FACULTÉ DES LETTRES
Cette Faculté est destinée à l'enseignement littéraire et historique, et confère les grades de bachelier, de licencié et de docteur es lettres. Ses chaires sont celles de :
Littérature grecque, — éloquence latine, — poésie latine, — éloquence française, — poésie française, — philosophie, — histoire de la philosophie ancienne , — histoire de la philosophie moderne, — histoire ancienne, — histoire moderne, — géographie , — littératures étrangères.
Des hommes éminents occupent ces chaires, et leurs noms sont pour la plupart européens. Quelques-uns d'entre eux ne professent plus depuis longtemps ; mais comme cette qualité ne se perd qu'avec la vie , aux hauts titres dont ils sont revêtus, ils aiment à ajouter celui de professeur à la Faculté. C'est d'abord M. Guizot, professeur d'histoire moderne. Il est député , ministre! des affaires étrangères, et président du conseil des ministres ;
mais toutes les fois qu'une solennité scolaire rassemble les membres de l'Université , il ne manque jamais de prendre sa place parmi les professeurs , ses collègues. Il en est de même de M. Villemain , ainsi que de M. Cousin. Le grand maître de l'Université, ministre de l'instruction publique, M. le comte de Salvandy, généreux protecteur des sciences et des lettres , voyant , un jour de distribution de prix, ces hauts dignitaires à la Sorbonne, ne put vaincre une noble jalousie, et leur dit publiquement : « Messieurs , vous êtes bien heureux « d'avoir le droit de vous asseoir sur ces bancs. » — Certes, oui, les plus beaux titres peut-être que ces hommes éminenls aient à la reconnaissance du pays, sont assurément leurs titres de professeurs. Esprit profond et sagace , M. Guizot initiait ses élèves au mouvement social de l'époque, et attirait leur attention sur les faits qui devaient marquer dans Fhistoire des peuples. Analysant les institutions, évoquant des souvenirs tantôt glorieux, tantôt regrettables dans les annales du monde, il guidait l'esprit de ses auditeurs , le flambeau philosophique en main, à travers ce dédale des événements, et les élevait aux plus hautes considérations politiques. Déjà, dans le professeur, on devinait l'homme d'État. — Le temps se chargea de confirmer cette prédiction | et au moment où j'écris ces ligne*
tout le monde sait quelle haute capacité préside aux destinées du pays.
M. Villemain occupait la chaire d'éloquence française, et effectivement l'éloquence, faite homme, l'occupait en sa personne. C'est à cette époque de sa vie, et la plus glorieuse sans nul doute, que le monde doit cet admirable Cours de Littérature du xvme siècle et du moyen dge. — Quel langage plein d'harmonie, quelle sagacité dans l'appréciation, quelle vaste érudition, et quelles leçons! — Jamais la langue française ne fut plus belle que dans sa bouche.
Venait ensuite M. Cousin , qui , le premier, a compris que dans la philosophie il y a autre chose que de la gymnastique d'esprit , que d'interminables discussions, que cette superbe obscurité de la scolastique du moyen âge, et que ces querelles sans lin sur le spiritualisme ou le matérialisme. Il se fraya une route nouvelle; il prouva que les plus hauts esprits s'égarent souvent, en voulant être exclusifs; que l'homme ne doit point rejeter d'une manière absolue une doctrine philosophique, par cela seul qu'elle dérange les plans qui forment la base de sa découverte. De là naquit l'éclectisme. Tout ce qui est bon , est bon partout , et de mille hypothèses contraires peut et doit surgir la vérité. Nous espérons que M. Cousin n'a pas encore donné son dernier mot; et comme conséquence de sa
philosophie, il nous donnera peut-être autre chose encore que la théorie du gouvernement constitutionnel.
Ces trois professeurs ont depuis longtemps abandonné leurs chaires pour les affaires publiques, et leurs suppléants, MM. Wallon , Géruzez et Jules Simon , marchent hardiment dans la route tracée par les maîtres.
M. Saint-Marc Girardin analyse d'une manière admirable la poésie française. Sa prédilection est assurément pour les auteurs de l'époque classique , et les vérités qu'il dit à ses contemporains romantiques ne sont pas toujours goûtées par ces derniers; mais comme sa critique a toujours la forme la plus exquise, comme elle est toujours appuyée de preuves irrécusables, fournies par le goût le plus épuré, ils se taisent et acceptent forcément ce jugement sévère qui les popularise encore et les glorifie tout en les critiquant.
Le titre de bachelier s'obtient après les études du collège; celui de licencié demande une année d'études ou plutôt quatre inscriptions à la Faculté. On subit des épreuves en composition française, latine et grecque, et des questions sur la littérature, la philosophie et l'histoire. — Pour être docteur, il faut soutenir deux thèses publiques, une en latin et une autre en français, sur des matières
distinctes, choisies par le candidat parmi les objets
de l'enseignement.