CHAPITRE PREMIER
HlneralB et glmnenta de l'argeol.
L'argent se présente dans la nature tantôt à l'état natif 6t tantôt à l'état de composé avec une grande variété d'autres corps tels que le soufre, le chlore, le plomb, le cuivre, le zinc, l'or, le mercure, etc. Ces combinaisons naturelles sont en nombre très considérable, mais elles sont plus ou moins répandues et il' n'est besoio ici de s'occuper que de celles qui offrent, par leur abondance même un intérêt économique évident. Je ne signalerai donc que les espèces courantes de minerais d'argent. On peut les diviser en deux catégories : Ce sont :
I* Les minerais où l'argent se rencontre comme élément principal, c'est-à-dire ceux dans lesquels l'argent se trouve dans des proportions telles qu'il peut être l'objet unique du traitement métallui^ique.
2* Les minerais dans lesquels l'argent n'existe qu'à titre A'élément secondaire, c'est-à-dire ceux qui offrent un intérêt métallui^que aussi bien au point de vue de l'argent que d'un ou de plusieurs des autres éléments composants.
Parmi les minerais du premier groupe, les plus importants sont les suivants :
a) L'argent natif.
Il se présenle ea cristallisatioas, sous la forme de cubes, d'octaèdres, de dendriles, de fils, de lamelles, d'écaillés, de pépites ou de plaquettes massifs. Parfois il a été trouvé en blocs coasidérâbles de plusieurs dizaines de kilogrammes. On eo cite quelquesunes de plus de 200 kilog. el l'oa rapporte même qu'il en fut extrait, au xviii* siècle, une masse de 697 kilogrammes. Le plus souvent, il est uni à d'autres métaux, avec l'or par exemple comme il arrive dans le filon de Comstock (Nevada). C'est alors Vélectnim des anciens — ou encore avec le mercure ou avec le cuivre. L'argent natif est loin d'être la forme la plus commune des minerais d'argent. On le rencontre cependant dans plusieurs gisements : à Kongsberg eo iNorvège, dans l'Erzgebirge, eo Saxe, au lac Supérieur dans l'État de Micbigan, dans le Nevada, au Mexique (Balopilas), au Pérou [mines de Coronel el de Loyse), au Chili, en Bolivie, en Australie (Broken-Hill, dans la Nouvelle-Galles du Sud).
b} L'aryent sulfuré.
Ce minerai est un composé dans lequel l'argent entre environ pour 87 0/0 et le soufre pour 13 0/0, avec en outre de très petites quantités de plomb, de fer, de cuivre. 11 constitue une forme très importante des minerais d'argent; on la rencontre surtout au Mexique (mines de Guanaxuato elde Zacalecas), au Pérou, au Chili, en Etolivie(minede Huanchaca), dans le Nevada, dans l'Erzgebirge, en France, à Giromagnj el à Huëlgoal.
c) L'argent chloruré.
Il comprend 75 0/0 d'argent et se présente sous une forme molle, comme ta cire. On le trouve, surtout dans les affleurements supérieurs des gisements, au Mexique, au Chili, au Pérou, en Bolivie, dans le Colorado (Leadville) et à Broken-Hill (Nouvelle-Galles du Sud.
d) Le cuivre gris ou tétraédrite.
Celui-ci est un minerai d'argenl que l'on rencontre très fréquemmenl. C'est une combinaison de sulfures de cuivre, d'argent, d'arsenic, d'antimoine, de zinc, de fer, etc.. 11 n'est d'ail-
leurs pas tout à fait exact de le classer parmi tes minerais où l'argent existe à l'état d'élément prédominant. En réalité, il occupe une place intermédiaire entre les minerais de la première catégorie et ceux de la deuxième. La teneur en argent y varie en effet de 31 0/0 à 1 0/0, et l'on remarque en général que dans ces variations l'argenl et le cuivre se remplacent mutuellement, de sorte qu'à mesure que la proportion d'argent augmeate, celle du cuivre diminue et ioversement '.
Une remarque générale est ici nécessaire : la plupart des minerais d'argent mentionnés ci-dessus ne se rencontrent pas d'habitude les uns à l'exclusion des autres, mais bien plutôt tous ensemble dans les mêmes gisements. Les affleurements supérieurs coDtienaenf l'argent chloruré, l'argent bromucé, l'argent Datif; plus bas, dans les parties profondes, on rencontre les combinaisons de l'argent avec le soufre, l'arsenic, l'antimoine ^. Il en résulte celte conséquence, économiquement et techniquement très importante, que le traitement métallurgique a pour objet moins un minerai défini, qu'un easemble très complexe décomposés. Les opérations d'extraction sont, par suite, particulièrement délicates, et la métallurgie de l'argent présente de grosses difricultés.
La seconde catégorie des minerais d'argent est celle où le métal précieux est contenu à l'état d'élément secondaire.
Cette classe de composés argentifères comprend les formes de minerais les plus répandus. L'argent y est associé tantôt au plomb (galène ou sulfure de plomb argentifère), tantôt au cuivre {pyrites cuivreuses argentifères), au zinc {blende), au nickel, au cobalt ou au bismuth.
Les deux premières formes — galène et pyrites cuivreuses — soDlde beaucoup les plus importantes non seulement des minerais de cette classe, mais même de tous les minerais d'argent. S'il n'est pas vrai de dtreque tout minerai d'argent contient du plomb ou du cuivre, en revanche il est vrai que tout minerai de plomb ou de cuivre contient de l'argent en quantité variable. D'ailleurs, , il semble même que la liaison de l'argent au cuivre et au plomb soit, en une certaine mesure, d'ordre général. On a remarqué, en
< V. Scbnabel, Traité de mélallurgie, Pitis, Baudrj si 0», 1896, [ ! Schnabel, ibid., p. 430.
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efTet, que, k mesure que les mioes s'approfondissent rlavantige, le soufre, l'antimoÏDe, l'arsenic qui apparaissent k la surface et jnsqu'i une certaine profondeur comme seuls miaéralisateurg de l'argent, sont bientôt suivis de minéralisations sulfu reuses, antimonîeuses et arséniacales du plomb, dn cuivre et du zinc qai se préseutent k leur suite. Cette transformation est aujourd'hui le fait générât et presque fatal que l'on constate dans bien des gisements d'ai^eal, privés de plomb, cuivre et zinc pendant quelque temps, et dégénérant ensuite, en profondeur, en gisements plombeux, cuivreux et blendeux'.
Ainsi, il esl déjà important de noter que l'argent se présente le plus souvent en combinaison avec des métaux que l'on peut extraire en même temps que lui. On verra plus loin comment cette liaison minéralogique a produit des conséquences importantes en tant qn'elle a eu pour effet d'enlever à la production de l'argent son autonomie pour la rendre solidaire des productions connexes.
' Aoswag, L'argent et l'or ; production, conaommalion et ciroulalion ie* métaux prieieucc, Paris, Dunod, 18)J9-ieKI, 1. 1, p. 34.