‹ Quinze ans de séjour à Java et dans les principales îles de l'archipel de laChapitre 5 sur 24 · TEMPÉRATURE · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE

Le thermomètre centigrade s'élève, dans les parties basses, telles que Batavia, Sourabaya et Samarang, jusqu'à cinquante -trois degrés vers trois heures de l'après-midi. Au-dessus de la plaine de Samarang, à trois cents mètres d'élévation, il peut descendre jusqu'à vingt- cinq. Il varie de sept à huit degrés entre le lever ou le coucher du soleil et le milieu du jour. Une telle température rend le séjour de Java un peu contraire à la constitution des habitants de la zone tempérée. Cependant, comme me le disait souvent le docteur Weelkaer, les Européens peuvent, avec certaines précautions hygiéniques , et en évitant avec

ET DANS L'ARCfflPEL DE LA SONDE. 47

soin toute espèce d'excès, braver impunément les effets de cette température. Si, malgré ces précautions, ils ont peine à s'acclimater, il y a à cinquante kilomètres dans l'intérieur des collines et des plateaux d'une hauteur considérable, où l'air est sain et frais. Les végétaux d'Europe, et particulièrement les fraises, y croissent en abondance. Les habitants y sont vigoureux; leur teint annonce la santé. C'est là que les médecins envoient les malades ou les Européens qui ont de la difficulté à s'acclimater; les uns y guérissent en peu de temps, et les autres s'y habituent plus facilement au climat des contrées inférieures. Tout l'intérieur de l'île jouit des mêmes avantages. On cite entre autres les environs de Sourakarta, résidence de l'ancien empereur de Java, qui sont renommés par la pureté, la fraîcheur et le parfum de l'air qu'on y respire, sans parler des nombreux ruisseaux qui roulent dans ce pays privilégié une onde limpide et salutaire.

Les Javanais ne connaîtraient pas les vicissitudes des saisons, si des vents périodiques ne divisaient l'année en deux parties appelées moussons. Chaque mousson dure six mois : l'une est sèche, et ne donne à la terre que l'eau indis-

pensable aux plantes; l'autre est humide , et fournit des pluies qui tombent par torrents, surtout dans les pays montagneux. Les mois de décembre et de janvier sont les plus humides; les mois de juillet et d'août, les plus secs. Durant cette dernière saison 9 les nuits sont plus chaudes que les jours. Dans les montagnes , on passe rarement une journée sans orage, et dès que le bruit de la foudre se fait entendre , on sent la terre trembler sous ses pas; les éclairs embrasent l'atmosphère comme des nuages de feu, et leur lumière est tellement vive qu'on est contraint de fermer les yeux. Quand la pluie tombe, ce n'est pas en brouillard, ni en grain ou en poussière monotone et constante comme à Paris, ce sont des torrents, des cataractes, un déluge : le ciel semble se fondre en eaux pendant plusieurs jours, et les animaux épouvantés font entendre des cris de terreur. Pendant la mousson sèche, on n'éprouve point la même aridité que dans l'Hindoustan ; mais l'atmosphère est souvent rafraîchie par des pluies à verse , qui rendent à la terre toute sa parure. On conçoit que ce mélange d'humidité et de sécheresse doive puissamment contribuer au développement de la végétation. Aussi le delta de l'Egypte n'est pas plus

fertile que la plupart des vallées de Java, dont le sol est sans cesse en culture^ et non pas, comme celui d'Europe , asservi à quatre saisons.

Page 1