‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 50 sur 238 · EDOUARD DULL&ANS · texte numérisé non relu

EDOUARD DULL&ANS

n'irons pas aussi loin que M. Laughiin. Nous ne croyons pas qu'on puisse détacher la fonction d'étalon de la fonRIoo de moyen d'échange. La monnaie est une marchandise qui ne peut servir d'étalon que parce qu'elle est écbangeahie et qu'en fait elle s'échange. Historiquement la marchaudise-étaloo n'a jamais été exclusivement une commune mesure des valeurs : les hœufs dont parle Homère, les poissons secs qui en Islande, au xv* siècle, servaient d'étalon, avaient été choisis comme mesure de la valeur parce qu'ils étaient les hiens les plus recherchés et servaient par suite de moyens de paiement et d'échange. Logiquement, on ne peut concevoir une marchandise-étalon qui ne remplirait pas, dans certains cas, la fooclion de moyen d'échange; ifiëme dans les pays où te système des chèques et compensations est le plus perfectionné, la marchandise-étalon, l'or, sert encore, dans , une importante proportion, d'intermédiaire des échanges.

Des expériences négatives de vérificalion expérimentale on ne peut pas dire qu'elles infirment la théorie quantitative, mais seulement qu'elles ne la confirment pas; elles ne doivent pas nous amener & refuser à la monnaie toute influence sur les prix : ce serait là une exagération semhlahle à celle que commettent certains partisans de la théorie quantitative qui n'aperçoivent que le facteur monétaire et ne tiennent pas compte des autres causes générales de variation de la valeur d'échange de la mon- ^ naie. Tout ce qu'il nous semble permis de conclure des tentatives j de vérification expérimentale, c'estque l'iufluence de la monnaie l sur les prix, n'est pas exclusive et qu'elle n'est pas mesurable. . , L'inQuence .de ta monnaie sur tes prix n'est pas exclusive. C'est pour celte raison qu'il est si difficile d'isoler linQuence du

quantité» d'or el d'argent DOUT«llement prodaites c«inm« moyen d'dcbange. La companiaon entre le coût d'acquiaîtion da l'or et celai des aulrea marchandises, comparaisoa dont riiulte le prix, eat anlérieare * l'accroiMement du atock monfitaire : <• La modiflcatioa de la Taleur a lieu antérieurement, pour des causes existant arant l'earagialrement actuel des prix sur le cadran du commerce, et c'est elle qui détermiae ea râalitâ les prix auxquels les mofens d'échange se conforment ensuite comme une chose qui Ta sacs dire et comme un enregistreur des étintmenla ». Dans l'ordre des événemenla, l'éTaluatiou entre les marchandises et la monnaie mélalUqua a lieu avant que la comparaison entre les moyens d'échange nu masse de monnaie en circulation et la masse des transactions puisse être faite. L'éTsIuaUon précède l'échange : l'opération d'échange ne peut théoriquement ni pratiquement BToir lieu lanl que le taux d'échange n'a pas été fixé. La quanKté des moyens d'échange est l'elFet et no.n la cause de réralualion.

LA MONNAIE BT LES PRIX. iSt

fadeur monétaire et de ta mesurer. La hausse el la baisse des prix, jqui miisurent ta tiausse et la baisse de la valeur d'écliange de la monnaie, tiennent à des causes multiples el non à une cause unique. Le prii n'euprime-l-it pas la relation d'échange qui existe entre la monnaie et les marchandises? Comment alors faire abstraction de l'un des deux termes du rapport et des causes qui peuvent l'affecter, pour n'envisager exclusivement que l'autre terme et ne tenir compte que des causes qui sont spéciales à celui-ci? Les variations de prix et les variations inverses de la valeur d'échange de la monnaie peuvent s'expliquer par l'action de causes qui tiennent aux métaux précieux comme par ropération de causes qui en sont indépendantes, nous voulons parler des progrès techniques et économiques qui réduisent le coût de production et le coût de transport des marchandises.. Ainsi la hausse de la valeur d'éehange de la monnaie, qu'indique la baisse des prix, peut provenir soit d'une baisse de la valeur des marchandises, baisse due k ta diminution de leur prix de revient, soit d'une hausse de la valeur des métaux précieux, hausse due à une augmentation de la demande ou à une contraction de l'offre de ceux-ci, soit encore à la combinaison de ces deux ordres de causes agissant dans lé même sens. On 'pourrait être tenté de confondre ces deux causes parce que leur eflet est le même. Mais le même effet peut être produit par diverses causes, les unes provenant des marchandises, les autres des métaux précieux, mais qui, les unes et les autres, ont le même résultat : l'effet produit par leur concours doit être attribué non à l'une d'elles exclusivement, mais à leur combinaison.

On ne peut parler de contraction monétaire qu'en faisant des réserves; cette expression ne met en relief qu'un des deux aspects de la questioa : l'influence des variations qui ont pu se produire dans tes conditions de l'ofire et de ta demande des métaux précieux. H existe des causes particulières aux marchandises qui ont agi dans le sens de la baisse des prix :'Ia cause générale de baisse qui provient des marchandises n'est que la somme de ces causes particulières. La réduction du prix de revient d'un nombre considérable de produits a permis l'accroissement des quantités produites, accroissement qui, de son cdté, a eu pour effet un développement de la demande de moyens d'échange. Si l'on admet cette explication, une certaine somme

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de monnaie pourrait acheter une plus grande quantité de biens qu'auparaTaal : la cause première de cette variatiun du pouvoir d'achat de la monnaie surait la diminution du coût de production des marchandises et la cause seconde, l'accroissement de la \ demande des métaux précteui qui en est résulté.

Après avoir admis parmi les causes de la hausse de la valeur rl'échange de la monnaie la réduction du pHi de revient des marchandises', on doit se demander si des causes spécifiquement inélalliques sont venues contrarier ou accentuer celte tendance; on doit porter son attention sur la variation qui a pu se produire dans la valeur des métaux précieux, variation que nous allons maintenant chercher à préciser. Nous ne nous occuperons que de l'or et cela pour deux raisons :

1* Parce que M. Polier étudiera plus particulièrement la question de la valeur de l'argent et de ses variations.

2° Parce que la fonction d'étalon tend de plus en plus, à travers l'univers, à être réservée à l'or ; ce métal, tout en partageant av<;c d'autres moyens d'échange la fonction d'agent de circulation, tend à monopoliser celle de mesure de la valeur.

Les variations de la valeur des métaux précieux peuvent provenir soit d'un changement dans les conditions de l'offre (variation du coût de production ou des quantités produites), soit d'un changement dans la demande (variation de la consommation monétaire ou industrielle). On a en effet expliqué les variations de la valeur de l'or, les uns par un abaissement du coût de production, les autres par une modiflcation dans lesquantités produites, d'autres enfin par une variation de la demande. Pour savoir s'il y a eu variation et d'où cette variation provient, il nous faut considérer successivement d'abord l'offre, puis la demande.

L'offre des métaux précieux peut varier, soit en raison du coût de production, soit en raison des quantités produites. Les conditions de l'offre des métaux précieux peuvent varier en raison du . coût de production : une réduction de ce coût peut avoir pour

■ H. AmaBiii,daD( Le crédit, la monnaitet le change, p. 56, citada iiOnabrMn «lamples da cet traotrormations écoiioii)iqu«i. C'est le fret de la lonna de bli de Ne»-York an Havre qui, de 56 francs en 1879, tombe à 10 francs «n 1893: lasnbttilulion det méthodei de Beisemer et Siemens Uartin qoi opèrent la tTanifarmatian ditaole de la fonte en acier et font tomber le prii dei raila d'acier de 216 franca la tonna en 1879 à Ub en 1900 et dei acier* marchaDda et ipéciaui de 585 en 1679 k m fiança an 190O, etc.

résultat d'abaisser la valeur du mêlai. C'est ce qu'oui pensé certains écoaomistes qui ont vu dans la réduclion du prix de revient aoe cause générale de baisse pouvant s'appliquer aussi bien à l'or qu'aux autres marchandises : >< Pourquoi, a-l-nn dit', celle même réduclion du prix de revient (qu'on constate pour les autres marchandises) ne se serait-elle pas manifeslce aussi dans l'extraction des métaux précieux ? Et, s'il en est ainsi, comment le prix, c'est-à-dire le rapport entre la valeur des produits et celle des métaux précieux, pourrait-il élre modifié par une cause affectant également les deux termes du rapport ? » AI. Laughlio * estime que, par suite des perfectionnements des méthodes d'extraction et de traitement, il s'est produit une réduclion des frais de production de l'or, réduction qui a eu pour résultat une baisse de son coût d'acquisition et de sa valeur.

Y a-t-il eu réellement un abaissement des frais de production de l'or? et comment le coût de production a-t-il pu influer sur la valeur de ce métal? L'étude de M. Brocard sur les frais de production de l'or nous permet de déterminer dans quelle mesure il est vrai de dire qu'il y a eu, pour l'or, abaissement des frais de production. Tout d'abord il ne convient pas, comme le montrera M. Brocard, de parler de coâl de production en général, mais de frais de production moyens : « Les frais de production d'une mine ou d'un ensemble de mines ne sont en effet qu'une moyenne entre les frais de production de différents minerais dont la teneur el les conditions d'exploitation varient ou peuvent variera chaque instant. Or,iL mesure que les frais de production moyens tendent à diminuer par l'effet de l'amélioration des méthodes d'extraction et de tr^illemeat, les Compagnies minières en profitent pours'attaquer à des minerais plus faibles ou d'une extraction plus difficile, ce qui accroît d'autant les frais de production moyens* ». C'est I& une moyenne perpétuellement changeante et flottante. On ne peut donc pas parler, pour l'or, d'un abaissement général et permanent du coût de produc-

t Olde, BulUtin bibliograpkiqut de la Pevue iTéeonoinie politique, décembre

* LaoghliD, op. cit., p. 343.

* Bcocacd : ■ Malgré U teodanee certaine i la réduction dei frais de la produc- Uon d« l'or, ce* frais mbi«t«Dt, poar la mimt mine on l« même groupe de mine», de* tearlt cooridArable* tantStdana le sens de la hausse, lanUt dans le seos de la baiue, *î bien que leur moyenne «I perpélaellMnenl chiDgetnte el flnt4«nle >.

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lion, mais seulement d'un abaissement momentané et instable des frais de production moyens. Cet abaissement, quand il se produit n'a pas pour résultat de diminuer le coât d'acquisition de l'or, mais de développer la production, de l'étendre à des mines et à des minerais d'ordre inférieur et, par suite, de relever le niveau un moment abaissé des frais de production moyens : il n'a pour effet que de créer une rente au profil de certaines mines et de certaines régions minières '.

Ainsi une baisse du coât de production de l'or se traduit : i" par une rente auprofitde certaines mines et non par un abaissement du coût d'acquisition ;

2' par une augmentation àes quantités produites et l'exploitation de mines et de mioerais moins riclies.

Mais alors, dira-t-on, le coût de production, qui n'a pas une inQuence directe sur la valeur de l'or, va en exercer une indirectement par suite de l'augmentation des quantités offertes? L'accroissement des quantités produites n'a pas pour effet nécessaire une baisse de la valeur de l'or. D'abord, pour les métaux pré- ' cieux, la production annuelle n'a pas, au point de vue de l'offre, la même importance que pour les autres marchandises : en 1902, le stock -d'or mondial s'élevait à 26.900 millions et la production annuelle à 1.533 millions, soit seulement au 1/17* du stock. Mais surtout, dans la constitution delà valeur de l'or, l'offre est un Tacteur moins important que la demande : l'or n'est pas un bien économique qu'on puisse produire en quantités illimitées et sa valeur dépend moins du coût de production que de la demande. Des trois hypothèses pouvant expliquer la variation de la valeur de l'or (réduction du coût de production, accroissement des quantités produites, développement de la consommation], la troisième seule, qui fait intervenir la demande, nous parait exacte.

La demande est le facteur déterminant de la valeur de l'or. A cette inQuence prédominante de la demande, il est une raison permanente et une raison temporaire, une raison de nature et

< LeTasisuT, La question d« Vor, p. 139 : ■ La thiori« de U rente l'appliqae auui bien à l'eiploilalion dct minei... le coAt de prodaction e»l dilerminé par le prii de rerient à la raine la plui pauvre. On doit entendre par coût de production le prix de reTient daa* la mine le moin» avantageuMOient exploitée ■. Brocard : • Cerlaînei région» inimères, certaines minai dans la mfme région et certain» roinerais dans la même mine jouissent d'une Téritable rente qui se déplace et Tarie sanscesse. Les Tarialions de cette rente paraîsseat devoir échapper! toale mesure».

LA MU.N.NAIE ET LES PRIX. ' liS

uoe raison de momenl. Il esl une raison permanente et eq effet, par la nature même de sa Toaction monétaire, l'or est l'objet d'une demande générale et illimitée si l'on peut dire, tandis que les marchandises ne sont l'objet que d'une demande particulière et limitée : l'or répond à tous les besoins puisqu'il sert de moyen d'échange, tandis que la demande de toute autre marchandise se limite aux besoins salisfails par son utililé particulière. A l'influence prédominante du facleur demande sur la valeur de l'or, il est aussi une raison de moment. Pendant les vingt-cinq dernières années, des besoins nouveaux ont accru la demande monétaire et ta demande non monétaire de l'or : démonétisation di; l'argent et adoption de l'étalon d'or par de nombreux pays, développement de l'activité économique et des transactions, extension de la circulation fiduciaire et accroissement corrélatiTde l'encaisse des grandes banques d'émission, développement enfin de la consommation industrielle. L'accroissement de la production annuelle de l'or, production qui de 160.000 kilos en 1880 s'élève en 1903 à 494.000 kilos, c'est-i-dire à plus du triple, ne parait pas avoir pu contrebalancer l'augmentation du besoin d'or. Un seul des Tacteurs de la demande de ce métal, les encaisses des grandes banques que nous avons évaluées à 14 milliards et dont les plus importantes sont de formation récente, égalent la production de douze années (1891-1902). Le monnayage de l'or pour les vingt-trois dernières années (1880 à 1902) s'est élevé à 23 milliards et la consommation industrielle annuelle est passée de 90.000 kilos en 1885àl21.6ig en 1902: l'industrie a consommé, en 1902, pour une valeur de 418,9 millions d'or contre 300,9 en 188S. Il y a donc eu à la fois accroissement de la consommation monétaire et accroissement de la consommation industrielle de l'or; cet accroissement parait avoir dépassé l'accroissement la production annuelle' : c'est en ce sens qu'on peut parler de

< Si l'on Tent exprimer soas une rorme simpliste la diaproporlion entre l'offre el la demande d'or pendant les Tingt-cinq dernières «nnAes, on peat représenter l'offre par la prodoction annuelle, la demande par le monnayage et la coneommalioo iodustrielle :

On a d'un cûU production I1S80-I9CI2)

de l'antre : l" consommation indastrielle

2* monnayage

DigilizedbyGoOgle

126 Couard dollëans.

coDtr^clion monétaire. Il semble résulter des faits que la hausse de la valeur d'échange de la mnouaie, que révèle le mouvement des prix, esl due à l'abaissement du prii de revient des marchandises et à l'accroissement de la consommation monétaire et industrielle du métal jaune.

Il ne suffit pas de dire qne l'inQuence de la monnaie sur les prix n'est pas exclusive; il faut ajouter qu'elle n'est pas mesurable. Il n'est pas permis d'affirmer qu'étant donnée la compleiité du problème, une vérificalion quanlilative de cette influence ne sera jamais possible ; mais aujourd'hui, en l'état de nos connaissances, la recherche d'un rapport statistique entre les variations du fadeur monétaire et les variations des prii rencontre, comme nous avons essayé de le montrer, des obstacles dirimanls. Lorsque nous avons cherché à mesurer, d'une part, les variations de» stocks monétaires et de la vitesse de circulation de la monnaie et, d'autre part, le volume des transactions et le besoin de numéraire, noire analyse quantitative s'est heurtée, soit & des évaluations contradictoires (stocks monétaires), soit à des évaluations arbitraires (masse brute et masse nette des transaclioDS), soit même à des évaluations impossibles (vitesse de circulation).

Quand nous avons voulu faire la synthèse de ces résultats fragmentaires, nous nous sommes trouvé en présence d'évaluations particulières non gêné rai isfibles et sans commune mesure entre elles : nous ne nous sommes pas cru autorisé à nous servir, pour les rapprocher et les comparer, d'évaluations glot>ales fondées sur des bases si fragiles qu'elles n'auraient eu aucune rigueur ' scientifique. Nous avoos dû nous résigner à des conclusions plus modestes que celles que permettraient d'espérer certaines formules de la théorie quantitative : il faut se contenter d'accepter celte théorie sous sa forme simpliste, sous sa forme de constatation générale et vague d'une relation entre la quantité de monnaie et les prix sans que les faits permettent de préciser cette relation quantitative.

(en BuppoMnt de 1880 i )902 une conMmmalioa industrielle moyenne de iOO.000 k.).

BIBLIOGRAPHIE

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