ACTE PREMIER
petite ouvrière qui venait quelquefois raccommoder les dentelles de cette bonne madame Vanderlys!
CORNÉLIUS
Quoi! cette petite Sara, si charmante, si jolie!... si intéressante!...
, s A R À , gaiement.
Ah bien ! arrêtez-vous, ou je n'oserai plus dire que c*est moi !
CORNÉLIUS
C'est vous?...
BALTHAZAR
Mais oui !
CORNÉLIUS, s'asseyant, ainsi que Balthazar.
Est-ce possible?... vous... mais comment?
SARA
Ahl oui!... Comment la jeune fille si jolie, si... mais si pauvre, si délaissée, a-t-elle aujourd'hui un nom, un hôtel, des voitures... des chevaux...
CORNÉLIUS
Un oncle que nous venons de voir!...
SARA
Monsieur Balthazar ne vous a donc pas conté cela?... (a Balthazar.) Mais vous ne lui avez donc pas conté cela, monsieur?... Vous ne parlez donc jamais de moi ?...
Oh I... J'en -parle beaucoup... mais tout seul.
SARA
Ehl bien, monsieur Cornélius... un matin que j'allais à mon ouvrage, mon oncle... que je ne connaissais pas encore,... vint me chercher dans un grand carrosse et me conduisit chez son frère, M. Vanderven le banquier, qui était au lit, bien malade, le pauvre monsieur!... et qui me tendit les bras tout de suite, en m'appelant sa fille I ... Voilà par exemple ce que je n'ai jamais bien compris!... Comment ce vieux monsieur que je n'avais jamais vu pouvait être mon père. On m'a bien expliqué cela, mais avec
tant de réticences!... EnGn, c'est encore obscur!... Toujours est-il qu'il se mourait, le pauvre nionsieur... il me prit la main, me regarda, et me dit : « Chère enfant, je veux réparer en mou- « rant la triste faute que j'ai commise de vous négliger si long- « temps... mais je suis le plus puni : je pouvais toute ma vie « avoir à mes côtés un ange comme vous, et je n'ai pas su le « vouloir, ni le mériter... » Là-dessus, il m'embrassait en pleurant, et je pleurais aussi, moi !... vous pensez !... On introduisit alors des hommes de loi qui lui firent signer des papiers, à moi aussi... et puis tout le monde m'appela mademoiselle Vanderven... Et le lendemain, j'étais seule... Il était mort... sans me laisser le temps de le connaître, de l'aimer, moi qui commençais déjà I... Et voilà, monsieur Cornélius, comment j'ai un hôtel, une voiture, des chevaux...
CORNÉLIUS
Un oncle que nous venons de voir...
SARA
Et auquel je me surprends à dire quelquefois... « Alors, décidément, vous êtes mon oncle?... Vous en êtes bien sûr?... »
CORNÉLIUS
Et qui répond ?
SÂUA.
Oh ! il répond qu'il sera mieux que cela encore.
BALTIIAZAR.
Quoi donc?
SARA
Mon mari !
CORNÉLIUS
Oh I miséricorde !
BALTHAZAR, troublé, se levant et faisant tomber sa chaise
Votre mari I... lui !... (iis se lèvent tous.)
SARA, le regardant * .
Eh! bien?