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des Carpathes avec cioquaDte mille hommes, au mois de mai 1705 , mais, au moment où les masses hongroises se dirigent vers le Danube, le sombre et implacable Léopold V' vient à mourir ^ et cette mort, qui appelle au trône son jeune fils Joseph 1^'^, prince loyal, tolérant et généreux^ su&pend la marche des Magyares.
 peine assis sur le trône» le nouvel empereur montra à l'égard des insurgés l'esprit de conciliation qui devait Tanimar durant tout mq régna* Cinq jours après la mort de Léopold '^ il publia un manifeste où il déolarait qu'il était eatiàrement étranger à la pcâitique de son père, et où 11 accordait la plus complète amuistie à emx qui po&eraient les armes et peslfiraient dans leurs foyers. Pour montrer en même t^mps la sinoéfité de ses intentions, il renvoya les ministres de Léopold, tous attachés aux Jésuites,, qui avaient gouverné sous son père. H destitua ensuite le cruel Heister, le remplaça par le comte lorrain Herbeviller, général doux et humain , et envoya aux ïoiiirgéa des pléoipotentiaires. Ëiallès par leurs fûfoas, eeux-c» demanderait d'abord la oeasion de la
«5 mai I7Q^.
s lesepk !•', frère aisé ëe l'arefaichic Glmrles (le eempétitetir ëe P^ U[^ V^ e^oiuia m 4'G99agne psr la Graod«^iiiiaii<v s«u% )^ i^in 4^ Charles IIl)>né en 1678, empereur et roi de Hongrie en i705^ mort eu 171 1. H avaii alor^ viogl-oiaq an» et la plus ebamaBie ftgore^ le teisl Vm^ ^ 7^V3L l)(eu8, ^ ç|ievçM3^ l^nuda,,.. Y. W\W»n% C^i(«^ u IV» p. 1^67. Joseph l^r a plusieurs traits de Joseph il. Quoique i^iDcèrement relii^ux, il étail tolérant et éclairé- IPétast pas «éiiéMl, Il «at le hou espU 4« l94siîer faire sfca géoéraoïç, Sion s«ul déluit fxk% d'aimer lea femmes avec passion.
> • QttiDt« die post oWlum patris. » l^ray, t. H>, p. 'MO.
Transylvanie, dont les habitante ataienl éhi Ragoczi pour leur souverain, et sur laquelle Fempereur n'avait ancun droit, suivant eux*, pais Je rétaBlrsse* ment de leur ancienne constitution, avec tous les privilèges dont ils jouissaient depuis le moyen âge, et que LéopoW I*' avait abolis & Presbourg*. Malgré répuisement de ses Étals et son vif désir de Iraiter, Temperenr rejeta une paix qni lui eût enlevé les conquêtes de deux siècles, et voyant les Magyares persister dans leurs prétentions, il rappela ses plénipotentiaires.
La guerre recommença donc^ mais sans succès pour les Hongrois. Au lieu d'écraser sur le Danube la faible armée que possède alors f empereur, Ragoczi va ravager la Moravie. Legénéral HerbeyHler profite de cette faute, et s'avance sur les frontières dW cette province pour attaquer les Hongrois, qui reviennent en désordre et chargés de butin ; il les renron- Ire près du village de Poudmeritz,au pied de la Montagne-Blanche^. Malgré la supériorité de ses forces^ Ragoczi voulait éviter un engagement etr ruiner peu à peu les Autrichiens dans une guerre d'es«anoou^ ches et d'avant-postes, mais il n'avait ni Tautorité'd^«r» général en chef, ni l'assurance que donne l'habitude
t Cl L'empereur, disaient res Magyares, possède assez de provinces pour abandonner la Transylvanie, sur laquelle il ne possède aucun droit. > (Vie du prince Ragoczi, p. 203.) On sait que l'Autriche avait acquis la Transylvanie par la cession df'Apalff , prince éteetif.
« En 1687.
s Le Westein-heif, qai siépare la ffongrie de la Moravie. Poudmeritz est dans le comté de Néograd.
de la victoire. Le dépit que lui causaient les reproches de ses officiers, qui blâmaient avec aigreur sa longue inaction, le décida à engager la bataille ^. Ce fut une seconde journée de Tirnau. L'infanterie se rangea si mal qu'elle ne put servir ; la cavalerie, chargeant avec trop d'ardeur, arriva en désordre sur les batteries impériales, ne put soutenir leurs feux et prit la fuite. Comme à Tirnau, toutefois, les Magyares perdirent peu de monde, et les Autrichiens, qui n'espéraient pas la victoire, ne surent pas en profiter.
Sans s'enorgueillir de ce succès, l'empereur renouvela ses ouvertures pacifiques, et, cette fois» Ragoczi le seconda. Des gentilshommes, jaloux de son élévation, répétaient qu'il ne continuait les hostilités que pour obtenir la Transylvanie. Dans le but d'étouffer ces rumeurs, il réunit à Seczini^ une assemblée nationale magyare, où il convoqua les commissaires autrichiens, en les priant de transmettre à la diète les propositions de l'empereur Joseph 1*'. II pensait que, dans le gouvernement d'un pays libre, les négociations mystérieuses sont toujours pleines de dangers, que l'affectation d'un secret engendre les méfiances et les soupçons % et, sachant qu'on l'accusait de prolonger la durée de la guerre pour servir à la fois son ambition et ses intérêts, il avait hâte de laisser aux députés de la diète toute la res-
« i\ août 1705. Mémoires de Ragoczi^ U V, p. 236-243 — Engel, t.V; p. â04.
^ Dans le comté de Néograd. Mémoirei 4e Ragocû, t. V, p. 244. ' Mémoirei de Ragoczi, t. V, p. 169.
poDsabilité des événements. Il fut convenu toutefois avec l'empereur que la guerre continuerait malgré les pourparlers.
Tous les comtés et toutes les villes de la Hongrie, à Texception de celles qui restaient au pouvoir des Autrichiens 9 envoyèrent des députés à Seczim. Quand ils furent réunis, Ragoczi se rendit au milieu d'eux. Après quelques paroles pleines d'émotion, dans lesquelles il remerciait Dieu de rendre enfin une assemblée libre à son pays, il déclara qu'il remettait aux mandataires de la nation le pouvoir absolu dont les circonstances l'avaient investi; qu'ils allaient connaître les propositions de l'empereur, et qu'il leur appartiendrait désormais de choisir la paix ou la guerre. Mais loin d'accepter sa démission, les députés le proclament, à l'unanimité, général en chef des troupes magyares du royaume. Le prince ayant cédé à leur vœu, l'armée se range sur deux rangs : au milieu, sous une large tente, Ragoczi jure sur l'Ëvangile de défendre les constitutions de la Hongrie; puis tous les assistants lui prêtent un serment solennel. Ses généraux l'élèvent sur un bouclier et le promènent autour du camp, suivant les traditions barbares. La diète établit ensuite une confédération, formée de tous ceux qui veulent contribuer à l'afiranchissement du pays, et donne au prince droit de vie et de mort sur les confédérés. Ragoczi refuse avec modestie cette dictature ; il accepte seulement le pouvoir exécutif, en s'adjoignant un sénat de vingtquatre membres pour gouverner avec lui. 11 démon-
Ira sans peine à l'assemblée, que» sMl avait refusé la paix, il n'avait pas été guidé par des vues intéressées, et il ajouta qu'à l'avenir il ne voulait plus négocier sans l'intervention dessénateurs ^ L'assemblée décida qu'elle ne traiterait avec l'empereur que s'il consentait à restituer les anciennes franchises du royaume, et die désigna des commissaires chaînés de s'en tenir à ces instructions, dans les conférences qui allaient s'ouvrir à Tirnau ^ ; là ils retrouvèrent les députés impériaux, qui avaient vainement paru à Seczim. L'établissement de la confédération avait ravivé les espérances des Magyares et rallumé le désir d'une liberté dont ils commençaient à goûter les prémices'* Malgré l'ouverture des négociations» les hostilités n'étaient pas interrompues. Pendant la diète de Seczim, l'empereur envoyait à HerbeviUer six mille Danois, des Serbes et des Croates, et il lui ordonnait de se rendre dans la province de Transylvanie» dont les habitants avaient, en proclamant Ragoczî, ren- • versé le gouvernement impérial. Le général RabutinS qui avait le commandement, ne conservait plus que trois places : Hermanstadt, Cronstadt et Brachau,
^ Mémoires de Ragoczi, t V, p* 259.
* « Schon war der congress in Tirnau, am 27 october 1 705, ' versamwêM. » Xnga., t. V, p. 309.
* Mémoiree de Ragpcii, U V, p. 259.
^ Rabotin était cousin de madame de Sévigné. Cbassé de France poqr Uft iotrfgiM amoureme avec la femme du gnmd Gondé, il avait pris da service eo Antricbe, où il était parvenu aux plus grands honneun. C'était un homme dur et cruel. Dans Tune de ses proclamations, il menaee tes femmes magyares d^égorger leurs enfants Jusqtie dans leur sein.
toutes trois bloquées. Si l'empereur rabaodonDait plus longtemps, il allait perdre la Transylvanie, et Ragoczi acquérait avec elle sa nombreuse population magyare S ses mines et ses montagnes, qui assuraient les derrières de l'insurrection, et lui ouvraient la Turquie comme un refuge.
Suivant les ordres de la cour, Herbeviller marche au secours de Rabutin ; il descend le Danube , passe le fleuve et s*avance au milieu des steppes par les plus fortes chaleurs de Tannée >< Brûlée le jour, glacée la nuit, l'armée autrichienne devait périr au milieu de ces plaines de sable, où trois armées hongroises étaient échelonnées pour la harceler et la combattre. Ragoezi, retenu par la diète de Seczim, envoie contre elle ses lieutenants : Botian dans les steppes, Kardy dans les marais de la Theiss, Forgatz dans les mon*tagnes de la Transylvanie avec ordre d'y attendre et d'y achever les Impériaux» Lui*mème devait rejoin* ' dre Forgatz dès que la diète serait dissoute* Mais les Magyares ne savent point profiter de leurs avantages. Botian harcèle, il est vrai, les Autrichiens dans les steppeSf mais il combine et abandonne successivement divers projets, et Herbeviller profite de son indécision pour traverser la Theiss, puis les marais et les prairies inondées chaque année par la rivière.
1 U y a en Traniylvanie ploi d*Qn million de Magyam, de riolNB miDM dtrgent, d*or et de tel. €ei dernières lenlet rapportent aujourd'hui dix-hoit miliioBt il TAetriebe. La plupart des rlirières roulent des paillettes d*or. Les Hongrois disent de la Transylvanie que c'est une jeune fi6e auk cheveui d*or.
* Août et septembre 1705.
Karoly lui prend des traioards et des malades, mais, comme Botiao, il laisse échapper les ennemis. Herbeviller quitte les rives humides de la Theiss , et pénètre au milieu de la grande lande, où se trouve Debreczin, et où les plus cruelles épreuves lui étaient réservées. Le soleil et la poussière, la soif et la faim y torturent et déciment ses soldats. Tous les villages sont déserts, les granges brûlées, les mouUns détruits. Les malheureux soldats de l'empereur ont pour toute nourriture un pain fait avec des blés verts, mal écrasés dans les moulins de campagne, qui les rend malades et les étouffe ^ Ils atteignent enfin Debrec* zin. Après <iuelques jours de repos, ils continuent leur marche. Us traversent le fertile comté de Bihar, où se trouvent les plus riches moissons de la Hongrie, et s'acheminent vers le défilé de Czibè, l'un des deux passages qui conduisent en Transylvanie ^. La Samoschy affluent de la Theiss, creuse ce défilé dans les montagnes hautes et boisées qui, du côté de la Hongrie, ferment la Transylvanie comme un rempart.
Poursuivis par Karoly, les Autrichiens avancent lentement; le mois de novembre est venu, etlapluie, qui tombe sans relâche, inonde et détrempe les cam-
1 « L'armée ennemie ne mangeait que du pain de blé, plutôt écrasé que moulu dans de petits moulin s de fer. Les prisonniers disaient que ce blé mal broyé germait dans Testomac et causait parmi eux des maladies, qu*il gonflait et tuait les malades. » Mémoirei de Ragoczî, t. V, p. 264.
* Pr^s de Samosch-Vivar, à la frontière nord-ouest de la Transylvanie.
pagnes. Les pièces et les caissons s'enfoncent dans les terres grasses de ces contrées. Karoly saisit de nombreuses voitures, des chevaux embourbés ou abattus, des malades couchés sur le bord des chemins. Si la pluie eût duré quelques jours encore, l'armée impériale était perdue ^ ; mais le temps s'éclaircit peu à peu, et les Autrichiens reprennent leur marche, et arrivent devant le défilé de Czibô, toujours harcelés par Karoly.
La diète de Seczim venait de finir. Ragoczi, libre enfin, laisse au fidèle Berseny le soin de conférer à Tirnau avec les Autrichiens, et se rend en Transylvanie. Il y rejoint Forgatz, occupe et fortifie avec lui le défilé de Czibô, les bords de la Samosch et les montagnes qui l'entourent. Il y construit des retranchements garnis de canons, et, maître du formidable passage, il attend de pied ferme les Impériaux, comptant les écraser dans ces montagnes, où ils n'arrivent qu'après avoir épuisé toutes les souffrances. Une fois encore la perte d'Herbeviller semble certaine. Déjà accablée par les privations et les maladies, son armée est maintenant prise entre deux feux. D'un côté, Karoly, qui la poursuit depuis la Theiss; de l'autre, Ragoczi , qui ferme l'entrée de la Transylvanie ; l'ennemi derrière, dans la plaine ; l'ennemi devant, dans la montagne.
Mais, là encore, l'indiscipline des Magyares sauva
^ « U avait plu douze heures de suite, et si ce temps avait continué deux ou trois jours, il eût défait Vennemî sans que je m^en mélasse. » Mémoires de Ragoczi, t. V, p. 267.
les AutricbieDS. Ragoczi avait ordonbé à Karoly de se jeter sur le camp impérial au moment oh Herbe^ viller commeucerait l'attaque» et de brûler ses bagages et ses munitions ^ Au mépris de cet ordre, Karoly resta immobile sous sa tente. <t II était volontaire et raisonneur, dit le prince en ses Mémoiret^ fertile en raisons de ne pas faire ce qu*il ne voulait pas ^. » Il allégua la difficulté des chemins et Herbe-vilier, libre du côié de la plaine^ attaqua avec résolution la montagne. La nécessité doublait ses forces; il (allait passer ou mourir ; il passa. Dirigeant alors tous ses efforts sur la gaucbe des Hongrois, établie dans un bois rempli de clairières et défendue par de simples détachements, il lance sur elle ses Croates» qui escaladent lestement la hauteur, forcent la gauohet et prennent les Magyares en écbarpe. Ceux^ci^ surpris de se voir attaqués en flanc et en tôte, se débandent et cherchent leur salut dans la fuite. Ragoczi se retire en désordre à Samosch-Vivar ^ perdant six mille hommes et vingt-quatre canons, et laissant Herbe viller échapper à la mort par la victoire ^.
La déroute de Czibô entraîna la perte de la Transylvanie. Herbeviller s'unit à Rabutin, délivra les places bloquées par les Magyares, parcourut la province et y rétablit le gouvernement impérial. Ragoco
1 a Je lui ordonnai de rester avec son corps à portée du camp de rennemi, pour quMt pût Tattaquer et le brûler lorsqu^il marcherait à moi, parce qu'en effet il ne fallait que cela pour Tachever. » Mémoira de Ragoaif t. V, p. 269.
a Mémoires de Ragoczi, t. V, p. 375. |
' i2 novembre 1705.
rallia son armée sur la frontière, mais u'ayant pas le temps de faire venir des renforts, il n'osa descendre en Transylvanie, dans la crainte des neiges qui, à cette époque de l'année , couvrent les montagnes. Il laissa Karoly avec ses hussards, moins pour combattre que pour inquiéter les Autrichiens pendant l'hiver, et se rendit aux conférences de Tirnau» qui s'étaient ouvertes quelques semaines auparavant', en présence de M. George Stepney et de M. de Rechteren, ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande. Les cabinets de Londres et de la Haye, désireux de Bnir une guerre qui retenait en Hongrie les armées impériales, avaient offert leur médiation , et les deux partis l'avaient acceptée. Pendant la marche d'HerbevilIer , les Autrichiens demandaient une trêve ; les Magyares la refusèrent ; ils comptaient sur les difficultés de leur pays, et sur les trois armées que commandaient Bôtian, Karoly et Forgalz. Après la défaite de Czib6 seulement, ils signèrent une trêve de quarante jours ^ et consentirent à débattre les conditions d'une paix définitive. Depuis la déroute*de Blenheim, qui rendait si difficile le secours des armées étrangères, Bagoczi inclinait lui-même vers la paix ; mais il ne Tespérait sérieuse et honorable que par l'intercession de la Hollande et de l'Angleterre, qui seules pouvaient contraindre l'empereur à l'accorder'.
* En novembre 1705; elles se prolongèrent jusqu*en mai 1706. s BUe fut signée à Nilrin le 8 mu 1706, et dmm j«iqm*M 30 juin. Hé^hUiom é$ Hongrie, U m> p. e78.
s Mémêim êe tLagom^ U V, ^ Stttt.
Afin de précipiter les négociations, Tempereur, qui, lui aussi, souhaitait vivement la fin de la guerre, essaya de détacher Ragoczi de la confédération. Il lui fit dire par M. Stepney qu'il conservait pour lui la plus profonde estime; que s'il désirait revoir sa femme, encore retenue à Vienne dans un couvent, il y consentirait volontiers, ne lui imposant d'autre condition qu'une lettre écrite de sa main dans laquelle il solliciterait cette faveur. Ragoczi , malgré son vif désir de revoir la princesse, qu'il avait quittée lors de son évasion de Neustadt, répondit qu'en négociant pour son pays il ne pouvait rien demander pour lui-même ; que si l'empereur envoyait sa femme en Hongrie, il engageait seulement sa parole de la laisser retourner à Vienne aussitôt après la rupture des négociations. Joseph, qui ne demandait qu'un prétexte, s'empressa d'accorder à la princesse la permission de partir ^ II comptait se servir d'elle pour décider Ragoczi à poser les armes. Ces intentions devinrent bientôt manifestes : la cour, qui jusque-là n'avait eu que des rigueurs pour la prisonnière, la combla tout à coup de politesses et de prévenances. Les archiduchesses et les deux impératrices la reçurent dans leurs appartements, et la félicitèrent sur le grand rôle qu'elle était destinée à remplir. L'impératrice lui dit en propres termes que c'était de sa prudence et de sa vertu que l'empereur attendait
^ < Il De fallait pas beaucoup solliciter pour l'obtenir. La cour de Vienne avait envie de renvoyer,, et la proposition n*en éUit laite qoe pour trouver un prétexte. > Mémaire$ 4e Ragoeûy t. V, p. ^7.
la coDsommatioD de la paix. Joseph I" la fit venir lui-même dans son cabinet, l'avertit qu'elle rencontrerait de grands obstacles de la part des conseillers du prince, qui tous étaient acharnés à la continuation de la guerre : « Mais, ajoutait-il, quelle valeur attacher à de pareilles influences, quand elles se trouvent en lutte avec la tendresse d'une femme? > Elle l'emporterait infailliblement. Il termina son entretien en lui prodiguant les témoignages de confiance et de respect, et lui promit de servir à l'avenir de père à ses enfants. La princesse, trop habile pour ne pas deviner la cause d'un revirement si soudain, remercia l'empereur de ses offres magnifiques, lui répondit que peut-être il préjugeait trop de son pouvoir, et partit avec une escorte *.
Dès que la princesse fut arrivée en Hongrie, le comte de Wratislau, favori de Joseph 1" et l'un des commissaires autrichiens, vint la trouver comme pour lui rendre visite, mais avec l'intention de la gagner, ainsi que son époux, aux intérêts de l'empereur. Ragoczi voulait feindre d'ignorer sa présence, mais comme Wratislau venait sans aucune cérémonie, il le rencontra dans l'appartement de sa femme et ne put éviter un entretien. Wratislau, qui avait connu le prince à Vienne, lui parla avec l'autorité d'un ancien ami et lui découvrit les intentions véritables de l'empereur. 11 lui représenta que Joseph I" ne lui céderait jamais la Transylvanie, comme le voulaient
* Vie du primée Ragoexi, Ih. V, p. 21 et 38.
les Magyares, el lut offrit, en échange de cette pro- YiDce, une principauté en Allemagne, donnant siège à la diète, plus riche que la Transylfanie^, non pas élective comme elle, mais héréditaire à perpétuité dans sa maison. Il lui promit en outre la restitution de ses biens, la liberté de sa femme et de ses enfants, ajoutant que par considération pour sa personne, l'empereur lui proposait, à lui, vaincn dans toutes les batailles, le» conditions qu'il pourrait dicter s'il était victorieux; qu'il lui demandait non-sealement la paix, mais son amitié.
Rtgoczî refMwssa froidement ces propositions et ces avances. Une principauté héréditaire valait assurément mieux qu'une principauté élective, mais il était attaché de toute son àme à la Transylvanie trois fois gouvernée déjà par ses aïeux. Le lien qui rmiissail aux Tranaylvaios avait été tout récemment resserré par l'unanime élection qui Tavapf porté au trône, et il lai semblait honteux d'abandonner ce pays, au moBaent où il v^ait de s'efigiager par sèment à mal'ateniir et à défendre ses privilèges^ Lui, qui av^it refusé de ses alliés la couromie ée* Pologne, pouvait-il accepter mie province de ses enisemisT Pour montrer, au contraite, son désinlépessemeBtJl offrit de rendre aux Transylvains le brevet de son él^tioci^ si l'empereur consentait à reconnattm leur indépendance, et de leur permettre de nonoimer un autre prince, <c fâjt*il le moinérede se» valets ^ »
* Il lui oftnX le margraviat de Bqrg^au, s Mémoires de Ragocziy t. V, p. S99.
Au lieu d^engager Ragoczi à poser les armes, la princesse l'encouragea à persister dans ses refus *. La paix lui rendait son épouse, la guerre la ramenait à son coûtent ; elle préféra l'honneur du prince à son amour. S'arrétant à des soupçons que devait écarter le caractère de Joseph I*', mais qu'expliquent suffisamment les haines de famille et la tendresse ombrageuse d'une femme qui aime et qui craint, elle exhorta Ragoczi à repousser toute transaction, t Qui peut vous assurer, lui dit-elle, que l'empereur ne se souviendra plus que vous le forcer k s'humilier? Manquera-t-il de prétextes, lorsqu'il vous tiendra parmi ses sujets, pour vous mettre la tête sur un échafaud? La seule pensée m'en fait frémir. Croyez-moi , vivez libre à la tête de vos apnées et laissez-moi passer mes tristes jours dans la solitude de mon couvent. Je crains plus pour votre vie que pour la mienne, et je hais trop le fils de celui qui a fait périr votre aïeul ^ par le bourreau, pour vous conseiller d'être jamais son ami. Quand le sujet a tiré i'épée contre le mattre, vous savez qu'il doit jeter le fourreau'. » Ragoczi lui répondit qu'il était heureux de la voir dans ces sentiments, qu'il était décidé dans le cas contraire à lui refuser toute audience ^. Esclave de sa parole, la princesse embrassa son époux et revint tristement en Autriche, où
* Vie du prince Ragoczi^ liv. V, p. 42.
s Pierre Zriay, di^icapiul ^iw» l4ÔO(»pl4 1•^ 8 Vie du prince Ragoczi, liv. V^ p. 42.
^ Id., IM., p. 44.
elle arriva malade. A son passage en Moravie, le peuple y qui souffrait des continuelles invasions des Magyares, se jeta sur sa voiture en Taccusant de la continuation de la guerre et poussant des cris de mort. La cour dut lui fournir une escorte pour la conduire aux bains de Garlsbade, où elle fut étroitement gardée à vue, jusque dans son lit. Mais dès les premiers jours de sa convalescence, elle obtint la faveur de monter à cheval, gagna l'un de ses gardiens et s'enfuit à franc étrier jusqu'en Saxe. Elle passa de là en France, où elle se retira dans un couvent ^ Ainsi , par la générosité de Ragoczi et le dévouement de sa femme, échouèrent les desseins de FAutriche. La cour envoya au prince» sans plus de succès, sa sœur, la comtesse d'Aspremont. Wratislau, piqué de son échec, prit congé de Ragoczi : a Adieu, prince , lui dit-il, vous vous fiez aux promesses de la France, qui est l'hôpital des princes qu'elle a rendus malheureux ; vous serez de leur nombre et vous y mourrez *. » Il revint ensuite à Timau, et les envoyés autrichiens, reconnaissant Fimpossibilitè de corrompre Ragoczi , entamèrent une négociation directe avec les commissaires désignés par la diète hongroise.
Avant toute chose, les Magyares réclamaient leurs anciennes constitutions, le privilège d'élire leurs souverains, le célèbre droit des armes, la restitution
1 EUe y mourut en i722. V. pour les détails de sa fuite les Mémaitet 4e Bagocxij t. V, p. 335-337.
* Mémalrei de Ragoczi, t. V, p. 299.
des temples enlevés aux protestants, et la cession de la Transylvanie à Ragoczi , avec les garanties de la Suède, de la Hollande et de l'Angleterre *. L'Autriche acceptait cette garantie, restituait les temples^ mais elle refusait de rendre la Transylvanie et de rétablir l'ancienne constitution du royaume. « L'empereur, disaient les Autrichiens, a des droits incontestables sur la Transylvanie; il la possède, et, comme roi de la Hongrie, dont elle dépend, et comme cessionnaire d'Apaffy , qui a légué ses droits à la cour de Vienne *. — La Transylvanie, répliquaient les Magyares, dépend assurément de la Hongrie, mais, à ce titre, le droit de la Hongrie lui est applicable. La Hongrie est une monarchie élective ; la Transylvanie est donc à son tour une principauté élective. L'empereur invoque vainement l'abdication d'Apaffy : il n'était que prince électif et n'avait que l'exercice de la souveraineté ; il n'a donc pu céder la souveraineté même. >
La revendication de la charte magyare, qui rappelait de si sombres souvenirs, souleva de violents débats. Les commissaires de l'empereur soutenaient que cette constitution n'existait plus. A la diète de Presbourg, en 1687, les Hongrois eux-mêmes avaient
i a Mon but^ écrit Ragoczi à propos de cette médiation, était de par' ▼enir à une paix affermie par la garantie de plusieurs puissances étrangères, afin que si la cour de Vienne venait à Tenfreindre^ selon sa cou-* tume, ces puissances garantes eussent un titre légitime de noiis secourir. » Mémoires de Ragoai, t. V, p. 141.
« Il a déjà été dit qu*Apaffy, le dernier prince de Transylvanie, avait cédé ses droits k Tempereur en 1690. Il était mort en Autriche, où il s*était retiré et où la cour lui f:)isail une pension.
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proclamé rhérédité du trône et sacrifié ce droit d'insurrection, qui couvrait du manteau de la loi les plus injustes des révoltes. Par ces généreuses réformes, ils avaient mis fin aux discussions et aut guerres civiles qui déchiraient le royaume à chaque élection, et substitué à un état anarchique un gouvernement régulier ayant pour base éternelle la royauté légitime et héréditaire. Ces allégations étaient combattues par les Magyares, qui rappelaient qu'à la diète de Presbourg leurs députés n'étaient pas libres; qu'à cette époque, la Hongrie regorgeait de troupefe, des régiments autrichiens entouraient rassemblée, la terreur régnait des Carpathes au Danube, Caraffa siégeait à Eperies, sur un tribunal de sang : « Ceux-là ne sont pas libres, s'écriaient-ils, qui délibèrent sous les baïonnettes et les canons, entre des soldats et des bourreaux. D'ailleurs, opprimés ou libres, les députés de Presbourg n'avaiétit pas le droit d'engager l'avenir. La liberté d'un pays n'appartient point à la génération qui passe, mais à toutes les générations qui se succèdent, et nos pères vous ont vendu notre héritage et l'héritage de nos enfants. Ils avaient reçu de leurs aïeux la liberté; ils ne pouvaient nous léguer la servitude. Nous réclamons doncaujourd^hui noire constitution tout entière. Notre monarchie était élective, nous voulons qu'elle reste élective : en vertu du décret d*André II, nous avons le droit de protester par les armes contre la violation de nos privilèges ; nous revendiquons ce droit. Nous savons comme vous qu'il a servi des révoltes, mais il a empé'
ché aussi des usurpations et renversé des tyrannies*.» Malheureusement, en insistant de la sorte sur la restitution de leur charte, les Magyares envisageaient plusla justice que la force de leur cause. Ils oubliaient que s'ils avaient des armées, des places fortes, et les deux tiers environ du royaume, ils étaient renfermés en Hongrie depuis la fatale journée de Blenheim, ils manquaient d'un général en chef capable de tenir tête aux habiles lieutenants de l'empereur, et que, victorieux dans les escarmouches, ils étaient vaincus dans les batailles. Ils perdirent ainsi Toccasion, si rarement offerte aux gouvernements issus d'une insurrection, de conclure une paix sérieuse et honorable, garantie par deux grandes puissances étrangères. Il était désormais impossible de s'entendre. Joseph V% dans un dernier espoir de conciliation, prolongea quelque temps la trêve, mais à la fin de juillet, les Magyares cessèrent toute négociation *. Les deux partis se reprochèrent la rupture et la guerre continua pour n'être plus interrompue •.
* Résumé des pièces diplomatiques contenues dans Lamberty.— V. tes Rifvùhttimg dé Hongrie, t. Ilf, p. 150 et wU., et la Vie du prince Meyocz^t lit. V, p. 63.
î Am 22 julius (1706), brachen die Rakolzischen Deputirten aile negoollitiOtt ab. Enoel, t. V, p. 121.
'* r. à ce sujet le curieux document intitulé '- Remarquer apohff^ti- ^uei que Véracm Constancius, homme de guerre hongrois, a faites avec sincérité sur la réponse impériale donnée sur les articles de paix des États et ordres du royaume de Hongrie, confédérés pour la liberté fan de Jésus-Christ i706, et le /V« depuis que Von a commencé à trûvaillér à la liberté, {Hêoeimons de Hongrie, t. IV, p. Î20.) Le tnanifeste des Hongrois se trouve dans la \ie du prince Hagoezi^ IW. V, p. lOÎ. V. encore la Dernière Protestation de la commission hongroise à MM. les
Ragoczi ouvrit la campagne par le siège de Gran, ville forte restée aux Autrichiens et située sur une hauteur. Il enleva la ville, mais il livra un sanglant et inutile assaut de nuit à la citadelle. L'ennemi fit pleuvoir sur les assaillants une prodigieuse quantité de grenades et de bombes, qui semblaient dans la nuit autant de ruisseaux de feu *; et ce spectacle, nouveau pour ses soldats, ralentit leur attaque, qui fut trop molle pour réussir. Sans se laisser décourager par cet échec, Ragoczi creusa des mines sous la citadelle, la resserra étroitement, et après un long blocus, la garnison se décida à capituler'. L'empereur n'ayant plus alors en Hongrie que douze mille soldats, les confia au comte de Stahremberg , émule heureux du prince Eugène et l'un de ses meilleurs généraux. Stahremberg était trop faible pour hasarder une bataille contre les Hongrois, il se contenta de reprendre Gran. Le général magyare Forgatz, qui commandait la place, la livra à l'ennemi après une si mauvaise défense qu'elle ressemblait à une trahison. La réprobation des Hongrois fut tellement unanime, que Ragoczi destitua Forgatz et voulut lui faire trancher la tête \ Sur l'avis de ses sénateurs, il se contenta de le faire enfermer dans la forteresse de Scepuz. Forgatz s'échappa de sa prison en se laissant glisser le long d'une corde, mais la corde se rompit,
médiateurs à Tirnau, le 22 juillet 1706. Révolutiotu de Hongrie, t. IV,
• ^ C*est Ragoczi lui-même qui le dit dans ses Mémoires, t. V, p. 309.
* Vie du prince Ragoczi, Hv. V, p. 132.
s Fin 1706. EngeL, t. V, p. 222.
il toraba^ et dans sa chute se brisa une cuisse. Ses gardes le ramassèrent au pied des murs et le conduisirent à la citadelle de M unkacz, où il resta jusqu'à la fin de la guerre ^
La trahison de Forgatz, le découragement qui se glissait parmi les Hongrois , depuis la rupture du congrès de Tirnau, la défection de plusieurs gentilshommes qui, reproduisant leurs anciens griefs, accusaient Ragoczi de continuer la guerre pour obtenir la Transylvanie, le refus de Louis XIV de traiter avec lui comme général des confédérés, jusqu'à ce qu'il eût publiquement désavoué la domination impériale^, entraînèrent alors le prince à une mesure impolitique et désespérée. Il convoqua une diète nationale à Onod % et là, devant les députés réunis en plein air, selon la coutume magyare, il proposa la déchéance de la maison de Habsbourg et la séparation définitive de la Hongrie et de l'Autriche. C'était la guerre à outrance, sans trêve ni merci, entre les Magyares et les empereurs. Les députés pourtant n'hésitèrent pas. Ils se levèrent tous^ et, avec un sombre enthousiasme, frappèrent Joseph 1" de déchéance, et déclarèrent ennemis de la patrie ceux qui^ dans
* Mémoirei de Ragoczi, t. V, p. 327.
1 Louis XIV avait traité avec lui comme prince de Transylvanie, mais non comme chef de la confédération magyare. Par un scrupule d'étiquette bien déplacé, il refusait de négocier à ce titre avec Ragoczi jusrqu*à ce quMl se fût entièrement séparé et affranchi de Tempereur. Il était contraire, disait le cabinet de Versailles, à la dignité du roi, de traiter avec les sujets d*ua autre prince. Mémoireê de Rafocxi, t. V, p. 327.
' Dans le comté de Honth» mai 1707.
deux mois, n'auraient pas accédé k la confédération. Des scènes sanglantes augmentèrent le retentissement d'un tel vote, où se révélait plus de crainte que de confiance. Dans une des séances de la diète, deux députés du comté de Turocz, le vicomte Radkosky et le notaire Okoliczany, tous deux secrets partisans de la paix et de rAutriche *, se levèrent et se plaignirent avec amertume de Texcès des réquisitions, de la dépréciation de la monnaie de cuivre*, des dépenses des officiers et de la misère du peuple. Comme ils jMirlaient de leurs places, et comme leur voix se perdait dans Téloignement, au milieu des bruits confus d'une si nombreuse assemblée, Ragoczi les fait venir près de l'estrade où il siégeait avec ses généraux. Les députés s'approchent et réitèrent leurs plaintes avec nne nouvelle force. L'ardent Berseny voulait les interrompre. Ragoczi l'arrête et se lève pour répondre : il dit que la guerre entraîne , il est vrai , de grands malheurs, mais qu'il faut les imputera rAutriche, qui refuse de leur rendre leur constitution ; qu'ils'étonne toutefois des récriminations des députés de Turocz ; que ce comté, situé sur les confins de la Moravie, est un de ceux qui ont le moins souffert de là présence et des ravages des armées ; qu'il n'y a jamais levé de taxes plus fortes que dans les comtés voisins, et qu'il demande justice d'une accusation càlômûieuse et mal fondée.
* Le père dX)koUczany était même resté ouvertement attaché à remperéur.
s Le drédit de cette monnaie, d*abord sufDsant, baissait en effet peu à peu. Mémoires de Ragocziy t. \, p. 329.
Ragoczi espérait obtenir de l'assemblée une enquête qui aurait démontré clairement son innocence, maiSy contrairement à son espoir, les députés restent muets. Blessé de ce silence^ qui semble uqe approbation, Bagoczi attend quelques instants ; aucun des députés ne prenant la parole, il s'écrie qu'il voit avec douleur qu'on lui refuse la justice due au dernier membre de la confédération. Les députés restent immobiles sur leurs sièges. Ragoczi, cette foi3, ne peut contenir son indignation : « Si l'assemblée, dit^l avec amertume, approuve de semblables accus^*^ tiens ; si elle croit h l'inégale répartition des chargea publiques et à ]a prévarication de ceux qui gouver*^ nent le pays ; si elle pense que, pendant cinq ans, j'ai souffert les privations de la guerre, bravé les calomnies et les boulets de l'Autriche pour amasser des trésors, il ne me reste plus qu'à remettre dans vos mains ce titre de général de la confédération dont vous m'aviez autrefois investi, et à quitter dès aujourd'hui le royaume* » En achevant ces mots, il se lève et fait quelques pas pour s'éloigner. La p41eur de son visage, le tremblement de sa voix, cet iniini^ table accent de vérité qui marque les paroles d'un honnête homme, remuent enfin les députés. A la vue du prince qui s'éloigne, plusieurs versent des larmes. Plus impétueux, ses généraux s'élancent et le retiennent par le bras, Berseny, son ami d'enfance, son camarade d'exil et son plus vieux compagnon d'armes, ne peut contenir sa douleur ni sa colère. « Députés de la Hongrie , s'écrie-t-il avec force ,
montrerez-; vous une telle ingratitude envers votre libérateur? Le laisserez-vous partir plutôt que de punir d'infâmes calomniateurs? Non, il n'en sera pas ainsi; périssent ces misérables! x> Et, tirant son sabre, il court sur Radkosky et le frappe à l'épaule. Karoly, imitant son compagnon, se jette sur le blessé et rétend mort à ses pieds. L'autre député de Turocz, Okoliczany, tombe près de son collègue, frappé de plusieurs coups et baigné dans son sang. Tous ces gentilhommes armés frémissent et tirent leurs épées; ils veulent se jeter sur la noblesse de Turocz et l'immoler tout entière. Ragoczi couvre de son corps un desdéputés de Turocz, avocat vaniteux et téméraire, qui s'était signalé par la violence de son langage, et contient avec peine la fureur de ses partisans. Ils votent du moins par acclamation la mise en jugement d'Okoliczany, qui survit à ses blessures. Son procès s'instruit dès le lendemain et il a la tête tranchée. Les corps des deux victimes sont traînés sur la claie et jetés à la voirie. Le comté de Turocz est déclaré traître a la patrie, son drapeau déchiré, son sceau rompu ^ Après ces meurtres, qui montrent la guerre civile au sein de la guerre civile même, l'assemblée se sépare en votant des subsides et des soldats.
La guerre se poursuit avec fureur. Ragoczi lance en avant tous ses généraux et toutes ses armées. Stahremberg, incapable de lutter, s'enferme dans
^ MHmrei de Ragoczi, t. V, p. 364 et suiv.
Tile de Scbut au milieu du Danube, et laisse passer les Hongrois. Ils traversent le fleuve, la Montagne- Blanche et ravagent toutes les provinces impériales, la Moravie, rAulriche, la Styrie et jusqu'aux faubourgs de Vienne \ Dans la haute Hongrie, pendant ce temps, Ragoczi déploie sa remarquable activité et ses rares talents d'organisateur. Il rassemble des armes, de Targent, des chevaux et des recrues. Pour ménager les populations, il leur demande, au lieu d'argent, dont elles manquent, des denrées qu'elles ont en abondance, des laines ou des vins, des grains ou des bestiaux. On évalue ainsi en nature le contingent que doit fournir chaque comté ^. Le prince fait voter une nouvelle émission de monnaie de cuivre, s'èlevant à deux millions de florins, pour remplacer les contributions abolies ; il règle l'équipement, la solde et la discipline de ses troupes, casse les officiers ignorants ou ivrognes, dont il avait dû se contenter dans les premiers temps de la guerre^ et leur substitue des capitaines instruits et capables d'inspirer le respect et la conflance à leurs soldats. Il renoue de nouvelles négociations avec le czar, qui lui offre de nouveau la couronne de Pologne, que Ragoczi refuse une seconde fois'.
Il réunit enfin soixante mille hommes équipés et soldés, qui forment une véritable armée régulière. Derrière lui, les Magyares de Transylvanie s'in-
A Juin, juillet et août 1707.
s Mémaireê de Ragoait t. VI, p« 331.
> md., t. V. p. 369.
surgeDt de nouveau et chassent les garnisons autrichiennes; devant lui accourent deux redoutables auxiliaires, Charles XII et YiUars. Ragoczi peut les rejoindre encore et arracher à l'entpereur les conditions qu'il a refusées à Tirnau, La cause de I4 Hongrie n'est pas perdue.