ACTE PREMIER
PIGNON
Je le crains. Parlez de l'In-pace !
LA COMTESSE, à Rabelais
Votre devoir, quoi qu'il en soit est tout tracé !
RABELAIS, énerf,'iquement Oui!
Vous vous prêterez au projet qu'il médite !
Oui!
LA COMTESSE
Vous nous aiderez à tromper la petite ?
Oui!
LA COMTESSE
Vous les marierez !
Je vous le promets bien !
LA COMTESSE Vous ne leur direz rien de notre entretien?
Rien
LA COMTESSE
Prenez garde.
A quoi donc?
LA COMTESSE
A marcher droit !
La route Est droite.
LA COMTESSE
Je pourrais d'un seul mot...
Je m'en doute !
LA COMTESSE Mon frère...
... Est tout puissant et l'In-pace profond! LA COMTESSE
Alors cette petite?...
Oh ! Je l'exècre au fond !
Elle est belle : péché ! Bonne : péché ! Charmante : Péché ! Jeune : péché ! Tendre, rieuse, aimante : Péchés ! Péchés ! — Je vais la courber, la ployer ! Puisqu'elle a de l'orgueil, aider à le broyer ! Puisqu'elle a de l'honneur, du respect d'elle-même, L'humilier ! Puisqu'elle est heureuse et qu'on l'aime, Je vais l'exterminer ! Je vais lui courir sus ! L'assassiner!... C'est dit — et comptez là-dessus! Tenir un innocent pendant qu'on le massacre, Madame, mais c'est un rôle d'archidiacre !... Y manquer! Je serais le dernier des derniers I... Et maintenant parlons de mes trente deniers!
LA COMTESSE, à Pignon Qu'il est drôle !
Oh!
A.CTE l'liKMIER 27
Je veux avoir pour prix du crime.
— Cm c'est un crime !
PIGN< >X Non!
Magnifique et sublime :
C'est entendu ! Pourtant je veux être assuré D'être nommé curé de Meudon.
Lui curé !
Honoraire !...
LA COMTESSE
Soit!
PIGNi KN
Mais...
Hé bien, benoit confrère, Vous avez l'air d'un bœuf qu'un innocent veut traire !
LA COMTESSE
La sœur de mon mari, qui dit ses heures, là, Est un être grotesque, et qui ne viola Jamais, la moindre loi de l'Église...
PIGNON, doucement déprécateur
Grotesque !
Madame la Comtesse ! Oh !
LA COMTESSE
Elle est folle... ou presque !
C'est un ange et, pour moi, cœur plus matériel, Lesanges sont très bien... tant qu'ils restent au ciel ! Seulemeut nous avons. ..j'ai — pour qu'on la ménage, Des motifs sérieux...
Des raisons d'héritage.
LA COMTESSE
Il faudra donc surtout qu'elle ignore ceci !
PIGNON
Vous pouvez y compter!
LA COMTESSE
Les voici.
Les voici .
(Coups de marteau à la porte du fond.)
LA COMTESSE
On frappe !
RABELAIS, allant regarder par la fenêtre Les voici !
LA COMTESSE, affolée
Les voici! que voulais-je Vous dire encor?... Mon Dieu !
PIGNON, s'efforçant de la calmer
Si le ciel nous protège Tout ira bien.