes du monastère de Néamoni, ijue le paysan grec faisait partie du sol, se vendait avec lui, y naissait et y mourait, en un mot était un iinnu iible. Les Tiénois ne l'affranchirent pas; cela même eût été une atteinte portée à la propriété des Grecs.

Mais en vrais marchands ils se réservèrent le monopole du plus précieux produit de l'île, du mastic. Les paysans qui cultivaient les lentisques n'étaient en quehpie sorte que des fermiers; la récolle ne leur appartenait pas; ils travaillaient pour les Génois. Ils ne pouvaient pas disposer de la plu> petite parcelle de mastic; en vendre ou en garder quel(|uc peu que ce fût, était un crime de lèse-majesté, qui entraînait la

.l'or, la mi'mc somme qu'au temps des Byzantins, et il ajoute : « Était prélevé sur cette somme ce qui était nécessaire aux dépenses publiques; le reste était partagé entre les membres de la malione. en proportion de la part que cbarun d'eux avait dans les revenus de l'ile, les uns ayant I , les aiilres '2. d'autres jusqu'à 5 kar.ils. « — (^lialcondyle, liv. X : Rediliis habct iiisiita largksimos cl increiUbile est quanlas opes siippedilet iis qui illam regunl. I. Canlacuzène, édit. Niebubr, liv. II, c. 10.

peine de mort; celui qui couiiait un lentisque, même dans son champ, perdait la main droite; les chàlimenls étaient sévères en proportion de la facilité de la contrebande.

Les t'ortifications des villages avaient un double but, celui de protéger les paysans contre les attaques des pirates, et celui de faciliter la surveillance des Génois sur la récolle du mastic'. Deux membres de la raahone étaient chargés chaque année de celte surveillance'.

Ainsi , non seulement les Génois enlevaient au paysan sa plus belle récolte, mais pour la lui enlever tout entière ils étaient forcés d'exercer sur lui une violence de tous les instants, de l'enfermer dans son village comme dans une prison et de le menacer de lois inhumaines.

Quatre fois chaque année, tant que dura la domination génoise, la population Chiote fut systématiquement humiliée. Voici, d'après Jérôme Justiniani, comment se célébraient à Ghio les fêtes de Pâques, des Saints Apôtres, de jN'oèl et de la Girconcision. Le clergé grec et les principaux Ghiotes se réunissaient sur la place du palais du podestat. Là, un héraut, monté sur une estrade, lisait à haute voix quatre prières pour le pape de Rome, pour l'empereur d'Allemagne, pour la République de Gènes et pour la famille des Justiniani. Après chaque prière, des huissiers, armés de baguettes, ordonnaient au clergé grec d'abord, puis au peuple, de répondre par des acclamations. Les Ghiotes étaient donc tenus de ]irier pour le pape.

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