‹ Quinze ans à Paris (1832-1848).: Paris et les Parisiens (volume 2)Chapitre 10 sur 15 · FACULTÉ DES LETTRES · texte numérisé non relu

FACULTÉ DES LETTRES

Cette Faculté est destinée à l'enseignement littéraire et historique y et confère les grades de bachelier, de licencié et de docteur es lettres. Ses chaires sont celles de :

Littérature grecque, — éloquence latine, — poésie latine, — éloquence française, — poésie française, — philosophie, — histoire de la philosophie ancienne , — histoire de la philosophie moderne, — histoire ancienne, — histoire moderne, — géographie, — littératures étrangères.

Des hommes éminents occupent ces chaires, et leurs noms sont pour la plupart européens. Quelques-uns d'entre eux ne professent plus depuis longtemps ; mais comme cette qualité ne se perd qu'avec la vie, aux hauts titres dont ils sont revêtus, ils aiment à ajouter celui de professeur à la Faculté. C'est d'abord M. Guizot, professeur d'histoire moderne. Il est député, ministre] des affaiœs étrangères, et président du conseil des ministres ;

mais toutes les fois qu'une solennité scolaire rassemble les membres de TUniversité , il ne manque jamais de prendre sa place parmi les professeurs, ses collègues. Il en est de même de M. Yillemain , ainsi que de M. Cousin. Le grand maître de i^Universitéy ministre de Tinstruction publique, M. le comte de Salvandy, généreux protecteur des sciences et des lettres , voyant , un jour de distribution de prix, ces hauts dignitaires à la Sorbonne, ne put vaincre une noble jalousie, et leur dit publiquement : <c Messieurs , vous êtes bien heureux « d'avoir le droit de vous asseoir sur ces banics. » — Certes, oui, les plus beaux titres peut-être que ces hommes éminents aient à la reconnaissance du pays, sont assurément leurs litres de professeurs. Esprit profond et sagace , M. Guizot initiait ses élèves au mouvement social de l'époque, et attirait leur attention sur les faits qui devaient marquer dans l'histoire des peuples. Analysant les institutions, évoquant des souvenirs tantôt glorieux, tantôt regrettables dans les annales du monde, il guidait Tesprit de ses auditeurs , le flambeau philosophique en main, À travers ce dédale des événements , et les élevait aux plus hautes considérations politiques. Déjà , dans le professeur, on devinait l'homme d'Etat. — Le temps se chargea de confirmer cette prédiction , et au moment où j'écris ces lignes

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tout le monde sait quelle haute capacité préside aux destinées du pays.

M. Viilemain occupait la chaire d'éloquence française, et effectivement l'éloquence, faite homme, Toccupait en sa personne. C'est à cette époque de sa vie, et la plus glorieuse sans nul doute, que le monde doit cet admirable Cours de IJttérature du xviii* siècle et du moyen âge. — Quel langage plein d'harmonie, quelle sagacité dans l'appréciation, quelle vaste érudition, et quelles leçons! — Jamais la langue française ne fut plus belle que dans sa bouche.

Venait ensuite M. Cousin, qui, le premier, a compris que dans la philosophie il y a autre chose que de la gymnastique d'esprit, que d'interminables discussions, que cette superbe obscurité de la scolastique du moyen âge, et que ces querelles sans fin sur le spiritualisme ou le matérialisme. Il se fraya une route nouvelle; il prouva que les plus hauts esprits s'égarent souvent, en voulant être exclusifs; que l'homme ne doit point rejeter d'une manière absolue une doctrine philosophique, par cela seul qu'elle dérange les plans qui forment la base de sa découverte. De là naquit l'éclectisme. Tout ce qui est bon , est bon partout , et de mille hypothèses contraires peut et doit surgir la vérité. Nous espérons que M. Cousin n'a pas encore donné son dernier mot; et comme conséquence de sa

philosophie , il nous donnera peut-être autre chose encore que la théorie du gouvernement constitutionnel.

Ces trois professeurs ont depuis longtemps abandonné leurs chaires pour les affaires publiques, et leurs suppléants, MM. Wallon, Géruzez et Jules Simon , marchent hardiment dans la route tracée par les maîtres.

M. Saint-Marc Girardin analyse d'une manière admirable la poésie française. Sa prédilection est assurément pour les auteurs de Tépoque classique , et les vérités qu'il dit à ses contemporains romantiques ne sont pas toujours goûtées par ces derniers; mais comme sa critique a toujours la forme la plus exquise, comme elle est toujours appuyée de preuves irrécusables, fournies par le goût le plus épuré, ils se taisent et acceptent forcément ce jugement sévère qui les popularise encore et les glorifie tout en les critiquant.

Le titre de bachelier s'obtient après les études du collège; celui de licencié demande une année d'études ou plutôt quatre inscriptions à la Faculté. On subit des épreuves en composition française, latine et grecque, et des questions sur la littérature , la philosophie et l'histoire. — Pour être docteur, il faat soutenir deux thèses publiques, une en latin et unet autre en français , sur des matières

distinctes, choisies par le candidat parmi les objets de renseignement.

FACULTÉ DES SQENCES.

Les chaires suivantes indiquent les objets de l'enseignement de celte Faculté, la plus importante peut-être de toutes :

Calcul différentiel et intégral , — astronomie physique, — chimie, — algèbre supérieure, — botanique, — physiologie, — anatomie végétale, — physique , — mécanique physique et expérimentale, — mécanique rationnelle ; — calcul des probabilités, — minéralogie, — zoologie et physiologie comparées, — géologie, — botanique et organographie comparées. ]

M. Dumas, doyen de cette Faculté, est une belle intelligence des temps modernes. Sa petite tête donne le plus formel démenti à la doctrine phrénologique sur les rapports qui devraient , suivant elle, exister entre le développement de Tencéphale et les facultés intellectuelles; mais cette pseudoscience ne se tiendra pas pour battue , vous pouvez en être sûr. — Ce n'est pas le premier démenti qu'elle reçoit de la nature ; mais ses adeptes ne reculent pas pour si peu. M. Dumas, à qui la chimie doit ses découvertes les plus philosophiques et de

la plus haute portée y professe cette science à la Faculté. L'extrême clarté de ses leçons , la vulgarisalion^ par cette parole au timbre charmant, des plus grands problèmes qui échappent à l'analyse de nos sens , font de ce professeur une exception , un homme à part.

MM. Libri, savant antagoniste de M. Arago; Pon* celet, l'oracle de la mécanique; Biot^ qui a réduit la physique à la précision mathématique et a dé* couvert , dans la rotation des molécules d'un liquide , la quantité de sucre qu'il peut produire , se placent à la tête des hardis investigateurs de la nature et de ses loiâ ; Mirbel , à qui la botanique doit tant; deBlainville, qui reconstruit l'histoire naturelle des êtres antédiluviens, et beaucoup d'au* très, non moins célèbres, brillent au premier rang dans le monde savant, et composent cette pléiade scientifique des professeurs français.

La Faculté confère les grades académiques dé bachelier, de licencié et de docteur es sciences mathématiques, physiques et naturelles.

Le bachelier es sciences mathématiques doit posséder les connaissances suivantes : l'arithmétique , la géométrie , la trigonométrie rectiligne et sphérique , l'algèbre comprenant la formule du binôme et les résolutions des équations numériques. — Puis les éléments de physique et de chimie exigi-

Wes pour le bachelier es sciences physiques. — Le licencié a de plus le calcul différentiel et la mécanique. Pour le doctorat, on subit deux thèses. Pour être bachelier es sciences physiques , on doit savoir : l"" rarithmétique, la géométrie élémentaire , Talgèbre, avec les problèmes qui dépendent des équations du premier degré à une ou plusieurs inconnues y les machines simples et les éléments de statique qui s'y rapportent ; — 2® les éléments de physique, de chimie , d'histoire naturelle. — Pour la licence, on ajoute la chimie complète et la physique. Pour la licence des sciences naturelles, la minéralogie, la botanique, la zoologie et la géologie sont nécessaires.

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