SCENE Vlil
JEAN, seul.
Je fais là un métier épouvantable! Vous ne savez pas le cauchemar qui me hante? Je suis une grosse dame. J'ai des cheveux cai'otte, un corsage violet. Dans la chambre qui est là, sur le lit que je devine, c'est ma nièce, ma propre nièce, à peine pubère, dont la virginité maigrichonne agonise aux mains séniles d'un
repoussant sénateur, (il tire son chronomètre et le fait sonner.)
J'ai l'air d'un juge à l'arrivée. Il me semble que je chronomètre un record. Au fond, mon cœur ne laisse pas que d'être un peu inquiet. Certes, Pierre sera tout à l'heure dans un état d'infériorité évidente. Mais je songe à ces soldats harassés, amaigris, presque pleurant de fatigue et de faim, qui, malgré les menaces ou les prières de leurs chefs, se refusent à marcher sur la route incendiée de soleil. Survient l'ennemi. On croit que ces soldats vont jeter leurs armes et se rendre. C'est mal connaître la France. L'excès même de leiu» malheur galvanise leur désespoir. Ils poussent un cri, se précipitent sur leurs adversaires et sortent vainqueurs d'un combat où tout concourait à leur perte. Qui sait si la vue de ma femme ne relèvera pas le courage abattu de Pierre?... Samson retrouva sa vigueur première pour ébranler les colonnes du Temple. Pierre, nouveau Samson, ne pourra-t-il, dans un élan suprême, reconquérir sa force
perdue et faire ainsi crouler Tédifice de nos ruses, malgré qu'en ce moment encore Dalila lui coupe les cheveux? A la quantième cqupe de cheveux en sont-ils?