ACTE PREMIER
Qui m’ont menacé de fermer mon établissement!... Or, jo fais honnêtement mon métier!... Et tout le monde ne peut pas en dire autant!
I LE PRINCE
Pardon, monsieur Camerlin, ce n’est pas pour moî que vous
dites ça?
CAMERLIN, avec hésitation.
Non!...
LE PRINCE
Merci ! -
CAMERLIN.
Mais pour
ceux qui vous entourent.
LE PRINCE
Mon Dieu, voisin, ils font leur métier, comme vous le vôtre. Vous ne vendez pas toujours de bonne bière : ils ne débitent pas toujours de bons conseils!... Que voulez-vous, il faut bien quo tout le monde vive !
Pardon, mais je ne m’occupe pas de ce qui se passe chez eux, moi !...
Si, quelquefois... dans la Carmagnole.
CAMERLIN, vivement.
Ah! mais comme journaliste ! C’est la liberté de la presse, ça !...
LE PRINCE
En êtes-vous bien sûr?
CAMERLIN.
D’ailleurs, nous nous égarons. Ce n’est pas le journaliste qui est en cause, c'est le cafetier. On nous reproche de chanter la nuit.
RABAGAS
LE PRINCE
Si ce que l’on chante est injurieux pour moi!
CAMERLIN.
Alors, on ne peut pas critiquer le gouvernement?
LE PRINCE
Oh! Si! Il est là pour ça! — Mais poliment!... Et ces saletés que vous jetez sur ma terrasse... Est-ce encore l’exercice de quelque liberté? Et si je faisais vider chez vous tous les paniers?...
CAMERLIN, l'interrompant.
Oh! mais pardon! je n’admets pas la comparaison. — Je suis un simple particulier, moi! — Vous, vous ôtes le gouvernement. — Ce n’est pas la môme chose!
LE PRINCE
Alors, parce que je suis lo gouvernement, vous avez le droit de me chanter des injures, et de jeter vos ordures dans mon jardin?
CAMERLIN.
Naturellement! — Tout ça, c’est de l’opposition.
LE PRINCE
Elle n’est pas propre !
CAMERLIN.
Elle est ce qu’elle peut! — C’est l’inconvénient des situations fausses! Votre situation est fausse!
LE PRINCE
Bah!
CAMERLIN.
Oh! mais oui ! Personne ne vous dit la vérité, mais, voyezvous, la nation ne veut plus de vous. Et on va vous faire ue de ces quatre matins une petite révolution!
LE PRINCE
Pourquoi faire?