‹ RabagasChapitre 305 sur 358 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

petite ouvrière qui venait quelquefois raccommoder les dentelles de cette bonne madame Vanderlys!

CORNÉLIUS

Quoi! cette petite Sara, si charmante, si jolie!... si intéressante!...

, s A R À , gaiement.

Ah bien ! arrêtez-vous, ou je n'oserai plus dire que c*est moi !

CORNÉLIUS

C'est vous?...

BALTHAZAR

Mais oui !

CORNÉLIUS, s'asseyant, ainsi que Balthazar.

Est-ce possible?... vous... mais comment?

SARA

Ahl oui!... Comment la jeune fille si jolie, si... mais si pauvre, si délaissée, a-t-elle aujourd'hui un nom, un hôtel, des voitures... des chevaux...

CORNÉLIUS

Un oncle que nous venons de voir!...

SARA

Monsieur Balthazar ne vous a donc pas conté cela?... (a Balthazar.) Mais vous ne lui avez donc pas conté cela, monsieur?... Vous ne parlez donc jamais de moi ?...

Oh I... J'en -parle beaucoup... mais tout seul.

SARA

Ehl bien, monsieur Cornélius... un matin que j'allais à mon ouvrage, mon oncle... que je ne connaissais pas encore,... vint me chercher dans un grand carrosse et me conduisit chez son frère, M. Vanderven le banquier, qui était au lit, bien malade, le pauvre monsieur!... et qui me tendit les bras tout de suite, en m'appelant sa fille I ... Voilà par exemple ce que je n'ai jamais bien compris!... Comment ce vieux monsieur que je n'avais jamais vu pouvait être mon père. On m'a bien expliqué cela, mais avec

tant de réticences!... EnGn, c'est encore obscur!... Toujours est-il qu'il se mourait, le pauvre nionsieur... il me prit la main, me regarda, et me dit : « Chère enfant, je veux réparer en mou- « rant la triste faute que j'ai commise de vous négliger si long- « temps... mais je suis le plus puni : je pouvais toute ma vie « avoir à mes côtés un ange comme vous, et je n'ai pas su le « vouloir, ni le mériter... » Là-dessus, il m'embrassait en pleurant, et je pleurais aussi, moi !... vous pensez !... On introduisit alors des hommes de loi qui lui firent signer des papiers, à moi aussi... et puis tout le monde m'appela mademoiselle Vanderven... Et le lendemain, j'étais seule... Il était mort... sans me laisser le temps de le connaître, de l'aimer, moi qui commençais déjà I... Et voilà, monsieur Cornélius, comment j'ai un hôtel, une voiture, des chevaux...

CORNÉLIUS

Un oncle que nous venons de voir...

SARA

Et auquel je me surprends à dire quelquefois... « Alors, décidément, vous êtes mon oncle?... Vous en êtes bien sûr?... »

CORNÉLIUS

Et qui répond ?

SÂUA.

Oh ! il répond qu'il sera mieux que cela encore.

BALTIIAZAR.

Quoi donc?

SARA

Mon mari !

CORNÉLIUS

Oh I miséricorde !

BALTHAZAR, troublé, se levant et faisant tomber sa chaise

Votre mari I... lui !... (iis se lèvent tous.)

SARA, le regardant * .

Eh! bien?

Page 1