‹ RabelaesianaChapitre 62 sur 91 · LANE ET CALVIN BUVEURS D EAU · texte numérisé non relu

LANE ET CALVIN BUVEURS D EAU

Pourquoi est-ce qu'un âne ne boit pas, s'il n'a soif?

Va je te le dirai. C'est pour ce qu'il ne boit +3* que de l'eau. Que s'il buvoit du vin, il boiroit "^J à tout moment, comme un bon théologien.

Je ne m'ébahis si tu fus hérétique, o Calvin; Tu venisti sobrius ad evertendam rempublicani (Tu est venu sobre pour renverser la chose publique).

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<^ IX h2<.

•fr^" FROSTIBUS (le DUC d'aLBE ?) ET LUTHER '^'^

<.^ Au banquet du Bonhomme voici entrer .;'^

«>^ Frostibus, lieutenant-géne'ral de tous les diables, ^3<'

<r^' auquel on avoit interdit la porte ; mais madame -t^*

^^è' (Bonne-Intention), qui présidoit, lui avoit fait -^^

*^ ouvrir, d'autant qu'il étoit bon diable. "ii"^

^g* Il vint, gai et gaillard, mettre les deux mains "^

^ sur les épaules de Luther et lui dit : "^^

T|^ — Eh bien ! Monsieur de l'autre monde, \

^c^, quoi 1 que dites-vous des gentillesses que nous ^

^c^ avons faites par de là, en notre enfance ? ^^

ifl.^ — Tais-toi, lui dit ce vieil rêveur Sturmius; ^2^

•>9' tu n'es pas sage ; tu découvres le pot aux -t^^.

•0^ roses ; tu déclares les secrets du métier. t^

*r — Mais , dit Frostibus , par ta foi ! pauvre "%>

^ mélancolique, si tu es plus homme de bien que '^^

^ les autres, va te faire brûler en quatre quartiers, '*"^*

TT comme vrai martyr de quatre religions. Or "?

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^Tjt' 146 PANTAGRUELISME -^<.

^2^ bien, messieurs, encore un coup ; boivez, ne ^

«.^ me tenez guère. Je vais en Flandre pourcopuler ^^

^'^ les États. Que voulez-vous de moi ? i^

•>9* Luther. — Tu es importun. Nous ne nous ^<.

"^ soucions plus de toi ; va à tous les diables et ■^■>

*b^ nous laisse ; sinon va à ce nouvel abstracteur -^^

^ de quintessence, qui te fasse griller, comme tu "^^

^ as fait rôtir mes Dons disciples. y*

f. Frostibus. — Ha! ha, par ma foi, je suis "^

j.(' tout réjoui. Savez-vous un point, mes bons "*?

^c'^ seigneurs? En quelque pays où il y ait une des •"'

^;'+ quatre religions établie, je fais déclarer héréti- ^j^

^'ji- ques, comme fromage de Milan, ceux qui n'en ^^^

•«•çf sont point ; et puis on les grille ; et cela vient +i^^

'J'if bien à mon goût, d'autant que le fromage grillé ^^^^

^s*" est plus voluptueux au palais que l'autre. -'^j^

*S^ Mais laissons cela, ce n'est pas ce qui "^

^ m amené : Je suis venu ici pour vous prier, ^

ç mon Luther, mon capitaine, mon ami, de me ^

^e^ faire la faveur qu'il n'y ait plus personne ^

^s,, damné. Tous les diables vous en prient ; et \,,

<.2(- sera bon, s'il vous plaît, d'y prendre garde, de ^^

«fr^ peur qu'enfin les maréchaux des logis d'enfer +j<.

•O"^ n'aillent en Purgatoire marquer partout pour +]<•

'^f nous loger. Et dà, il en est besoin, d'autant tj*

*j*' qu'il y a déjà tant de damnés en enfer que les "';)''•

'- pauvres diables couchent dehors ; et ainsi vous t-*"

^lî^ "^ '^ '^ "^ "^ '^ *^ 'a' "^ ^^ '^ "^ ^' "^ '-^ "^ "^ ^j^' ^^ *^ '^ ^i* «^"^

^^ FROSTIBUS (le DUC d'aLBE?) ET LUTHER I47 -t^^,

^,\, y aviserez, et je me recommande à vos bonnes ^^

^^ grâces. ^3^

^^ Je m'en vais. Je n'oserois être ici plus long- .^^

•>-^ temps, de peur de devenir he'rétique ou papiste, -r^^

<"^ Que si cela advenoit, je serois perdu. Les •^■^

•*9" financiers et tous conseillers des rois et princes ■*3*

^'^ ne feroient plus e'tat de moi, parce qu'ils ne *7^

*^ font pas cas de ceux qui sont fermes en une "?^

? religion. '*p

^,. — Ayant dit cela, il s'en alla : et fut dit que ^.

^^ qui que ce fût qui heurteroit demeureroit .; .

^i. dehors , s'il n'étoit de l'une ou de l'autre ,;;>,

^■^. religion ex professa ; et te va faire loger, .r^<.

v'^ pauvre diable ! +3*

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