‹ Qui trop embrasse...: Comédie en un acteChapitre 10 sur 99 · SCENE \l Les Mêmes, MAUD · texte numérisé non relu

SCENE \l Les Mêmes, MAUD

MAUD, elle pose le plateau et va embrasser Pierre.

Je t'adore.

PIERRE

Oui, ôui^ on s'adore ; (à part) ça, c'est la reconnaissance du cœur.

MAUD, à Jean, distrait.

Du sucre ? Je vous mets deux morceaux !

PIERRE

Un peu de rhum, ma chérie.

JEAN, à Maud, à, mi-voix.

Ce n'est pas assez !

PIERRE

Ce n'est pas assez ? Mâtin 1 il t'en faut, du sucre.

MAUD

Ce n'est pas assez ? Eacore un morceau ?

JEAN,' haut.

Oui, oui. (A Maud). Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Ce n'est pas assez, je parlais de Pierre.

MAUD

J'avais bien compris !

PIERRE

Maud, tu prépares le thé comme toute l'Angleterre.

MAUD, lui versant du rhum plein sa tasse.

Un peu de rhum, n'est-ce pas, mon loup?

PIERRE

C'est peut-être beaucoup de rhum ?

MAUD

Je t'en ai mis à peine.

PIERRE, buvant. i

Sacristi, sacristi ! que c'est fort !

JEAN, à Maud.

Allez-y ! allez-y !

MAUD, à Jean.

Un peu de patience.

JEAN, à Maud.

Allez donc 1 allez donc !

PIERRE

Je boirai volontiers une seconde tasse. Le rhum dans le thé, c'est une boisson délicieuse. Avec le massage et la douche, c'est encore le plus sûr moyen de ragaillardir un homme.

JEAN

Nom d'un chien !

MAUD

Alors, c'est vrai, mon chéri, tu te sens renouvelé?

PIERRE

Complètement.

MAUD

Et tu Taimes bien, ta petite femme ?

PIERRE

Plus que jamais !

MAUD

Eh bien! si tu veux...

(Elle lui parle à l'oreille.) PIBRRE

Encore ! ah ! mais non !

MAUD

Oh!

PIERRE

Ah! eà, tu as donc rapporté le Vésuve de chez ta mère ?

Oh ! dis I

PIERRE

Mais nous n'allons pas jouer à cela toute la journée ! Tu ne pourrais pas parler d'autre chose?

MAUD

Si... Kmbrasse-moi.

PIERRE, à Jean.

Elle appelle ça parler d'autre chose.

QUI TROP EMBRASSF... Sg

MAUD

C'est bien. Pour une fois que c'est moi qui te demande, tu refuses. Tu refuses grossièrement.

PIERRE

Ah ! çà, qu'est-ce qui te prend ?

MAUD

Il me prend... il me prend que tu ne m'aimes plus... que c'est moi qui suis obligée de te faire toutes les avances. Jadis tu devançais mon caprice. Aujourd'hui, je me vois forcée de timmoler toutes mes pudeurs, toutes mes délicatesses de femme. Il faut que je mendie ton amour, baiser par baiser — que je tende ma bouche à tes lèvres comme vers une aumône !

PIERRE

Mais c'est insensé !

Tu vois, je suis folle... Tu as dis que j'étais une folle.

PIERRE

Mais pas du tout.

MAUD

Si, tu Tas dit. N'est-ce pas qu'il l'a dit?... Ah! je suis une folle! ah! tu as dit que j'étais une folle! eh! bien, tu vas voir ! Je ne t'embarrasserai pas de ma personne plus longtemps. Je sais ce que je ferai! (Fausse sortie.) Mais tu peux dire que jamais un homme valide n'a refusé aune femme une chose... aussi... aussi naturelle.

PIERRE, entre ses dents.

Il y en a eu, Joseph!

MAUD

Aussi naturelle!

(Elle ent:edans la chambre.)

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