‹ Quinze ans sous le cercle polaire [microforme]Chapitre 79 sur 81 · L L . L L . L . . . . . L LL · texte numérisé non relu

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« Je vous envoie ci-inclus deux lettres de M. Alph.- L. Pinert, un gentilhomme français qui est venu ici dans le but d'obtenir des informations sur les res-

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sources de ces contrées, le caractère et les mœurs de leurs habitants,

« En vous souhaitant un bon succès dans vos pieux travaux, j'ai l'honneur de demeurer votre très dévoué serviteur.

« (Signé : ) F, W. Surru Junior.

« Agent pour Hutchinson Kohl and C°. »

lels étaient les négociants que mes hôtes de Plenty room m'avaient dépeints comme de fieffés scélérats.

Les lettres de l’aimable et infatigable voyageur, M. Pinart, étaient datées, l’une de la redoute Saint - Michel — août 1870,— l’autre de Saint-Pol’s-Harbour, île de Kodiak — 15 décembre de la même année.

La seconde lettre que je reçus était de M. Moïse Mercier, ce Français de la Louisiane, principal agent de la Compagnie Parrot et C°. Les propositions qu’elle me faisait étaient aussi belles que celles de M. Smith; de plus, cette maison avait un comptoir à Montréal, en Canada, où nous aurions pu nous fournir.

Aussitôt en possession de ces lettres, je m'empressai d'écrire à mes supérieurs, afin qu'ils m’autorisassent à me transporter de nouveau dans l'Alaska, mais cette fois pour tout de bon et avec de pleins pouvoirs.

Pour toute réponse, Je vis arriver au fort Bonne- Espérarce, en septembre 1871, l’évêque coadjuteur du Mackenzie, qui m’apprit que Sa Grandeur ellemême allait parcourir l'Alaska et y laisser un jeune prêtre bas-breton qu’elle venait d'amener de France et qui ignorait encore les langues. Monseigneur me fit l'honneur de me demander les lettres que j'avais reçues des agents américains, afin qu'elles lui servissent di in troducüon auprès d’eux.-Je ne donnai au prélat que la letire de M. Mercier; mais Sa Grandeur prit une copie des autres.

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Et votre serviteur? Votre serviteur,: Mesdames, fut renvoyé en France pour se reposer de ses longs, longs voyages, tout en confiant à la presse le fruit de ses études linguistiques. Dans cette affaire, hélas! je renouvelai la fable de Bertrand et de Raton.Que voulezvous, c’est toujours la vieille, vieille histoire : Sic vos non vobis, mellificatis, apes! A quoi bon murmurer ?

J'ajouterai seulement comme corollaire que ni l’évêque missionnaire ni son jeune compagnon ne demeurèrent dans l'Alaska. Après avoir baptisé nombre d'Irdiens, ils s’en retournèrent, les laissant là. Moi, j'y serais demeuré.

Le récit de mon retour à Good-Hope n’exigera que quelques lignes. On m'avait prédit un voyage de quatorze jours de touée en canot, pour atteindre le fort Lapierre, dix-huit jours avant de revoir le fort Mac- Pherson, vingt-six pour arriver à celui de Bonne- Espérance, ma résidence ordinaire. C'était deux cent trente lieues au moins à effectuer pedibus cum jambis, Il y avait de quoi usericelles jambes jusqu'aux genoux. Eh bien! nous fimes une diligence telle que le dix-huitième jour nous atteignimes la mission de Good-Hope.

Mais nous :.e pûmes rendre la pirogue au fort Lapierre. Après «voir manquéchavireretsombrer maintes fois au milieu des tourbillons de la Porc-épic, nous la crevämes au milieu des Montagnes Rocheuses, en remontant la petite rivière Bell. Un iitehiso, en arbre enfoncé dans Ha vase ei sourroisement caché sous les eaux limoneuses en transwrie la faible écorce et surgit à travers le canot entre mes jambes. Peu s'en fallut qu'il ne m'empalât avec l’embarcatien.

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Celle-ci coula à pic instantanément. Heureusement nous étions au rivage. Nous en fûmes quittes pour un bain complet et pour abandonner en ce lieu, dans le bois, notre canot crevé et nos ustensiles de cuisine. Nous traversômes les montagnes à pied, ce qui me valut une vue panoramique grandiose de la vallée de

Georges Arviunine, le Balcinier, Esquimau des Bouches du Mackenzie.

la Tchi-ven-tschig et du mont Grifford. Je la transmets à mes complaisants lecteurs.

Notre traversée des Montagnes-Rocheusus ne fut plus qu’une partie de plaisir. Les mousses et lichens, transformés en éponge s, étaient secs; les torrents, jadis sienflés, à peu près étancles: les tè ns de-femme ellesmêmes avaient pris de la consistance dans le terrain

argileux raffermi. De partout des fleurs, des oiseaux, des insectes, des baies de bruyère, des tiges aigres de polygonée elliptique, pour nous rafraîchir, et occasionnellement la rencontre de quelques loups, point du tout enragés, pour nous divertir.

Au-dessus du fort Mac-Pherson je fis une dernière halte, pour saluer de bien loin la mer Glaciale rutilant à l'horizon, et le splendide ruban d’argent du Mackenzie. Pendant cette contemplation, un cyclone en forme de couronne se forma sur nos têtes. Au fort Mac- Pherson, j'obtins du chef de poste, pour me consoler de mon insuccès en étudiant l’esquimau pendant l'été, un jeune Esquimau nommé Arviounine ou Arviouna, que je conduisis au fort Bonne-Espérance.

Ainsi se termina mon expédition apostolique dans le nouveau territoire d'Alaska. Elle n’avait duré que cinquante jours, grâce à une diligence prodigieuse. Je revins avec le crève-cœur d’avoir été traversé, de

n'avoir réussi qu’à demi. Mais Dieu récompense même l'insuccès, ce que ne font pas les hommes.

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