ACTE PREMIER
et ne pas me séparer de toi, j'ai sollicité et obterfu une lieulenance dans le même corps...
G A R L B , rinterrompao C
Crois-tu que j'oublie tout celai...
ANDRÉ
Oui ! puisque tu as un secret pour moi I
CARLE
Un secret?
ANDRE
Ne mens pas!... de; toi à moi, ce serait odieux I... Oui, un secret que tu me caches, et que je connais malgré toi !
CA RLE, avec un rire affecté.
Voyons-le donc alors, ce beau secret!
ANDRÉ, tranquillement.'
Je le voudrais assez gai pour en rire avec toi... Malheureusement...
CARLE, même Jeu. ^
C'est triste?...
ANDRE
C'est absurde... et dangereux !
CARLE, ne riant plus.
Ahl...
ANDRE, baissant l'a toIx.
Mais, de bonne foi,* voyons, crois-tu que je n'ai'pas remarqué tes distractions, tes longs silences, tes absences plus longues... et tes fréquentes sorties nocturnes? (MouTement de Carie.) Oui, tu sors la nuit avec mille précautions... Mais j'ai bon œil et tu rentres.à deux heures du malin sur la pointe du pied... (Même Jeu.) mais j'ai l'oreille fine!... J'ai attendu patiemment qu'il te plût de- m^initier à cette aventure qui me paraissait plus sérieuse que les autres... Tu persistes à n'en rien dire... je parle!...
48 BABÂGAS.
G A R L E , embarrassé •
J'ai pu sortir par hasard... c'est vrai, maïs.
ANDRÉ
Et je sais où tu .vas!...
GARLE.
Oh! ça!...
Au palais !
Qui t'a dit?...
ANDRE
GARLE, Tiyement
ANDRE
Je t'ai suivi, la nuit dernière.
GARLE.
Oh! André!
Jusqu'à la petite porte verte qui ouvVe là sur la* campagne, et qui s'est fermée sur toi... mais j'en savais assez pour reconstituer le reste...
GARLE, troublé.
Des chimères!... *"'
ANDRÉ
Tu as traversé le parc jusqu'au palais... puis, tournant à droite, tu as gagné cette partie 'obscure et déserte qui faij; retour vers la chapelle, et, là, tu n'as eu qu'à lever les yeux pour voir celle qui t'attendait... à la fenêtre de son oratoire.
GARLE.'
André!
ANDl^É.
Ohf c'est très-pur, très-chaste, ce rendez-vous. à dix pieds du sol, et par une fenêtre grillée; car elles le sont, toutes de ce côté désert!... Et que celle qui te l'accorde n'en soupçonne pas le danger!... Parbleu!... c'est une enfant, et son innocence même fait son audace!... mais n'est-ce pas à toi de l'apprécier pour elle? Et me cacherais-tu avec tant de soin ta coilduite, si ta
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conscience ne te criait qu'elle est indigne d'un honnét6~homme , et que c'est une étrange façon de reconnattre les -bienfaits du prince, toi, son neveu, que de donner des rendez- vous nocturnes à sa fille I...
CAR LE, eflOrayé.
Malheureux, plus bas!
ANDRÉ
Tu vois bien que je sais tout!
GARLE, ayéc force. •
Non! tu ne sais pas tout, car tu serais nK)ins sévère!... ou plutôt tu Toublies!
ANDRÉ
Et quoi ?
GARLE.
Tu oublies que cette enfant dont tu parles est la première affection de ma vie, que j'ai guidé ses premiers pas, séché ses premières larmes; à Tâge où une princesse n'est qu'une petite fille comme une autre... Tu oublies que sa mère elle-mènie ne faisait mystère à personne de i^on désir de me la donner pour ' femme, et que, tant qu'elle a vécu, nous avons grandi, Gabrielle et moi, dans cette pensée, que nous étions l'un à l'autre pour toujours!... Et parce qu'il prend fantaisie à Son Altesse, de nous séparer, parce qu'il lui platt de changer d'avis, il faut qu^il nous plaise, à nous, de changer d'amour et d'accepter la violence qui nous est faite... Allons donc! jamais!... -
ANDRÉ
Et de quelles violences te plains-tu?
GARLE.
De quelles?... On Ta mise au couvent pour la séparer de moi, et elle en est sortie, il y a six mois, avec la surveillance d'une exécrable gouvernante, qui est allée déterrer, je ne sais où, je ne sais quelle étiquette surannée pour la jeter entre nous comme une glace! Et plus d'amitié, de parenté, ni d'aban-
don!... Une princesse condamnée à la froideur!... Un officier condamné au respect!... Mais ce n'était rien, cela : on nous permettait encore quelques fragments d'entretien, un tour de parc, une promenade à cheval, un peu de musique, sous la surveillance de la duègne!.. . Depuis huit jours, rient.. ..Des ver* rous... un mur!.. .— Eh bien, oui, cela me révolte!... C'est déloyal et cruel!... On n'a pas le droit de nous désunir!... Nous sommes fiancés Tun à l'autre par le passé de notre enfance, par la volonté de la mère, par notre consentement, par notre amour, par tout ce qui est légitime et respectable au monde... Et on veut mQ la reprendre et me la voler F... £h bien, non... non... non!... On ne le fera pas, on ne la reprendra pas!... Je ne veux pas la rendre!...
ANDRÉ
Oh!
GARLE.
Et si l'on se voit comme on peut, quand on peut, à qui la faute?... — Qu'on mè laisse lui parler le jour, je ne lui parlerai pas la nuit! — On m'attaque, je me défends, c^est mon droit!
ANDRÉ
Ton droit!... Eh! laisse là ton prélendu droit... Que Son Altesse apprenne...
GARLE<
Que me fera-t-elle dç pire?
ANDRÉ
Elle te chassera!
GARLR.
Soit! J'enlèverai ma femme!
ANDRÉ
Carie, tu ne penses pas cela?
GARLR.
Eh bien, tu verras!...
Malheureux fou!... Tais-toi, on vient!