‹ RabelaisChapitre 18 sur 51 · ACTE PREMIEB · texte numérisé non relu

ACTE PREMIEB

l'a intestin massif!

LE cnMTE

Vous n'êtes vous qu'un pauvre intestin grêle ! Ah : Ah 1 Ah ! J'ai parlé d'un cher et doux corps frêle, Et de longs cheveux blonds flottants, qu'un paladin, Couvre de ses baisers et de ses pleurs! Vieux daim ! Je suis un moine gros et gras, et qui ne pense Qu'à son petit gaster mignonnet, qu'à sa panse, Sa pansinette balourdine, son bedon, Doux, mignon, Dom Bedon, édredon de dondon, Rond Dom dodu dont on fait dondine aux donzelles! Je suis un bon curé, gras de tous les saints zèles, Et qui possédera bientôt — noble idéal! — Autour de son gloutoir un gros fessier facial ! Mon visage aura l'air d'un envers de bedaine ! Qu'est ce curé, dont l'extase soudaine Madrigalise ?... Un bon vivant ! Tu vois !...

LE COMTE, stupéfait et choqué

Tu vois !

Parfois l'homme apparaît sous le moine ! parfois Sous le ventre oublié, l'âme un instant rayonne! Parfois une fleur bleue, infiniment mignonne, Dans la grasse prairie où paissent mes oublis Rit, un instant, parmi les larges pissenlits... Mais je l'arrache ! Je la souille ! je l'insulte ! Je l'immole au cher Dieu, qui possède mon culte ! Et cette fleur, toujours — toujours! — je la soumets

Au plus invraisemblable outrage : je la mets,

Je la fiche, je la colloque, je la plante,

Je l'enfonce, la main rageuse et violente,

Sous l'autel... sous l'autel charnu du dieu Bedon !

Non !.... La voyez-vous pendre à ce noble envers?...

LE COMTE, très sérieux

Non !

(A. Pignon)

Je ne comprends pas bien tout ce qu'il me raconte!

RABELAIS, à part Ils vont me croire fou!... Tant mieux .'...

Il est poète!...

Quoi!

PIGNON, bas

LE COMTE

Messire Comte

PIGNON C'est son ambition!

LE COMTE Peuh ! cet homme aurait-il tant de prétention! C'est un sot !

PIGNON

C'est un cœur excellent! C'est une âme D'élite... mais il faut le connaître !

LE COMTE

Je blâme Le roturier qui fait des vers. Ce passe-temps Sous le bon roi François Premier, depuis le temps Où Charles de Valois fit la cour à la Muse, Est un passe-temps noble et dont un vilain n'use

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