SCÈNE II
TRICAMP, BALTHAZAR.
TRICAMP.
Eh bien, notre jeune fille?...
BALTHAZAR
Toujours dans le même étal, monsieur. Cornélius cherche à la consoler I Elle ne répond que par des larmes et des sanglots.
TRICAMP.
Très-bien !
BALTHAZAR
Ah! vous trouvez que c'est?...
TRICAMP.
Parfait ! en voilà pour vingt minutes ! c'est la crise nerveuse que j'attendais I... (Regardant sa montre.) Il est deux heures du matin : à deux heures et demie, réaction, abattement!... elle avouera tout d'elle-même, ce sera le moment de l'interroger I '
BALTHAZAR
Et vous pensez que ce moyen-là?...
TRICAMP.
C'est le seul, jeune homme! Je connais les femmes!... je les ai spécialement étudiées! — Beaucoup trop fines, les femmes, beaucoup trop fortes pour que je m'avise de lutter avec elles!... il n'y a qu'une seule façon de les battre : c'est de les laisser s'enferrer elles-mêmes ! Ainsi, dans toutes mes petites explications , on a toujours de petites explications, n'est-ce pas?... Et vous savez comment la dame se défend... « Moi, vous tromper! moi! aimer un autre que vous, Frédéric! » — Je m'appelle Frédéric. — « Mais je ne l'ai jamais vu, cet homme, etc... » — Vous connaissez cela? très-bien! — Moil... pas un mot! — La dame continue ! « Eh bien, oui , j'ai peut-être fait semblant de l'aimer, parce que j'étais jalouse et parce que je voulais vous ramener à moi !... etc.. » Vous connaissez encore cela 1 — Bon ! — Moi, pas un mot ! — «Et quand je l'aimerais après tout, j'aurais bien raison, car ce n'est pas lui qui me ferait une scène pareille I oh ! non ! vous ne m'aimez plus ! » — Moi I pas un mot! « — Mais répondez donc!... mais c'est affreux !... mais on n'accuse pas ainsi une femme innocente ! . . . mais parlez , parlez donc ! » — Moi I pas un mol ! — « Ah ! tenez ! vous m'exaspérez ! . . . vous êtes un monstre I . . .
Eh bien, oui, je l'aime I... Et je vous exècre... entendez-vous... et je l'adore I ...» — Eh bien, c'est tout ce que je voulais. Je prends mon chapeau, et le tour est joué ; mais si j'avais discuté, monsieur, je ne lui donnais pas dix minutes pour me faire tomber à ses pieds.
BALTHAZAB.
Et VOUS croyez que Ghristiane avouera?. .
TBICAMP.
D'elle-même I vous dis-je.
BALTHAZAR
Non ! ce n'est pas possible t
TBICAMP.
Nous verrons bien I — Voici sa chambre, n'est-ce pas ?
BALTHAZAB.
Oui, monsieur.
TBICAMP.
Vous voyez que j'avais raison, et que le lit n'est pas défait.
BALTHAZAR
C'est vrai 1 et pourtant je ne peux pas croire...
TBICAMP, prenant une chaise près du lit, et la plaçant sur la coniooLode.
Il faut tout croire I
BALTHAZAB.
Mais si vous vous trompez, monsieur I...
TBICAMP.
Ah I voilà la seule chose qu'il ne faut pas croire î Voyez cette chaise, et comme l'escalade est facile I
BALTHAZAR
Non I je ne veux rien voir I c'est votre métier, à vous, de chercher des coupables partout I Mais Cornélius a raison de la défendre 1 ^ous ne savez pas à quel point elle est honnête, et pure, et douce, et bonne, et dévouée !... c'est l'enfant de la maison, presque ma sœurf... une petite fille que ma mère a recueillie dans
une église, au moment I... (n s'arrôte, frappé & cette pensée.) Ah ! (A luimême.) Ah 1 mon Dieu I c'est vrai î elle avait volé !